juin 22

Osiris

D’un regard innocent au seuil d’une nuit d’été
Une déesse aux yeux fauves soudain m’a subjugué
En un battement de cils mon âme me fut volée
Dans un profond silence mon cœur a explosé

Les débris de mon être furent dispersés aux vents
Laissant dans ma poitrine les ténèbres et le vide
Des émotions sans bornes, sans chaînes qui les brident
Déchainant les tempêtes, causes de mils tourments

Ces maux incontrôlables tourbillonnent depuis lors
M’agitant, m’éprouvant chaque jour, chaque nuit
Dans un manège sans fin, ils consument ma vie
Epuisant un peu plus les fibres de ce corps

En vain j’ai essayé de les amadouer
Etranges nués d’insectes désirant m’asservir
Je les ai muselés pour mieux les retenir
Mais chaque instant je lutte pour pouvoir les dompter

Mes cellules sont hantées par cet organe manquant
Partout, à chaque secondes elles croient le percevoir
Dans le pli d’un visage, dans l’ombre d’un regard
Toujours elles poursuivent ces illusoires fragments

Et moi, pauvre pantin aux rouages brisés
En tous sens j’oscille, pris entre deux mouvements
La mémoire de mon être s’oppose aux sentiments
Secouant tous mes membres d’ondes désordonnées

Voici en peu de mots mon calvaire éternel
Marionnette sans âme, au cœur désagrégé
Cherchant les pièces manquantes pour me réassembler
Et faire taire les tourments de mon enveloppe rebelle.

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juin 14

La nuit désespère

Seul devant mon écran dans cette obscurité
J’évoque des images suscitant l’émotion
Qui pourtant restent mortes, n’enflamment point de passion
Perdu dans les méandres de mes sombres pensés

Scrutant le ciel noir passant à ma fenêtre
Je hulule à la lune pleine de sa lumière
Espérant que sa vue efface mes œillères
Pour pouvoir extirper une parcelle de mon être

La plume si prolixe ce soir reste muette
Et l’encre, cette drogue, demeure sans effets
Rien ne vient satisfaire mon nocturne forfait
La page reste vierge, sans un vers, blanche et nette

Des heures j’implore les Muses pour un maigre morceau
Un fragment, quelques lignes pour me sustenter
Assouvir mes désirs de poète fané
Et nourrir ma chair en noircissant ma peau

Un imposant silence pour unique réponse
Oh l’innommable vide, le terrible néant!
Mon esprit épuisé en reste chancelant
Et mon cœur s’emprisonne dans sa geôle de ronces

Il en ira ainsi de même chaque nuit
Mon âme pleure un poème, une miette d’inspiration
Puis s’enferme à nouveau dans sa tour d’illusions
Cherchant l’essence du rêve dans une lente agonie.

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juin 10

Possédé

Lorsqu’en ce jour béni, j’errais parmi les bois
Cherchant sur mon chemin quelque vers inspiré
Je vous vis, belle dame, sur ces rives nacrées
Pendant un court instant le cœur me manqua

Votre longue chevelure glissant entre les joncs
Sa noirceur de jais dansait dans l’onde claire
Le long de vos épaules cascadait la lumière
Et sur votre peau pâle imprimait l’émotion

Vos atours sur la berge demeuraient étendus
Lorsque de la poussière vous nettoyiez l’affront
Nageant dans cette rivière dont je tairais le nom
Troublante apparition dans votre beauté nue

Pendant de longues minutes mes yeux vous admiraient
Toute à votre baignade vous ne me vîtes pas
Quand soudain rafraichie votre grâce se dressa
Hors de cette baignoire où votre corps flottait

Mes dieux, quelle déesse aux courbes de tendre albâtre
Mais dans votre regard nulle peur, nul effroi
Pourtant nulle parcelle ne couvrîtes de vos bras
Laissant à ma vision vos charmes idolâtres

Dans vos prunelles brûlait un feu fait d’améthyste
Alors qu’au plein soleil s’offraient tous vos mystères
J’en restais subjugué, éblouis et, sincère
Je remerciais le ciel d’être un si grand artiste

Nulle autre majesté n’aurait donné naissance
A pareille merveille, si parfaite ingénue
Là où toute autre dame protègerait sa vertu
Aux hasards d’une rencontre si pleine d’inconvenance

Lentement vous passâtes votre manteau de nuit
Recouvrant vos joyaux dignes de royauté
Et d’un tranquille sourire vous m’avez envouté
M’enserrant de vos mains dans votre étrange habit

A cette seconde, pour moi le temps s’est arrêté
Je devins votre esclave, votre valet soumis
Votre nom véritable m’apparut dans un cri
Alors que nous franchîmes l’heure de l’éternité

Depuis, dans l’autre monde, je veille à vos désirs
Nourrissant de mon âme vôtre royale personne
Accompagnant vos pas lorsque la minuit sonne
Dame Mort, grande Reine, je meurs pour vous séduire.

