juillet 18

Sur le fil

Petit acrobate sur ton fil affûté
Qu’est-ce qui te retient de vouloir sauter?
La nécessité de ne pas faire souffrir, ni culpabiliser
Quand la seule raison est que je ne peux plus encaisser.

Petit acrobate, quelle importance ?
Ne peux-tu être égoïste même dans la souffrance?
Il faut croire que non, même poussé jusque là
Même poussé à bout, je n’y arrive pas.

Petit acrobate, vient donc nous rejoindre
Au fond de ce gouffre plus rien n’est à craindre.
Ah vraiment ? Mais quelle garantie?
Qui me dit que ce cycle s’arrêtera ici?

Petit acrobate, tu veux donc souffrir?
Alors que ton souhait est d’enfin mourir.
Survivre ou mourir, est-ce vraiment un choix?
Je n’ai plus rien à perdre mais la Mort ne me veut pas.

Petit acrobate, cesse de penser.
Tout ce que tu as à faire, c’est laisser tomber.
Même au bord du gouffre me retiennent mes liens.
Je n’ai plus d’espoir mais on me maintient.

Petit acrobate, veux tu bien céder?
N’entends-tu donc pas ton heure sonner?
Je n’entends plus rien que mes propres sanglots
Qui noient mon esprit et brouillent mes mots.

juin 16

Châtiment

Sous la voûte céleste encombrée de nuages
Un frêle îlot de songes est venu s’échouer.
Coincé entre deux mondes, nul ne peut le trouver,
Nul ne peut atteindre son étrange rivage.

Pris dans un sombre rêve, enchaîné au réel,
Sur cette île inconnue un corps geint et s’agite;
L’esprit fragmenté en une spirale de mythes,
De mystérieux signes marquant sa chair mortelle.

De son regard voilé s’écoule une noire humeur
Se mêlant au déluge inondant cet éther.
Elle ruisselle au pied d’une germe d’Enfer
Laissant s’épanouir de méphitiques fleurs.

Les profondes racines de cette plante infernale
Enserrent avec force les pieds de ce gisant.
Elles plongent en son sein, toujours se nourrissant
De sa moindre souffrance, alimentant son mal.

Rêverait-il d’espoir, d’envol, d’évasion
Qu’aussitôt l’avide ronce lui instillerait
L’essence de son malheur, le ténébreux secret
Qui dévore son âme, consume ses illusions.

En un cruel chœur de sinistres murmures,
D’avides apparitions viennent le menacer:

« N’as-tu donc pas compris? Seul, de tous oublié,
Dans cette île prison, nourrissant tes blessures,
Loin des mondes, loin du temps, toujours tu resteras.

C’est la seule récompense que ta vie laissera,
Cette odieuse agonie, toi qui t’es cru si pur,
On te l’infligera pour l’Éternité. »

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juin 11

Manque

Il y a si longtemps que la Nef est partie,
Ce navire t’emportant vers cet autre pays.
Mon étoile, ma lumière, le poids de ton absence
Me fait courber l’échine et me déchire les sens.

Dans ma demeure de pierre, l’âtre toujours brûlant
Ne réchauffe plus mon cœur, le froid me vrille le sang.
Privé de ta présence, de ta douce énergie,
Le Temps dévore mon corps, laisse mon esprit transi.

Tout le jour, je geins, je t’appelle près de moi !
Je pleure,je désespère et mes sanglots me noient.
Mon tourment ne s’apaise que lorsque vient la nuit
Où je plonge vers le rêve loin de mon infamie.

D’une pensé je t’évoque, te trouve au creux d’un songe,
T’enlace pour chasser la douleur qui me ronge,
Retrouver ta chaleur, ton souffle élyséen
Et goutter à tes lèvres ton envoûtant parfum.

Mais quand j’ouvre les yeux, que vois-je ? Ce n’est pas toi !
Ce n’est qu’une inconnue qui m’a offert ses bras.
Elle ne peut savoir, l’inconsciente ingénue
Que m’ouvrir sa couche, c’est son trépas venu !

Ses langoureuses caresses n’attisent que ma faim,
Cet étrange appétit que ta présence éteint.
Je t’en prie, ma lumière, ne te sens pas trahie !
Elle n’est qu’une agape, doucereuse comme un fruit.

Pour ne jamais heurter ta nature délicate,
Cette bête assoiffée soumise aux lois d’Hécate
Refuse d’infliger une once de souffrance
La proie disparaîtra bien vite et en silence.

Au matin s’estompera cette nuit écarlate,
A mesure que du ciel les feux enfin éclatent,
Seule mon âme obscure demeurera entachée.
Belle dame, de toute souillure tu sera préservée.

