août 16

Caliban

Je suis fais de terre brute et de roches brisées
Né de ses convulsions,calciné par ses feux;
L’écho de ma venue résonnant à cent lieux
Fendit un ciel de cendres en flèches ionisées.

A peine jeté au monde, déjà mille fois honni
Pour ma vile apparence, par tous conspué;
« A monstrueux visage, indicibles pensées! »
L’adage vite appliqué me condamne à la nuit.

Et pourtant, mon esprit, sous mon horrible face
N’aspire qu’à la beauté, la lumière et la vie.
Mon cœur, mon regard n’ont une once d’envie,
Nul mal ne réside sous mon affreuse cuirasse.

Mes sens s’ébaubissent devant une simple fleur!
Je ne veux l’effleurer pour la laisser sans trace.
Toute nymphe s’effraie de ma lourde carcasse
Fuyant à mon approche, disparaissant dans l’heure.

J’ai erré sur ce monde de si longues années
Ne trouvant devant moi qu’expressions de terreur
Que mon âme s’est vidée, lessivée par les pleurs
Mes jours mués en brume, par le Temps oublié.

Je me suis fais sauvage, solitaire, ténébreux
Évitant les humains pour les mieux observer.
Et malgré leurs erreurs, je reste fasciné
Par leur lien persistant avec le merveilleux.

Il circule en leurs peuples un sang noble et tranquille;
Ses enfants portent en eux l’éblouissante aura
Des être féeriques que le mal n’atteint pas:
Songes devenus chairs au caractères subtiles.

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août 7

Gravité

Lorsque la nuit étend ses voiles d’obscurité
Une à une s’allument les étoiles radieuses;
Éprise de liberté, mon âme triste et songeuse
Loin de ce corps si lourd rêve de s’envoler.

Sur les ailes du vent, au milieu des nuées
Emporté par la brise, là-haut, je voguerai;
Délivré de mes chaînes, ivre, je bondirai
Dans les cieux, l’esprit clair et le cœur apaisé.

J’effleurerai les astres, leurs halos de lumière
Voyant entre mes doigts glisser la fine poussière
De leur couronne céleste et, comblé, l’œil fier,
Tisserai un manteau d’éclats pâles et lunaires.

Dans l’ombre des tempêtes, je chevaucherai les brumes,
J’apprivoiserai la foudre et ses rais embrasés,
Me jetterai en ses feux pour mieux m’y consumer,
Et renaîtrai, dansant dans un nuage d’écume.

Sous la voûte céleste, offert aux éléments,
Je renouerai les liens que le Temps à brisé.
Vers l’antique tribu des Âmes Oubliées
Me porterons mes ailes et mon nouveau serment.

Sur le Seuil du Monde, entouré de mes pairs
Je laisserai, serein, le fardeau du Passé
Et tournant mes regards vers la Porte Enchantée,
Je franchirai le Voile vers d’autres univers.

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août 1

Reine des naufrages

Lorsqu’à l’ire de Neptune un jour j’échappai
Mon frêle et fier esquif par un typhon broyé
Des flots tempétueux ses débris rejetés
Sur une plage de sable, transis, je m’échouai.

Un soleil de plomb embrasait l’horizon
Séchant mes loques raides de sel et gorgées d’eau.
Étais-ce la chaleur, l’épuisement, d’autres maux
Qui m’entraînèrent alors vers un abîme profond ?

Un tintement loin du ressac au rythme lent
L’écho d’un cri d’oiseau dans les lourdes ramures
Le crissement d’un pas léger, un souffle pur
Me tirèrent hors de cet étrange engourdissement.

Ouvrant les yeux, la peau brûlée par le soleil
Je distinguais comme un mouvement par devers moi;
Une pâle brume que l’on aurait dotée de bras
Me berçant lentement dans ce fiévreux sommeil.

Une fraîcheur bienfaisante enfin me réveilla
L’ombre d’un linge humide sur mon front posé
Mes lèvres sèches d’eau doucement humectées
Et mon corps épuisé s’éloignant du trépas.

Sur le sable éclatant, au loin dansait une ombre
Silhouette évanescente, inconnue salvatrice;
Elle virevoltait sous une brise propice
Mélusine bondissante hors des vagues sombres.

Ses cheveux acajou tels des flammes voletaient
Sur sa peau laiteuse seulement drapée de toile;
Une blanche cheville ornée de minuscules étoiles
Dans ses gracieux envols soudain se révélait.

Je demeurai saisi par cette apparition
Charmé par ses regards poudrés de jaspe et d’or,
Bercé par les sourires qu’elle m’offrait encor
Entre les arabesques de ses ondulations.