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juin 8

Gisant

Sous une pluie froide et battante
L’un après l’autre ils s’en viennent
Jeter un peu de terre ancienne
Dans cette fosse, valse lente

Plus tôt, l’un des leurs est tombé
Laissant en eux un vaste vide
Défilé de visages livides
Sinistre sort, fatalité

Parfois l’un laisse plutôt une fleur
Pétale blanc sur sol sombre
Eclat brillant sur un voile d’ombre
Dernier hommage venu du cœur

Au dessus du tertre est posée
Une vaste dalle de lourde pierre
Surplombée, gardant ses mystères
Par l’image de l’inhumé

Taillée dans une roche massive
Ce gardien semble s’émouvoir
Mais sans moyen pour se mouvoir
Il reste figé loin des rives

Pourtant lorsque le jour s’éteint
Et que s’éloigne la procession
Une inexplicable émotion
Déforme ses traits inhumains

De ses yeux de granit peints
S’écoulent des larmes, gouttes de pluie
Mêlées à l’averse qui finit
Que personne ne verra demain

Devant sa dernière demeure
Le défunt chaque nuit sanglote
Et sans bruit ses lèvres tremblotent

Il pleure sa famille perdue
Pour qui il est disparu
Il reste seul, dans son horreur.

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juin 4

Vanité

Sous mes yeux fatigués, brulés par le soleil
Lentement tombent les restes d’une civilisation
Murs brisés, temple en ruine, fer et rocs à foison
Carcasses étendues dans un dernier sommeil

Les immeubles éventrés livrent dans un soupir
Leurs entrailles secrètes, ouvertes à tout venant
De grands panneaux de verre hier resplendissant
Retournent à la poussière sans même un souvenir

Des désirs de grandeur d’une race orgueilleuse
Ne restent que débris et structures corrodées
Le temps, les éléments auront tout dévoré
Ne laissant presque rien d’une cité ambitieuse

Depuis l’aube des temps la grande espèce humaine
Voudrait tout conquérir pour régner sans partage
Repoussant les limites jusqu’à ce grand naufrage
Où noyée sous le sable la Nature la réfrène

Au cœur des flots du Temps, chacun veut faire sa marque
Laisser dans les mémoires son invincible empreinte
Nous qui ne somme rien, poupées d’argile peintes
Cherchons tous les moyens pour échapper aux Parques

Nous gonflons nos egos, désirons maitriser
Des forces qui nous échappent pour nous diviniser.

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juin 2

Danseténèbres

Il est un lieu maudit où règnent obscurité
Mauvaises énergies, chaos, cacophonie
Au bout d’une voie sinistre, empoisonnant la vie
Au cœur d’un gouffre infâme empli de noirs pensées

C’est la dernière demeure pour les âmes amères
Que la rage dévore, nourrissant leur brasier
Rejetant dans les flammes leur culpabilité
Pour mieux se consumer au feu de leur colère

Sur une colline abjecte trône un sanglant autel
Où l’on broie et déchire les chairs d’un condamné
Coupable simplement de s’être égaré
Ses pas l’on entrainé vers les pleurs éternels

Ses viscères sont servis dans un grand plat de fer
Noirci par la cendre dont le sol est jonché
C’est l’horrible repas des esprits affamés
Qui gravitent en ces lieux, antichambres d’Enfer

Au pied d’un monticule ou s’empilent les charognes
Dansent des ombres frénétiques dans un glorieux sabbat
Chantant leurs louanges à l’oreille de leur Roi
Le Maître des Douleurs, le Seigneur MasseCogne

Toute cette sinistre foule n’œuvre que pour servir
Ce rejeton dément des entrailles infernales
Dont un seul regard peut vous être fatal
Cette grande assemble ne cherche qu’à vous nuire

Si d’aventure une nuit vous croisez ce chemin
Faites vite demi tour, fuyez vers le levant
Laissez dans votre dos ces êtres chahutant
Courrez à perdre haleine, Danseténèbre vient!

