novembre 19

Pâle humeur

Toi le faiseur de songes, tisseur d’illusions,
Tes sens te leurrent encor, plient la réalité;
Ton cœur ébauche ses rêves sur des trames biaisées
Par les chimères étranges d’une trouble perception.

Tu captes des images glissant entre les voiles
De tant d’autres réels, si lointains et si proches;
Ton esprit défaillant à ces bribes s’accroche,
Les lie, les superpose en une trompeuse toile.

Et ta tendre nature, naïve, trop docile,
Y distingue les esquisses de ses secrets espoirs.
Et tu bâtis des chants, des contes illusoires
Jusqu’à l’instant tragique où la vie te décile.

Tes mots se muent en cendres, ton être se flétrit
Une nouvelle blessure vient ton âme abîmer
Et tu regagnes l’île aux rives désolées
Où veillent ta solitude et ton essence meurtrie.

Oh, faible démiurge, ta voie n’est pas ici!
Tu en appelle aux anges dans un cosmos sourd.
Quand donc comprendras-tu qu’en ce monde n’ont pas cours
Les valeurs, les vertus que ta conscience chérit ?

Tu es d’un autre temps, issu d’une autre sphère,
Égaré ici-bas par les choix du hasard.
Oncques ne vit un autre venu ici déchoir
Muni des mêmes tares ou brumeux caractère.

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septembre 1

Fata

Dans les brumes d’Outresonge l’ange aux ailes grises chante.
Il murmure en lui-même une antique mélodie,
Évoque un rêve d’amour condamné à l’oubli,
Se livrant aux étoiles, ses éternelles amantes.

En son cœur, il invoque les oiseaux de soleil,
Volatiles merveilleux au plumage irisé,
Confiant à leurs bons soins ses plus intimes pensés,
Envoi ces messagers vers l’aube qui s’éveille.

Telles de comètes, ils filent, illuminant les cieux,
Vers les êtres à qui songe le céleste exilé.
Ils portent en eux l’espoir, graine prête à germer
Pour adoucir le sort des esprits malheureux.

Sur la branche d’un vieux chêne, l’un d’eux s’est reposé,
Attiré par la voix d’une belle à l’âme meurtrie.
Une plainte silencieuse, une sourde mélancolie
Mêlée aux lourds sanglots d’une fée aux ailes brisées.

Son timbre déchirant, sa profonde douleur
Émeuvent le volatile à l’en faire chavirer.
En un froissement de plumes, ne pouvant résister
Il vient enlacer l’elfe pour apaiser ses pleurs.

Mais l’oiseau n’est qu’un songe, hors d’atteinte du monde;
La triste créature ne peut l’apercevoir.
Les yeux baignés de larmes,toute à son désespoir
C’est à peine si elle sent une brise vagabonde.

Pourtant l’oiseau demeure, veillant la demoiselle
Insufflant son essence pour guérir les maux.
Il a choisi la belle, allégeant son fardeau;
Pour l’aider à renaître il se fera réel.

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juin 12

Particules élémentaires

Cachés entre deux souffles, deux battements de cœur,
Il est d’étranges mondes où mille vies s’écoulent.
Un battement de cils, une larme qui roule:
Toute une histoire s’éveille, s’épanouit et meurt.

Cela prend un instant, deux regards se croisent
Un pétillement subtile, soudain la foudre tombe;
Dans l’air électrisé par cette muette bombe
Se forment mille images; les destins s’entrecroisent.

Pour les voir exister, il suffirait d’un mot;
Un geste, un frôlement, comme une invitation…
Tant de songes éveillés par des brèves émotions
Attendent d’être saisis pour fleurir à nouveau.

Partout, ils sont présent, à un pas hors du temps
A un changement de route, un sourire partagé.
Leurs fils innombrables en une trame imbriqués
Forment une vibrante toile pleine d’astres flamboyants.

Bien peu d’yeux les distinguent, peu d’êtres les comprennent
Et même pour ceux-là, le choix n’est pas aisé.
Devant tant de possibles l’esprit peut hésiter
Aveuglé par l’éclat de ces visions soudaines.

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mai 30

Absolue

Viennent la nuit et l’ombre, vienne le doux sommeil
Où vivent les mirages, les merveilles du songe.
En eux, avec délice, tout mon être se plonge
Étreignant une divine nymphe aux lèvres vermeilles.

