avril 4

Cellule

Une nouvelle fois la toile se fond en illusion,
La trame se délite à peine ébauchée,
Les lyres se sont tues, le ciel s’est refermé,
Seul reste le silence sur ce vide horizon.

Le cœur ne vibre plus de sa douce harmonie
Immobile, terne et froid ; lui qui voulait y croire
Après chaque envolée se doit-il de choir?
D’étoile il se fait pierre; trop de chocs l’ont durci.

Voici l’enfermement, prison qu’il connaît bien;
Il tourne sur lui-même, radote, enrage, s’isole,
Répète des schémas qui le rongent, l’étiolent
Laissent les plaies à vif, suppurant leur venin.

Reviennent les noires ténèbres et le funèbre hiver
Quand au-dehors la terre exhale le printemps.
Son esprit confiné s’altère lentement
A mesure que renaissent les ombres mortifères.

Un unique cri s’échappe puis il devient aphone.
Amorphe, il végète, conduit par des routines;
Sa raison l’abandonne, son néant le domine,
Il se mue en pantin, plus ne rit ni s’étonne.

Sans rêves ni désirs, son être s’est figé;
Prisonnier endormi, esclave du quotidien.
Perdues les joies d’enfant, noyées par les chagrins;
Il devient coquille vide à l’âme anesthésiée.

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mars 15

Icare

Femme flamme au doux sourire, soleil radieux,
Dans cette geôle imposée, c’est à toi que je songe.
Las de ces quatre murs, en mon esprit je plonge…
C’est vers toi qu’il se tourne, papillon amoureux.

Il revit chaque instant, chaque brève parole,
Toujours émerveillé par ta simple présence.
Et je maudis mille fois ma langue faisant silence,
Mon cœur se noyant sous les mots qui l’affolent.

Je voudrais tout te dire, ne plus rien te cacher
Des vagues telluriques qu’apportent ton regard
Dans le secret tombeau où fanaient mes espoirs
De retrouver un jour le courage d’aimer.

Tant de bouleversements, de tristesse, de distance,
Me tenaient à l’écart, repoussant l’affection
Ou bien la faisant fuir devant tant de passion,
Car trop d’intensité génère trop de souffrance.

Trop voir peut aveugler, trop sentir peut brûler
Aussi je maintiens clos mon creuset d’émotions.
Sous le feux de tes yeux, pourtant, vint l’explosion;
Mon âme moribonde s’est remise à chanter.

Et depuis elle danse, bondit, tourne et chavire
Dans l’attente, impatiente de pouvoir te croiser.
Je compte les instants avant la liberté,
Où j’espère pouvoir enfin mon cœur t’ouvrir.

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janvier 31

Idyie

Oh, belle Néréide aux cheveux cuivre et or
Lorsque votre sourire d’une mystérieuse candeur
Au hasard d’une rencontre légèrement m’effleure
Tout mon être s’émeut sous son feu indolore.

Le rimailleur en moi se retrouve muet
Et sa plume indomptable soudain cesse d’écrire;
Je ne trouve les mots qui puissent alors décrire
Tant de bouleversement car mon âme se tait.

Elle rie, pleure en silence, danse sous la lumière
Célébrant l’existence en cette épiphanie;
Votre simple présence l’enchante, la ravie
Et lui fait oublier ses siècles de poussière.

Oh tendre incarnation, si je pouvais trouver
En mon cœur le courage, en vous l’incitation,
Je viendrais vous confier cette douce émotion
Que je tais, ne souhaitant, pour l’amour, vous troubler.

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janvier 11

Daphné

Dans un secret espace à l’ombre de la Lune
Où l’écho de mille rêves aiment à s’échouer,
Je médite en silence sous les rayons diaprés
De ces éclats de songes aux vibrations communes.

J’y vois danser les flammes d’angéliques visions
Ondulant sous la houle d’airs lointains, surannés,
Graciles silhouettes que l’on n’ose effleurer
Sans craindre de les voir périr sous l’affront.

De temps à autres émerge une somptueuse image
Cachée dans les méandres de ce brumeux spectacle:
Les traits d’une déesses, le regard d’un oracle,
Flamboyances d’acajou nimbant un doux visage.

Ce superbe portait dissipes les autres spectres
Tant son éclat rayonne d’une tendresse envoûtante.
Force et fragilité, candeur bienveillante,
Telles sont les émotions qu’éveillent en moi son être.

Ne voulant point troubler l’onde par mon émoi
Sans mot dire je contemple sa nocturne réflexion.
Belle rêveuse, splendeur qu’enfante la Création
Que ne puis-je en un souffle m’envoler près de toi ?

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novembre 16

Möbius

Comme un grand fauve un cage, girouette incessante
Devant mille chemins, mon esprit tourne et vire.
A contre-temps, mon cœur se balance et chavire,
Pressé par ses fantômes, ombres évanescentes.