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mai 30

La mort de l’innocence

Sous un rayon de Lune brille le champ de neige
Blancheur immaculée où dansent des gouttes d’argent
A la lisière du bois, une biche au doux flanc
S’avance lentement, guettant le moindre piège

Elle a longtemps couru, à travers les fourrés
Frémissante, en alerte, attentive à chaque bruit
Sentant les prédateurs se glisser dans la nuit
Evitant leur présence pour moins les attirer

Un sabot après l’autre elle ose s’aventurer
Sur cet espace vierge qu’aucun souffle ne trouble
Prudemment elle progresse, de vigilance redouble
A travers ce désert de sensations glacées

Soudain, dans le lointain, résonne un claquement
Surprise, la tendre bête se fige, clignant de l’œil
Les naseaux frémissant, cherchant parmi les feuilles
L’indice qui révélera l’invisible assaillant

Dans un battement de cils l’animal s’effondre
Sans comprendre, elle râle, rend son dernier soupir
L’encolure percée, trace noir sur son cuir
Laissée par une balle qu’un homme vient de fondre

Alors que l’aube se lève, la biche a trépassé
Fendu de part en part, son cœur agonisant
Répand sur la neige fraiche la chaleur de son sang
Et l’assassin s’avance pour prendre son trophée

De sa besace il sort une coupe d’acier
L’appliquant sur la plaie, il prélève son dû
Puis la porte à ses lèvres et savourer, repu
La vie de l’innocence qu’il vient de sacrifier.

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mai 25

Dame Fortune

C’est une lame avide aux tranchants affutés
Sur l’un on lit « Justice », sur l’autre « Vérité »
Le symbole légendaire d’une divinité
Dont le regard est vide et le sens émoussé

Coupable ou innocent, tous périssent sur son fil
Hommes sincères ou menteurs, personne n’est épargné
Son jugement fait loi, sa voix incontestée
Mais sont aveuglement fait craindre maints périls

On la dit impartiale mais elle peut être achetée
Par tous les puissants qui disent la servir
Ne cherchant qu’un moyen de plus pour s’enrichir
Elle devient marionnette dans leurs mains entachées

En son nom le sang coule, le frère tue le frère
Les nations s’y conforment pour mieux la trahir
S’en prenant l’une à l’autre plutôt que de s’unir
Tous s’empoignent et se meurent pour la bien satisfaire

A ses mots l’on se plie pour ne point succomber
Et l’on fait étendard de son glorieux blason
Devant sa volonté on est que moucheron
Rejeté dans la fange par son poing d’acier

On lui prête mils rôles: honneur, fierté, patrie
Droit divin, main de Roi, ordre ancien ou nouveau
Elle n’est que paravent pour nos si grand égos
Le masque vertueux de notre hypocrisie.

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mai 19

Ode à la nuit

Lorsque se voilent les cieux de noir
Piqueté de gemmes lumineuses
Et que les visions merveilleuses
S’épanouissent, quand vient le soir

Lorsque la voûte est constellée
De mils fragments de miroir
Que tant de rêves emplis d’espoir
Fleurissent à l’esprit fatigué

Mon cœur se met à s’agiter
Et je sens mes ailes disparues
Dans leur prison de chair nue
Tenter de battre pour s’envoler

Mon essence se souvient alors
De sa nature aérienne
Une légèreté très ancienne
S’empare soudain de tout mon corps

Je veux voler dans cet azur
Sous les étoiles batifoler
Retrouver cette liberté
Que porte une âme de forme pure

Je veux retrouver les éthers
Les charmes simples et certains
Voguer dans les flots aquilins
Si loin de ce monde de poussière

Mon enveloppe argileuse
Se fendille lorsque vient la nuit
Et réveille en moi des envies
D’errances apaisantes, bienheureuses.

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mai 19

Séléné maudite

Quand la Lune opaline dans les cieux s’arrondit

Que sa lumière blafarde domine l’obscurité

Eclairant la campagne d’un voile éthéré

Mes sens exacerbés m’annoncent une longue nuit

Mes nerfs se contractent, me rendent électrique

Je deviens foudre, mon cœur battant comme tonnerre

Emplit de son fracas ma tête toute entière

Tout mon corps résonne sous ses coups frénétiques

Dans mon esprit s’emmêlent les songes oubliés

Les mondes imaginaires s’entrechoquent en vibrant

Se brisent comme cristal, dispersant leurs fragments

Emplissant ma cervelle de débris par milliers
Sous les assauts furieux de cette vague, dans l’air

Ma chair se délite au rythme des roulements

Mes os dansent la gigue, craquent sinistrement

Et mon sang s’évapore, brûlant dans l’atmosphère

Je ne suis plus qu’une onde, un sursaut démoniaque

Un ouragan humain, ardent, dégénéré

Un typhon d’énergie longtemps accumulée

Qui pourrait consumer l’Enfer d’une claque

Rien ne peut m’apaiser, tout acte devient torture

Je fuis mon écritoire, honnissant mes pages vides

Je maudis les humains, mes congénères avides

Je redeviens ermite, quand reviennent les murmures
L’inquiétant occupant de mon miroir obscur

Se manifeste alors, m’inondant de pensés

Me glissant des horreurs et des insanités

Pour mieux rire de moi, raviver mes blessures

Alors recommence une valse morbide

Où j’empoigne mes peurs, mes défauts avérés

Pour mieux les enfouir dans un noir mausolée

Le sinistre caveau de mon double putride.

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