Cette secrète gardienne cache contre son cœur
La clef de mille trésors d’une infinie tendresse.
Les étoiles l’ont faîte céleste enchanteresse,
Illustre souveraine du royaume d’un rimeur.

Elle est dépositaire de la beauté du monde
Et parfois je surprends, hors du rêve, son reflet.
Dans l’éclat d’un sourire, d’une tournure l’attrait
Ou dans l’eau d’un regard à la clarté profonde.

Les mots semblent bien fades pour dire sa lumière,
La paisible quiétude habillant sa présence.
Mais lorsqu’elle disparaît, tant me pèse son absence
Que je sens mon esprit se muer en poussière.

Sereine inspiratrice, amante vénérée,
Combien de temps encore durera mon exil ?
Nulle trace en ma mémoire de l’acte vain et vil
Qui me vit hors du temps, loin de toi, déporté.

Partout, en chaque instant, je te cherche et t’espère!
J’aspire à retrouver en tes bras ce bonheur,
Le paradis perdu de ta sublime candeur.
Existe-t-elle seulement ou n’est-elle que chimère?

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mai 6

L’égaré

En son pays mental dansent mille images:
Hybrides de pensées, d’étranges éclats de songes,
Fulgurances d’outre-voile, jeux d’ombres où l’âme plonge,
Cherchant la flamme secrète sous ses nombreux visages.

De geôles en forteresses, de tours en noirs caveaux,
Toujours son esprit file, courant vers l’horizon.
Il emporte avec lui ses doutes, ses illusions,
Les barreaux de sa cage, son pénible fardeau.

Derrière cette coquille qu’il voit comme une armure
Pèsent sa solitude, ses secrètes douleurs.
Semblable et différent, un peu plus à chaque heure
Il ne sait de quel monde il est la créature.

En quête permanente, masquée sous d’autres buts,
Il recherche des liens, des échos similaires;
A travers les étoiles, les lieux, les univers,
Il guette cette résonance, cette vibration perdue.

Depuis longtemps, il erre entre les dimensions
Les volutes du Rêve imprégnant sa psyché.
Parfois il ne sait plus ce qu’est réalité
Tant les sphère se confondent, se mêlent sans distinction.

Au delà des miroirs, il entrevoit parfois
La furtive silhouette de celle qu’il espère:
Celle qui porte en elle la sublime lumière
Où vivent les souvenirs des amours d’autrefois.

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avril 4

Cellule

Une nouvelle fois la toile se fond en illusion,
La trame se délite à peine ébauchée,
Les lyres se sont tues, le ciel s’est refermé,
Seul reste le silence sur ce vide horizon.

Le cœur ne vibre plus de sa douce harmonie
Immobile, terne et froid ; lui qui voulait y croire
Après chaque envolée se doit-il de choir?
D’étoile il se fait pierre; trop de chocs l’ont durci.

Voici l’enfermement, prison qu’il connaît bien;
Il tourne sur lui-même, radote, enrage, s’isole,
Répète des schémas qui le rongent, l’étiolent
Laissent les plaies à vif, suppurant leur venin.

Reviennent les noires ténèbres et le funèbre hiver
Quand au-dehors la terre exhale le printemps.
Son esprit confiné s’altère lentement
A mesure que renaissent les ombres mortifères.

Un unique cri s’échappe puis il devient aphone.
Amorphe, il végète, conduit par des routines;
Sa raison l’abandonne, son néant le domine,
Il se mue en pantin, plus ne rit ni s’étonne.

Sans rêves ni désirs, son être s’est figé;
Prisonnier endormi, esclave du quotidien.
Perdues les joies d’enfant, noyées par les chagrins;
Il devient coquille vide à l’âme anesthésiée.

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mars 15

Icare

Femme flamme au doux sourire, soleil radieux,
Dans cette geôle imposée, c’est à toi que je songe.
Las de ces quatre murs, en mon esprit je plonge…
C’est vers toi qu’il se tourne, papillon amoureux.

Il revit chaque instant, chaque brève parole,
Toujours émerveillé par ta simple présence.
Et je maudis mille fois ma langue faisant silence,
Mon cœur se noyant sous les mots qui l’affolent.

Je voudrais tout te dire, ne plus rien te cacher
Des vagues telluriques qu’apportent ton regard
Dans le secret tombeau où fanaient mes espoirs
De retrouver un jour le courage d’aimer.

