mai 23

Le collectionneur

Le club était noyé dans l’obscurité que perçaient ça et là les néons carmins cerclant les tables. De temps à autres, les stroboscopes jetaient leur lumière éclatante sur la foule s’agitant sur la piste de danse. De puissantes basses projetaient leur son sur la salle sans pour autant assourdir les danseurs, ni les clients rassemblés au bar.

Assis à une table à quelques pas de la piste, Ronan observait les corps se trémousser. Ses yeux étincelaient parfois d’un éclat rubis derrière le verre teinté de ses lunettes. Il avait depuis un moment jeté son dévolu sur une belle brune aux longs cheveux lisses glissée dans une robe courte épousant délicatement ses courbes. La belle dansait avec un relâchement et une sensualité fascinante, ce qui lui valait de nombreux regards de la part des hommes présents ce soir-là. Mais, comme à son habitude, Ronan les laisserait saliver un moment avant de s’emparer de l’objet de sa convoitise sous leurs yeux envieux.

Il admira encore un moment le ballet faussement subtil de ces affamés cherchant à se rapprocher de sa proie puis se redressa de toute sa hauteur avant de fendre la foule en direction de la jeune femme. Il se plaça à deux pas d’elle et se mit alors à onduler en rythme, alignant ses mouvement sur ceux de la belle. Cette dernière lui jeta à peine un regard mais il surprit l’ébauche d’un sourire au coin de ses lèvres. Après quelques minutes, les autres candidats intéressés par la jolie brune se détournèrent, voyant leurs chances disparaître avec l’arrivée de l’homme. Il faut dire que Ronan avait plutôt belle apparence : ses boucles châtain coupées courtes encadraient son visage plutôt pâle d’un halo doré contrebalancé par l’éclat de ses yeux gris. Son corps musclé et souple habillé d’une chemise sombre et d’un jean noir moulant ne laissait personne indifférent.

Ronan prolongea son jeu avec la brune pendant plusieurs minutes puis, profitant d’une accalmie musicale, il demanda à sa cavalière si elle ne souhaitait pas boire un verre.

« J’ai cru que vous n’alliez jamais le demander ! » Lui glissa-t-elle à l’oreille.

Puis elle se dirigea vers le bar, l’homme dans son sillage.

« Deux Bloody Kisses ! » lança-t-elle au barman avant de se retourner vers Ronan.

« Vous occultez la présence de n’importe qui d’autre lorsque vous dansez, mademoiselle. »

« Maëlle ; se présenta la jeune femme ; Merci vous n’êtes pas mal non plus. »

« Ronan. » Dit l’homme en lui prenant délicatement la main.

La jolie brune le laissa faire avant de la retirer doucement.

« Enchantée, Ronan. Vous venez souvent ici ? »

« Cela m’arrive de temps à autres, oui. Mais jamais en aussi charmante compagnie. »

« Est-ce que vous essayeriez de me faire du charme, Ronan ? »

« Qui n’essayerait pas avec une aussi jolie femme ? »

L’homme surprit un autre sourire fugace sur les lèvres de la jeune femme, lui confirmant qu’il avait toutes ses chances. Leur conversation dura un moment, échange de banalités et de tentatives d’approches plus ou moins subtiles, avant que Ronan ne demande :

« Ce club est vraiment trop bruyant. Cela vous dirait d’aller prendre un verre dans un endroit plus calme ? »

La jolie brune acquiesça.

« Je vous suis. C’est vrai qu’on ne s’entend pas, ici. »

Les jeunes gens passèrent récupérer leurs manteaux au vestiaire puis se retrouvèrent dehors. Maëlle passa alors son bras sous celui de Ronan et demanda d’un ton innocent :

« Nous allons chez toi ou chez moi ? »

« Qu’est-ce que tu préfères, ma belle ? »

« J’aime bien découvrir une personne grâce à l’intérieur de son logement. »

« Alors ça sera chez moi. »dit l’homme.

Un quart d’heure plus tard, ils étaient tous deux serrés l’un contre l’autre dans l’ascenseur de l’immeuble, leurs mains commençant à explorer leurs corps alors que leur bouches se soudaient l’une à l’autre de plus en plus souvent. Un mouvement coordonné de leur part referma la porte de l’appartement de l’homme alors que leurs vêtements commençaient à se détacher de leurs corps comme s’ils avaient une vie propre. Lorsqu’ils atteignirent le lit, il ne leur restait qu’un caleçon pour lui et un tanga de dentelles pour elle. Ils se jetèrent alors l’un sur l’autre sans aucune retenue, s’enlaçant, se pétrissant et se mordillant pour mieux embraser encore leur désir commun. Ronan laissa ses doigts et sa langue explorer tout le corps de sa partenaire en la dévorant des yeux. Maëlle ne fut pas en restes, parcourant elle aussi la peau de l’homme avec ses ongles, ses lèvres et toute l’imagination que pouvait avoir ses gestes. Leurs étreintes enflammées les menèrent à plusieurs reprises vers l’extase avant qu’ils ne s’écroulent, leurs membres et leurs corps mêlés, épuisés mais satisfaits.

Lorsqu’il commença à entendre le souffle de la jeune femme devenir plus régulier, Ronan rapprocha son visage du creux du cou de cette dernière et retroussa les lèvres. Un rayon de lune fit étinceler ses crocs à l’instant où ils perçaient la peau douce et parfumée. Les paupières de la jolie brune battirent mais le vampire l’enlaça plus solidement, l’empêchant de se débattre sans pour autant risquer de la blesser. Il tenait à conserver une certaine douceur ainsi qu’une forme de sensualité dans l’acte de se nourrir. Il ne déchirait ni n’abîmait jamais le corps de sa proie, à la différence de certaines goules qu’il avait croisé.

Emprisonnée dans son étreinte, Maëlle s’agitait un peu mais ses forces faiblissaient à mesure que lui s’abreuvait de son sang doucereux. Ronan entendait le cœur de la jolie brune ralentir petit à petit alors que la vie diminuait en elle.

« Ne me tue pas, pitié. »Murmura-t-elle en tournant son regard noisette vers les yeux gris de l’homme.

Allez savoir pourquoi, le vampire en fut touché. Il relâcha un instant sa prise et demanda :

« Que m’offres-tu pour ta vie ? »

« Je n’ai rien à t’offrir que moi… » répondit la jolie brune dont le regard s’éteignait.

« Alors, je t’ai déjà tout pris, jolie fleur… » dit Ronan avec douceur.

Puis il enlaça plus tendrement la jolie Maëlle, la berçant entre ses bras alors que les derniers signes de vie la quittaient.

Lorsque sa flamme se fut totalement éteinte, le vampire ramassa leurs vêtements, rhabilla la jeune femme et repassa les siens avant de soulever le corps inerte comme s’il s’agissait d’une simple dormeuse et quitta l’appartement qu’il s’était approprié pour l’occasion. Il regagna sa tanière quelque part dans un sous-sol oublié et plaça la dépouille de la belle dans un aquarium de verre où il versa une substance cristalline. Une fois que la substance se serait solidifié, la belle défunte irait en rejoindre d’autres dans la collection personnelle de Ronan, conservée dans sa beauté et sa fraîcheur pour l’éternité.



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Ecrit 23 mai 2016 par Damian dans la catégorie "Essais

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