Quelle était cette fée de feu, d’ambre et de nacre
Qui me sauvait la vie avant de me séduire?
J’en garde le secret et pour lui revenir
L’écrin de tous mes songes désormais lui consacre.

juillet 24

Aelki

Ardente et rousse étoile éclatante de vie
Tout soudain apparue au cœur de terres arides
Ton énergie embrase la dépouille livide
D’un être mille fois vieux et de corps et d’esprit.

Ta lumière, tes feux, tout de saphir et d’or
Illuminent les cieux comme un astre nouveau
Inspirant au poète belles rimes et doux mots
Qui célèbrent la fin de son inique sort.

Il honore la Nature pour cette âme lumineuse
Dont l’aura rayonnante le tire de sa torpeur.
La source jamais sèche d’où s’écoulent ses pleurs
Se tarit au contact de ta flamme merveilleuse.

« Digne fille de Freyja, Héméra incarnée,
Donne moi ta chaleur, ton souffle incandescent.
J’élèverais un autel pour ton contentement!
Belle Amaterasu, fais de moi ton aimé. »

Ainsi supplie-t-il dans l’aube rougissante
Cette ardente déesse de lui vouloir céder
Une part de sa grâce, de son éternité
Contre une dévotion à sa gloire toute-puissante.

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juillet 22

Fascination

Dans la bulle d’un rêve étrange et merveilleux
Au détour d’un voile à la teinte émeraude
Je surpris, allongée sur une dalle de pierre chaude
Une fascinante naïade au regard bienheureux.

Je me fis silencieux pour ne point déranger
Cette sublime créature à l’humeur nonchalante,
Saisi par son charme, sa beauté envoûtante.
Un regard de la belle eût mon âme emporté.

Je voulais me faire pierre, oiseau ou pousse d’herbe
Pour approcher un peu de cette apparition.
D’une caresse la frôler, lui voler un frisson
Effleurer furtivement sa peau pâle et superbe.

Mais le cœur me manquait. Craignant de la froisser,
De voir son beau visage de colère se creuser,
Je restais immobile, en pleine contemplation,
Ne sachant quelle étoile prier pour ce don.

Des éclats de lumière sur l’onde avoisinante
Venaient couvrir son corps de volutes cuivrée,
Sinueuses arabesques sur ses courbes posées,
Croisant ici ou là quelques encres vivantes.

L’ondine avait au flanc un mystérieux dessin,
Carte de ses merveilles à peine dissimulée.
Mes yeux y revenaient, sans cesse, comme happés,
Cherchant en ces symboles une réponse, en vain.

Le bruissement d’une aile dans un arbre voisin
Tirant soudain la belle de son assoupissement,
Elle me vit, s’empourpra, d’un geste se couvrant,
Et comme on tire un voile, disparut sur le champ.

« Pardonnez-moi, ondine aux yeux de jade et d’or,
Je ne suis qu’un errant dans ces contrés de songe.
Si je vous offensais, ordonnez, je m’allonge,
Et sur cette pierre, disposez de mon corps. »

« Votre aura était telle qu’elle me laissa transi,
Et qu’à l’eau de vos lèvres, je voulus m’abreuver.
Mes rîmes et mon âme sont ma seule monnaie.
Prenez, je vous les cède. Vous perdre, je ne puis. »

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mai 14

Madone

Ulysse eut-il vu ainsi sa Pénélope,
Ni aventure, ni guerre, fuse-t-il déshonoré,
Il n’est aucun navire qui eut pu l’emporter
Loin de sa dulcinée, pas même le Cyclope.

Hadès lui-même faisant à Orphée le pari
De ne se retourner qu’hors de son domaine
Pour mirer Eurydice nouvellement humaine
Que face à cette icône il eut cédé aussi.

Il n’est ni dieu, ni homme, devant tant de noblesse
Qui n’eut courbé le buste et rendu sa couronne
Pour un simple regard de cette douce madone
Et d’un tendre sourire saisir la caresse.

De Vinci devant elle renie Mona Lisa;
Don Juan en son enfer loin d’elle se morfond;
Sans cette Muse, le poète dans l’abîme se fond;

Mais voyez sa langueur, cette pleine mélancolie,
Ce voile de pudeur qui la drape et l’emplit…
Son âme ne se livre qu’à qui la chérira.

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mars 20

Esper

En un âge où mon être n’était qu’ombre et chaos
Dans cette ville souterraine peuplée de pâles âmes,
Un jour je t’ai croisée, lumière faite femme
Au cœur de ces ténèbres, brillante comme un flambeau.

Nous avions en commun une fugitive amie
Et nos routes se trouvaient pour la seconde fois.
Sur l’instant, trop pensif, je ne te reconnus pas
Mais tu m’as salué, approché et souris.