Tant de bouleversements, de tristesse, de distance,
Me tenaient à l’écart, repoussant l’affection
Ou bien la faisant fuir devant tant de passion,
Car trop d’intensité génère trop de souffrance.

Trop voir peut aveugler, trop sentir peut brûler
Aussi je maintiens clos mon creuset d’émotions.
Sous le feux de tes yeux, pourtant, vint l’explosion;
Mon âme moribonde s’est remise à chanter.

Et depuis elle danse, bondit, tourne et chavire
Dans l’attente, impatiente de pouvoir te croiser.
Je compte les instants avant la liberté,
Où j’espère pouvoir enfin mon cœur t’ouvrir.

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janvier 31

Idyie

Oh, belle Néréide aux cheveux cuivre et or
Lorsque votre sourire d’une mystérieuse candeur
Au hasard d’une rencontre légèrement m’effleure
Tout mon être s’émeut sous son feu indolore.

Le rimailleur en moi se retrouve muet
Et sa plume indomptable soudain cesse d’écrire;
Je ne trouve les mots qui puissent alors décrire
Tant de bouleversement car mon âme se tait.

Elle rie, pleure en silence, danse sous la lumière
Célébrant l’existence en cette épiphanie;
Votre simple présence l’enchante, la ravie
Et lui fait oublier ses siècles de poussière.

Oh tendre incarnation, si je pouvais trouver
En mon cœur le courage, en vous l’incitation,
Je viendrais vous confier cette douce émotion
Que je tais, ne souhaitant, pour l’amour, vous troubler.

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janvier 11

Daphné

Dans un secret espace à l’ombre de la Lune
Où l’écho de mille rêves aiment à s’échouer,
Je médite en silence sous les rayons diaprés
De ces éclats de songes aux vibrations communes.

J’y vois danser les flammes d’angéliques visions
Ondulant sous la houle d’airs lointains, surannés,
Graciles silhouettes que l’on n’ose effleurer
Sans craindre de les voir périr sous l’affront.

De temps à autres émerge une somptueuse image
Cachée dans les méandres de ce brumeux spectacle:
Les traits d’une déesses, le regard d’un oracle,
Flamboyances d’acajou nimbant un doux visage.

Ce superbe portait dissipes les autres spectres
Tant son éclat rayonne d’une tendresse envoûtante.
Force et fragilité, candeur bienveillante,
Telles sont les émotions qu’éveillent en moi son être.

Ne voulant point troubler l’onde par mon émoi
Sans mot dire je contemple sa nocturne réflexion.
Belle rêveuse, splendeur qu’enfante la Création
Que ne puis-je en un souffle m’envoler près de toi ?

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novembre 16

Möbius

Comme un grand fauve un cage, girouette incessante
Devant mille chemins, mon esprit tourne et vire.
A contre-temps, mon cœur se balance et chavire,
Pressé par ses fantômes, ombres évanescentes.

Le territoire des brumes s’est fait place en mon âme,
Occultant mes visions, muselant mon Oracle.
Je ne distingue plus l’Illusion des Miracles;
Aveuglée par mille phares ma psyché croule, se pâme.

L’immense cacophonie des sociétés humaines
Ou le pesant silence de mon isolement
Me rendent sourd, effacent avec acharnement
La subtile mélodie qui me guide et m’entraîne.

Oh, âmes vagabondes! Chères amies, chères sœurs,
Vous dont les voix sublimes enveloppaient mes pas;
Daignez, je vous supplie, porter regard vers moi,
M’apporter à nouveau vos murmures charmeurs!

Ma boussole ne sait plus quelle route tracer
Et comme le rongeur au cœur du labyrinthe
Je rumine en silence tant d’idées, tant de craintes,
Tournant, me retournant, sans jamais avancer.

Tout se brouille en mon être, comme l’encre sous l’averse,
Tout s’écoule, se mélange, paysage détrempé.
Vie et songes se confondent, épuisent ma pensée
La confusion s’étend, mes espoirs s’inversent.

De Charybde en Scylla, de Morgane à Circé,
Sous des souffles contraires, je roule, pâle fétu
Peu à peu, je m’abîme, j’erre, l’esprit perdu
Sans plus trouver un astre qui vienne m’éclairer.

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