Le territoire des brumes s’est fait place en mon âme,
Occultant mes visions, muselant mon Oracle.
Je ne distingue plus l’Illusion des Miracles;
Aveuglée par mille phares ma psyché croule, se pâme.

L’immense cacophonie des sociétés humaines
Ou le pesant silence de mon isolement
Me rendent sourd, effacent avec acharnement
La subtile mélodie qui me guide et m’entraîne.

Oh, âmes vagabondes! Chères amies, chères sœurs,
Vous dont les voix sublimes enveloppaient mes pas;
Daignez, je vous supplie, porter regard vers moi,
M’apporter à nouveau vos murmures charmeurs!

Ma boussole ne sait plus quelle route tracer
Et comme le rongeur au cœur du labyrinthe
Je rumine en silence tant d’idées, tant de craintes,
Tournant, me retournant, sans jamais avancer.

Tout se brouille en mon être, comme l’encre sous l’averse,
Tout s’écoule, se mélange, paysage détrempé.
Vie et songes se confondent, épuisent ma pensée
La confusion s’étend, mes espoirs s’inversent.

De Charybde en Scylla, de Morgane à Circé,
Sous des souffles contraires, je roule, pâle fétu
Peu à peu, je m’abîme, j’erre, l’esprit perdu
Sans plus trouver un astre qui vienne m’éclairer.

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novembre 5

Erebos

Sur une jetée tempétueuse
Sans cesse battue par les vents,
Un bateau qui ne vient j’attends,
Tel un phare dans la nuit brumeuse.

Ballotté par ses ouragans,
Mon cœur se convulse et s’agite.
Il espère, souffre ou bien s’irrite
A mesure que file le temps.

« Sera-ce enfin l’Aile du Salut
Ou bien encore le Désespoir? »
Quitterai-je enfin ces eaux noires
Pour les terres de l’Absolue? »

Ainsi songe-t-il, le pauvre hère,
Alors que l’attente s’allonge.
Tant d’émotions l’emplissent, le rongent
Et l’horizon demeure désert.

Depuis longtemps j’arpente ce monde
Sans jamais n’avoir croisé
Que des ersatz éloignés,
Des échos d’une vibrante onde.

J’ai empli mes yeux de merveilles,
Cherchant toujours cette vibration,
Ayant la suprême conviction
Qu’elle serait mon Souffle d’Éveil.

A la poursuite de ce rêve
Sur tant de routes j’ai cheminé
Aboutissant à cette jetée
Où j’espère que l’attente s’achève.

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octobre 14

Fossile

En ce monde restreint où la s’épuise la Magie
Rongé par l’illusion des richesses matériels,
Où se montrer vivant réserve un sort cruel,
Existe-t-il encore un Songe non avili?

Y a-t-il en quelque lieu une fée émeraude
Dont le regard s’embrase de feux céruléens?
Une flamme brule-t-elle encore derrière le voile ancien
Où dansaient les fantasmes et les faunes en maraude?

Ici, les jours s’allongent quand l’aube s’évanouit
Et le cœur se fait lourd sous sa peau d’obsidienne.
Le rempart dressé contre les âmes malsaines
Paralyse peu à peu ce songeur endormi.

Les pâles échos du Rêves, fantômes boréales
Laissent l’esprit pesant, oublieux, calciné.
Quel serait le remède, la sublime panacée
Qui rendrait l’étincelle à ce froid minéral?

Dans quel replis caché des Infinis Espaces
Se cache la vibration qu’espère ce moribond?
Quel soudain accord, quelle douce émotion
Brisera l’isolement de cet ermite las?

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septembre 28

Ignis strygia

Une nuit de longue errance, au bord de l’épuisement
Alors que quelque étoile filait vers l’horizon,
Écroulé sous un charme, me vint une vision
Qui me laissa le cœur et l’esprit pantelants.

Sur la lande déserte dévorée par la nuit
J’aperçus tout soudain comme un miroitement.
Alors la trame du monde, prise de frémissements
Se courbant, s’agita: son voile se fendit.

De cette déchirure, une jambe émergea,
Une fine cheville effleurant les bruyères.
La seconde suivi; une silhouette altière
Nerveuse, longiligne, bravement se dessina.

Dans le jour tombant, le Temps même s’arrêta
Alors que s’ouvrait les yeux de l’arrivante.
Son regard de flamme, sa chevelure brûlante
Marquèrent ma rétine; mon âme chancela.

Ses yeux, sans même ciller, dans l’instant me saisirent
Comme l’œil du chasseur s’empare de sa proie.
Privé de volonté, mon corps se figea
Laissant toute sa puissance, son emprise m’envahir.

