février 7

La colère

D’un geste rageur, Samuel envoya une créature contre le barbelé encerclant la zone. Il brisa les genoux de la seconde avant de lui broyer le crâne contre l’asphalte et passa ensuite à la suivante. Les mort-vivants n’étaient qu’un petit groupe, juste de quoi permettre à l’homme de passer ses nerfs. Et ce dernier avait plus que son comptant de colère à décharger.

La journée avait très mal commencée ; à peine Sam s’était-il extrait de sa couchette dans l’abri que déjà Craig lui cherchait des poux. Comme si les choses n’étaient pas assez catastrophiques.

A peine un peu plus vieux que lui, l’autre se croyait tellement supérieur. Il monologuait sans cesse, accusant les autres de tous ses maux et devant agressif si jamais on osait lui dire quelque chose. Non content de lui avoir pourri son enfance, voilà maintenant qu’il avait atterri dans le même refuge. Et, bien sûr, impossible de l’ignorer dans un espace si restreint.

Chaque jour, Sam rongeait son frein, supportant les laïus de l’autre sans rien dire. Plus d’une fois, il avait failli voir rouge mais s’était retenu par respect pour les autres occupants.

Mais ce jour-là, Craig l’avait cherché une fois de trop. Il avait osé revenir à la charge concernant l’état de santé de la sœur de Sam. Sois disant que celle-ci simulait sa faiblesse pour échapper au travail. Alors, les nerfs de l’homme avaient lâchés. Il avait expédié son poing droit dans la figure de l’autre, l’envoyant valser contre une cloison. Puis, pendant que Craig glapissait de colère, Sam avait enfilé son blouson, pris les clefs d’un véhicule et rejoint le groupe partant pour l’extérieur.

Loin de se dissiper, sa colère n’avait fait qu’augmenter par la suite. Le véhicule qui le transportait avec commencé par s’embourber dans une ornière puis était tombé en panne en pleine zone sauvage. Une partie de l’équipe était donc retournée à pieds vers le refuge pour trouver de quoi réparer pendant que l’autre gardait le pick-up.

C’est bien évidemment à ce moment-là qu’un groupe de zombies avait fait son apparition. Bien que rompus à ce genre de situations depuis que le monde avait sombré, le groupe n’avait pu retenir un frisson. Tout le monde savait qu’il suffisait d’une morsure pour devenir comme eux. Chacun avait donc empoigné un outil et se tenait prêt à affronter la menace.

L’assaut des créatures avait été comme d’habitude sauvage et désordonné. Les zombies avaient rapidement été maîtrisés puis neutralisés. Avisant un autre groupe un peu plus loin, Sam avait alors laissé sa colère éclater. Il s’était jeté sur eux, frappant les crânes, brisant les os à coups de manche de pioche, réduisant les mort-vivants en charpie. Une fois calmé, il se redressa, lissant le devant de son sweater avant de rejoindre les autres.

Personne ne fit de commentaire. Ce n’était pas la première fois que l’un d’eux laissait libre court à sa rage.Certains voyaient même cela comme salutaire.

Peu après, l’équipe partie chercher de quoi réparer revint et le groupe pu reprendre son périple.

Lorsqu’ils revinrent finalement au camp, Sam était attendu. Craig se tenait à quelques pas du hangar des véhicules, les poings serrés. A l’instant où Sam eut posé le pied par terre, l’autre se précipita sur lui. L’homme esquiva un premier coup avant de frapper un genou de son agresseur et de lui bloquer un bras dans le dos. Il le retint un moment, le voyant écumer de rage, se demandant s’il devait lui mettre une raclée pour que l’autre comprenne enfin qu’il n’était plus un petit garçon. Il lui plaqua alors la tête contre le plateau du pick-up et lui cracha :

« Pour qui tu te prends ? Tu crois que je vais encore te laisser longtemps terroriser tout le monde ? Tu ne vaux pas mieux que les zombies, Craig ! »

Sam ne croyait pas si bien dire. Dès qu’il l’eut relâché, il remarqua les yeux injectés de sang et la bave qui s’écoulait des lèvres de l’homme. Il eut alors un mouvement de recule que ce dernier mit à profit pour lui foncer dessus. Heureusement pour le jeune homme, quelqu’un d’autre avait vu la scène. Craig fut fauché par un lourd bâton avant d’avoir pu atteindre son but. Sous l’impact, une partie de sa mâchoire fut arrachée. Celle qui tenait l’arme ne lui laissa pas le temps de réagir. D’un ample mouvement, elle lui asséna un violent coup contre l’occiput, lui brisant le crâne et l’étendant pour le compte.

« Merci, Mine. » balbutia Sam en se relevant.

« De rien, frangin. Ça faisait un bout de temps que ça lui pendait au nez. Il a eut ce qu’il mérite. » dit la jeune femme qui tenait le bâton.

Elle imprima un mouvement sec à celui-ci pour en chasser les quelques débris qui s’y étaient accrochés puis fit un signe à son frère.

« Allez, on rentre. »

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