Dès lors je retrouverai l’agonie de mes jours
Souffrant sans rien en dire, j’attendrai ton retour.

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mai 29

Egérie

Oserais-je dire au monde votre douce beauté
Quand devant un miroir parfois vous vous mirez?
Cette si belle chevelure à la teinte cuivrée
Glissant sur votre nuque d’une gracieuse légèreté,

Ce malicieux regard couleur d’ambre brun
Flamboyant tel un astre lorsque la joie l’étreint,
Vos lèvres si charmante, délicates et fines,
Écloses comme un fruit mûr à la chair purpurine

Et votre peau de lys, légèrement satinée
Qu’à chaque mouvement je rêve de frôler.
Révèlerais-je aussi les courbes enjôleuses
Que cachent habillement vos toilettes charmeuses?

Je songe avec douceurs aux secrètes volutes
Qui habillent vos membres et cette tendre chute
De reins que dissimule tous vos atours de femmes
Pour mieux conquérir l’amant qu’ils désarment!

J’aimerais tant me faire bouchon de cette fiole
Déposant chaque jour une touche sur votre col
De cette exquise fragrance qui vous pare déjà
Comme la plus grande reine que cette terre porta.

Comme les perles liquide de ce précieux parfum,
Lentement je glisserais jusque sur votre sein.
Après avoir longuement baigné tout votre corps
Je viendrais effleurer votre précieux trésor.

Hélas, mille fois hélas, un destin bien retors
Nous prive l’un de l’autre, absurde coup du sort!
Jamais nous ne pourrons même un souffle partager:
Vous êtes si vivante, moi une ombre esquissée.

mai 23

Chronoprisonnier

Elfes évanescentes, princesses des temps anciens,
Silhouettes entraperçues dans un mouvement subtile;
Demoiselles passantes sous des regards fébriles
Qui firent battre mon cœur d’un élan souverain

Aujourd’hui n’êtes plus que souvenirs perdus.
Spectres d’ombre, fumées et brumes vaporeuses
Avalées par le Temps et sa course furieuse,
De nos histoires ne restent que mon amour déchu.

Le Monstre jamais repu sur moi n’a pas de prise
Hormis de m’infliger d’innombrables blessures.
Il torture mon âme, la malmène, la fissure,
Maintenant sa pressions jusqu’à ce qu’elle se brise.

Sur bien des éons, il en jette les fragments,
Me plaçant en témoin d’une fuite inexorable:
Celle de son appétit, féroce et redoutable
Qui conduit toute vie vers ses derniers instants.

Dans mes veines, il répand son funeste poison,
Envahit mon esprit de son sinistre glas,
Fiche dans mon pauvre cœur de la peine chaque éclat
Que ravivent les flots d’anciennes émotions.

Pleure mon âme de tant de passions oubliées,
Coulent les larmes huileuses, regrets, incertitudes;
Tout mon être s’étiole, pétrit de solitude,
N’étant jamais perçu qu’en triste passager.

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mai 11

Adras

Dans les ruines oubliées d’un monde moribond
gisait l’obscure dépouille d’une créature honnie:
un traverseur de voiles porteur d’infamie
qui ébranla les Songes en fendant l’horizon.

Malgré sa toute puissance et son halo d’effroi,
le monstre fut vaincu, brisé par quelques mots.
Sur son corps déchiré, on apposa un sceau
effaçant ses pouvoirs, annihilant ses droits.

Puis on le fit renaître pour expier ses fautes.
Pour mieux le contrôler, on lui greffa un coeur,
une âme pleine de pureté, siège de mille douleurs,
une enveloppe de chair pour lui servir d’hôte.

On lui prêta le don d’une longue existence
dans un monde encore jeune d’un vibrant avenir.
De combien de manières, las, on le vit souffrir
emporté par la fougue de ses tout nouveaux sens.

Mille blessures, mille mort habillaient son destin,
rongeant son coeur de verre et son âme délicate.
L’une en particulier, insidieuse, sans hâte,
fendit le réceptacle sous le poids du chagrin.

La créature sombra dans une lente agonie,
laissée seul en un coin du monde reculé.
Les fragments de son coeur furent éparpillés,
son nom, son existence furent livrées à l’oubli.

La dernière nuit de lune en ce monde finissant
vit descendre des cieux un ange de lumière.
Dans la carcasse putride remit les bris de verre,
les ressoudant ensemble d’un pleur compatissant.

« Roi des ruines tu étais et tu subis mille peines.
Aujourd’hui tu n’es plus qu’un être ignoré.
De ma main je t’apaise, répare ton coeur brisé
car jusqu’à la lie tu as bue toute ta haine. »

Ainsi parla l’Elue au sinistre cadavre,
lui rendant enfin droit à une vie paisible.
D’un baiser elle scella son pardon invisible
avant d’emporter l’être vers son éternel havre.