Les échos du ressac derrière elle résonnaient
Et les vents mugissants d’une houle tempétueuse.
Cette déesse sourit puis, d’une démarche gracieuse
Regagna la fissure, s’effaçant à jamais.

Fut-elle bien réelle, cette ardente guerrière;
L’œuvre fantasmatique de mon esprit perclus?
Avait-elle jeté sur moi son dévolu?
Dévoilera-t-elle un jour son auguste mystère?

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septembre 27

Typhon psychique

Oh, toi divine Oracle qui voit tout et devine
En chaque créature, les songes et le dessein;
Je me tourne vers toi, éclaire mon chemin!
J’erre depuis des éons dans les brumes et me mine.

J’ai ausculté mon Cœur qui s’échine et se tord
Pris comme un frêle esquif en tempête océane,
Consulté la Raison où tout rêve se fane;
Depuis mon pauvre esprit titube, à demi-mort.

Y a-t-il dans cette flamme quelques fois aperçue,
Dans ces coïncidences, hoquets de l’Univers
Quelque secret indice? Parler ou bien me taire ?
Ne serait-ce qu’un reflet de mon âme perdue ?

Sont-ce donc des illusions ou un heureux présage?
Le prélude au bonheur que j’ai tant espéré ?
Ou de simples images, trop vite interprétées
Par ce cœur languissant, en manque de passion?

Prêtresses du Destin, vous, les Grandes Tisseuses,
Avez-vous pour mon âme une petite indulgence?
Dois-je agir? Me montrer? Rester dans le silence?
Demeurer coi au risque d’une parole malheureuse ?

Ombre et lumière s’étirent, s’affrontent et s’entremêlent
Créant un maelstrom de souhaits contradictoires.
Mon esprit se déchire, se fissure! Désespoir!
Devant tant d’émotions, tout mon être chancèle.

Quelle est donc la Réponse, la Juste Réaction ?
Suis-je vu, attendu ? A quel sens me fier ?
Ou bien mon cœur malade s’escrime à se berner;
Ou ces étrangetés sont une indication…

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septembre 2

Extrait

« Je suis un être d’ailleurs.

Les jours défilent. J’avance. Changement d’air. Me voici près de l’océan, à quelques pas de cette immense étendue dont le son me berce, dont la sensation me régénère. Presque quatre décennies pour prendre ma voie en main. Ici, je me sens plus libre, plus en harmonie.

Je vois le monde tourner, les humains que je côtoie suivre leur chemin, trouver quelqu’un avec qui avancer. Chaque jour, je peux constater à quel point je suis à mille lieues de leur fonctionnement. Ils vivent, se rencontrent, se retrouvent. Ils ont ce besoin de s’agiter et de faire tant de bruit pour combler l’espace. A croire qu’ils sont terrorisés par le silence et par le vide.

Et pourtant, ce vide est parfois plénitude, ce silence, paix de l’âme. Combien ils gagneraient à se laisser bercer par le son du monde, porter par le souffle du vent, caresser par les vagues de cet infini océan. Qu’y a-t-il de plus doux qu’un ciel empli d’étoiles et le doux murmure du ressac ? Écoutez ! Sentez !

J’ai beau les connaître depuis toujours, être parmi eux depuis si longtemps, jamais je ne me ferai à leurs comportements. Ils sont capables de choisir une personne pour une nuit, de l’avoir oubliée le lendemain. Leurs échanges se font de plus en plus par écran interposé, se sélectionnant sur catalogue, comme l’un de leurs produits de consommation. Qu’en est-il de la rencontre ? Qu’en est-il de la conversation, de toute cette communication non verbale qui révèle l’autre bien plus que ses mots ?

Et qu’en est-il également de cette obsession de surprotection ? Il sera bientôt presque impossible d’échanger une salutation entre deux êtres de sexe opposé sans dévider son casier judiciaire ou ses antécédents médicaux…

Et le Songe, me direz-vous ? Le Songe se meurt, peu à peu oublié, sa magie s’éteignant, noyée par le mercantilisme et le consumérisme dont se glorifie cette espèce.

Alors un être à demi-songe, comment peut-il s’adapter, survivre en ce monde ? Comment peut-il espérer croiser un autre être suffisamment proche pour parvenir à vibrer avec harmonie ?

Je suis un être d’ailleurs, d’un autre temps, d’une autre sphère. Il y a si longtemps que j’erre parmi eux.

Ils ne sont pas sans beauté, sans bonté. Mais rare sont les êtres qui laissent parler en eux cette fibre. Ils ont peur ; peur de sentir, peur d’éprouver, peur de se blesser… Ils ne réalisent pas que c’est par les blessures, par la souffrance que l’on apprend. Ils préfèrent se voiler la face, vivre dans une illusion sécuritaire, dirigés par des fous, de plus en plus soumis et contrôlés par des machines. »

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