Ta longue chevelure couleur de blé bruni,
Ton regards dont l’éclat dissimulait la teinte,
Ta rayonnante aura dans cette grise Corinthe,
Tout en toi disait: « Viens, parles-moi, je te suis… »

Moi, prisonnier des noires brumes m’environnant,
Je n’ai rien su te dire, à peine t’ai-je regardée.
Ma bouche ne sut que taire ce qu’aurait exprimé
Mon cœur réchauffé par ton sourire aimant.

Que ne t’ai-je accueilli avec plus de douceur?
Qui sait ce qu’il advint si, cette fois, j’eus osé?
Puisses-tu lire ces lignes et bien me pardonner,
Accepter aujourd’hui ces vers en ton honneur.

Dans les opaques méandres de mon musée interne,
Tu sièges en bonne place parmi les heures heureuses.
Le si doux souvenir de ta flamme radieuse
Eclaire à tout jamais ce dédale aux murs ternes.

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mars 15

Beladonna

Dans le fond du tiroir d’un poussiéreux bureau,
J’ai trouvé, relégué parmi de vieux papiers,
Un portrait aux couleurs depuis longtemps passées
Vestige d’un autre temps, si vivant et si beau.

Le visage estompé d’une fugitive amante,
Regard de perles sombres, teint pâle, satinée,
Chevelure d’ébène en chignon relevé
Révélant une nuque délicate et troublante.

Avec elle dormaient mille souvenirs d’antan
De brûlantes passions, de cours enfiévrées.
Elle fût la gardienne d’un cœur déboussolé;
Oncques ne vit jamais de plus belle en son temps.

Depuis ce pâle cadre, cette beauté lumineuse
Fait surgir en mon sein de tendres émotions;
Toutes teintées de tristesse, mordantes comme tisons,
Et comme au premier jour ébranlent mon âme rêveuse.

Qu’est devenu l’amante lorsque l’amour à fui ?
A-t-elle voulu mourir? A-t-elle pardonné ?
Qui d’autre par son charme s’est laissé envoûté?
La belle vit-elle encor, heureuse, aujourd’hui?

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décembre 7

Minotaure

Dans une danse lente, cantate minérale,
Les jours passent, se ressemble, s’assemblent, identiques.
J’erre dans mon dédale, m’épuisant, apathique,
En quête d’une issue à ce monde carcéral.

A mesure que, sur moi, s’abat la froide saison,
L’air se fait plus rare, les évasions s’espacent.
Une ombre impitoyable d’un voile glacé m’enlace
Repoussant loin au large l’astre aux si doux rayons.

Une flaque bourbeuse me renvoi le reflet
D’un cycle répété, fait de fragments épars:
Quelques songes fanés; des voies où je m’égare;
Des serments oubliés, sièges de lourds regrets.

Bien peu de ces débris sont chargés de lumière;
De bien petits éclats imprégnés de gaieté.
Ils s’épuisent si vite, s’essoufflent, balayés
Par l’aveuglement creux d’illusions mortifères.

Dans ce morcellement se reflète une absence,
Un manque où cristallise l’insidieux germe du doute,
Un vide rongeant l’âme, poussant à la déroute
Mon être consumé par tant de dépendance.

Sans soleil je m’étiole, sans flamme je m’éteins;
Mon esprit n’est en paix que son gouffre comblé.
Où sont passés mes rêves ? Où les ai-je oubliés?
Suis-je de ceux que seule la tristesse étreint?

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août 17

Eole

J’ai vu tant de ténèbres et si peu de merveilles,
Tant d’ombres silencieuses et si peu de soleil
Que d’une noire humeur mon coeur reste marqué.
Une gangue mortifère que je souhaite briser.

J’ai trop longtemps eu mal, arpenté mes enfers,
Inhalé tant de souffre et de larmes amères
Qu’à présent je ne puis plus leur poids supporter.
J’aspire à d’autres lieux, une vie renouvelée.

Loin des miasmes putrides, de l’écoeurante bile,
Je veux m’émerveiller de sons, d’éclats subtils,
D’alléchantes saveurs, de couleurs rayonnantes,
Effacer la douleur par des joies apaisantes.

Une entité solaire débordant d’énergie
M’insuffle sa puissance, chasse ma léthargie.
Elle réveille en moi l’envie de liberté,
La soif de découvrir, de vivre et de rêver.

Sous son radieux regard, je sens mes peurs mourir,
Mes blessures passer et mes larmes tarir.
Sa détermination et sa ténacité
Ont ressoudé mon coeur et mes ailes déchirées.

J’attends l’instant propice, le moment de l’envol
Pour enfin m’élever, m’arracher à ce sol.

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