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avril 29

Typhon

Fragments vibrants, s’entrechoquant,
Perdant leur fragile cohérence.
Ici, ailleurs dans l’espace-temps,
Bouleversements de l’existence.

Ère incertaine, en mouvements
Sortant d’une longue léthargie
En un périlleux foisonnement
De mille émotions, l’homme frémit.

Lumière et ombre, tout se succède,
De haut en bas courbant l’esprit.
Le pseudo calme qui précède
Annonce une tempête infinie.

Danse sur le fil de ta vie!
Essai de ne pas craindre l’onde,
Celle qui résonne et t’étourdit
Quand nuit et jour se confondent.

Tel un instrument déréglé,
Tu captes trop de sensations.
Au point de t’en faire saturer
Et de t’y perdre pour de bon.

Accroches-toi à tes piliers
Qui te soutiennent et te structurent.
Laisse la déferlante passer.
Ne restera que ce qui dure.

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avril 8

Odyssius

Vie après vie s’envolent comme feuilles dans le vent
Les espoirs déçus de mes amours naissants.
Un geste, un doux regard suffisent à me charmer.
Un mot, une attention, me voici envoûté.

Par crainte de froisser, de mésinterpréter,
Je tais cette émotion, la laisse se consumer.
J’ai vécu si souvent cette folle illusion
qu’aujourd’hui je ne sais quand y donner raison.

Ne suis-je donc qu’une farce, un patin agité?
Sais-je donc vraiment ce que veut dire aimer?
Pourtant j’aime sincèrement, mon coeur ne sait mentir.
Suis-je donc condamné à ne faire que souffrir?

Dans mon esprit perdu tournent tant de questions.
Même mon propre corps me tourne en dérision.
Je tangue d’une âme à l’autre sans jamais découvrir
Celle qui me complète et parle d’avenir.

Je suis un égaré, perdu en pleine tempête
cherchant le beau rivage où nulle menace ne guette,
le havre, l’anse paisible où je puisse m’épanouir,
goutter un peu au calme et venir y mourir.

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mars 6

Divine grâce

J’errais parmi les brumes grises
sur les chemins de Solitude,
le cœur de plomb, vieille habitude,
se chargeant de rêves qui se brisent.

Quand les volutes arachnéennes
s’ouvrirent à une apparition,
dissipant l’abattement profond
et les pensés lourdes de peines.

Un rais de lumière féerique
accrocha mon sombre regard.
Devant moi, perçant le brouillard
vint une vision magnifique.

Drapée dans une robe d’azur
s’avançait une elfe aux yeux d’or,
l’instant d’avant chantant encor,
les lèvres closes sur un murmure.

De longues boucles couleur de jais
encadrant sa peau opaline,
un port de princesse levantine,
une bouche d’un carmin parfait.

Mon être demeura saisi
par sa beauté évanescente
et les brumes tourbillonnantes
en un souffle l’eurent engloutie.

Aurais-je dû lui dire un mot?
Toucher sa main délicatement?
Lui confier mon sentiment
en pépiant tel un oiseau?

Mon âme pleure l’instant perdu
et ce bonheur évanoui;
mais le triste aède que je suis
eut-il pu plaire à cette élue?

novembre 19

Désolation

Sous la voûte d’un ciel chargé de plomb fondu
planent les oiseaux sombres portant leur déchéance,
survolant une plaine de cendres et de souffrance
où trône une tour en ruine aux murailles fendues.

Dans la tour, pas un bruit, seul règne le silence.
De vieux feuillets moisissent près d’une plume brisée,
dessins, esquisses pourrissent sur un sol détrempé.
Le lieux est dévasté, en pleine déliquescence.

Au sous-sol erre une ombre, souvenir de l’occupant,
piétinant les débris d’un cristal en miettes
où il croit voir danser les images muettes,
le rêve illusoire de ce qu’il fut avant.

Lentement, le fantôme tourne dans son caveau lugubre
se jetant sur la moindre parcelle de lumière,
la consumant bien vite d’un souffle délétère,
retournant aux ténèbres de sa tombe insalubre.

A quelques pas de là gît une enveloppe vide,
berceau d’un être éteint, dévoré par la mort.
Il a enlevé aux Moires la trame de son sort
pour la jeter lui-même dans une abîme avide.

L’être, l’enveloppe et l’ombre étaient un, autrefois,
avant que la Tristesse n’ait en eux tout brûlé,
avant que la folie ne vienne les scinder,
puis les anéantir, d’un cri empli d’effroi.

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