août 26

Espace

Par une nuit sans lune, mon âme s’est envolée
Dans les courants d’Aether, elle s’est engouffrée
Emportée dans la danse des pulsations stellaires
Elle filait vers les astres, happée par leur lumière

Entrainée par la course d’un torrent invisible
Elle fut propulsée, comète indestructible
Bien loin de nos rivages, hors de notre univers
Là où les rêves se fondent en une masse éphémère

Dans un domaine où croissent les formes immatérielles
Une matrice du songe donnant corps au réel
Là règnent des horreurs maitresses de l’illusion
Assemblant lentement des entités sans nom

Le voyage continuait à travers ce magma
Pour aucune raison, je ne m’arrêterais là
Traversant d’un mouvement des espaces infinis
Je finis par atteindre une galaxie d’oublis

Ici se désagrègent dans un immense trou noir
Les vies, les souvenirs, les peurs et les espoirs
Les esprits sortent neufs de cet affreux néant
Reprenant leur chemin à un rythme épuisant

Et atteignent enfin le terme de leur périple
Sous les rayons intenses d’une étoile terrible
Devant eux se déploie un lieu d’émerveillement
Et l’étape finale de leur accomplissement

En ce lieu ils fusionnent en une conscience unique
Rejoignant l’unité d’un être fantastique
Ils accèdent en l’instant à la Félicité
Contemplant d’un regard toute l’éternité.

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août 19

Mademoiselle Lynn

Mademoiselle Lynn est surprenante
Tireuse de carte, femme savante
Elle entrevoit les plis cachés
Du voile de la destinée

Toujours penchée sur un volume
Les pensées perdues dans la brume
Elle déchiffre les langages anciens
Cherchant une cause au destin

Elle vous regarde sans vous voir
Se pénétrant de son savoir
Pour trouver votre devenir
Les voies masquées du souvenir

Certains la craignent et la rejettent
Fomentant des complots infects
Mais grâce à ces dons, son grand cœur
La dame a de bons protecteurs

Aussi la laisse-t-on étudier
Entrer en transe ou rédiger
Les résultats de ses lectures
En théorisant le futur

Mais prenez garde à yeux verts
Qui voient en vous comme en eau claire
De peur qu’alors elle vous dévoile
La trame du monde, l’horrible toile

Révélant toute l’absurdité
D’une existence sans vérité.
Quelle étrangeté que ses visions
Aubaine ou bien malédiction?

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août 19

Le maître des lieux

Bren le bancal, le tenancier
Pourvoit en vices alcoolisés
Malgré le temps il a gardé
Ses reflexes de contrebandier

Distillant philtres et potions
Assouvissant toutes vos passions
Il passe pour être un peu sorcier
Gardant jalousement ces secrets

Dans une alcôve de son bureau
Des cornues fument sur un réchaud
Dégageant des vapeurs méphitiques
Et des saveurs éthyliques

Il connut son heure de gloire
En occissant un mage noir
D’un coup de massue bien placée
Pour une note impayée

Son air affable, toujours jovial
Cache une méfiance viscérale
Mais lorsqu’il est bien disposé
Il offre toujours une tournée

Son vécu a laissé des traces
Parfois sa clientèle le lasse
Alors au bar il passe la main
A Malignar, son homme de bien

Et s’enferme dans son fumoir
Pour en faire son laboratoire
Lorsqu’il ressort il est changé
Mais grâce à quoi, nul ne le sait.

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août 16

Lady Lou

Lady Lou la belle effeuilleuse
Danse au repaire des naufragés
Chaque soir devant les habitués
Elle exhibe ses courbes généreuses

Exécutant son numéro
Au son d’un vieux piano usé
Elle danse d’un pas chaloupé
Son déhanché bat le tempo

Comme toujours elle fascine
Les marins mettant pied à terre
Et les soldats permissionnaires
Oublient leurs rixes assassines

Elle est si belle lorsqu’elle ondule
Au rythme des touches martelées
Tous souhaitent l’enlacer
Et la sortir de sa bulle

Lorsque s’arrête la musique
La délicate bien vite s’efface
Ses traits de figent, son corps se glace
Elle cesse sa danse hypnotique

Elle repasse les étoffes fanées
Sur sa peau couleur de nacre
Et se glisse bien vite dans un fiacre
Qui l’emmène dans la nuit glacée

Personne ne sait où elle s’en va
Ni d’où vient l’étrange cicatrice
Qui zèbre son dos et sa cuisse
Qui a bien pu lui faire cela ?

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juillet 15

L’estaminet des naufragés

Dans les bas quartiers d’Ombrelune
Danse la plèbe débraillée
Partout on peut s’encanailler
S’enivrer ou chercher fortune

Sous les vieilles voutes de pierres
S’entassent brutes et coquins
Grands voyageurs et musiciens
En quête de bonheurs éphémères

Il y a là la belle Saréla
Danseuse au corps toujours mouvant
Qui vous compte tout en ondulant
Ce qui la fit tomber si bas

La douce avait un prétendant
Qui lui contait monts et merveilles
Et disparu dans son sommeil
La veille des noces, au jour levant

Devant le bar se tient Bert
Aventurier des terres du Nord
Que l’appétit pour les trésors
A poussé trop près des Enfers

Il boitille sur sa jambe de fer
En recomptant ses pièces d’or
Maugréant sur le mauvais sort
Noyant sa morgue dans la bière

Dans un recoin dissimulé
Se tient la bande de Dermignon
Menteurs, voleurs et maquignons
La vilénie personnifiée

Toujours sur un coup fumant
De tous les complots, les braquages
Ces spécialistes en filoutage
Craignent la potence à tout instant

Dans cette faune alcoolisée
Je louvoie silencieusement
Tel une ombre, glisse lentement
Vers une table isolée

Je viens ici pour m’oublier
Faire taire mon âme et ses plaintes
Avec les espérances défuntes
De ceux que l’on a rejetés

Comme eux j’ai perdu tous mes rêves
Brisés sous le poing du malheur
J’attends que vienne ma dernière heure
Et qu’enfin mon histoire s’achève.

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juin 24

Mirage antique

Dans une tour aux mille marches
Sur une terre abandonnée
D’étranges chants sonnent sous les arches
Bribes de souvenirs oubliés

Ces fragments de mémoire volètent
Dansent en tous sens, en liberté
Au cœur d’un monde où tout s’arrête
Ravivant les feux du passé

Dans ce silence de mausolée
Résonnent odes et lamentations
Eclats de joie, belles amitiés
Passions intenses, rêves profonds

Ces sons venus du fond des âges
Se mêlent à la réalité du monde
Tissant le somptueux plumage
D’un oiseau lyre à la crête blonde

Le chant de l’oiseau merveilleux
Fait vibrer la trame du ciel
Ouvrant un passage fabuleux
Vers des étoiles immatérielles

Lorsque l’oiseau déploie ses ailes
Faites de voiles éthérés
Tout un univers se révèle
A qui veut bien s’émerveiller

Etre des songes, fleur de mon âme
Laisse-moi contempler ton iris
M’abîmer dans sa divine flamme
Pour m’extraire enfin de l’abysse

Je veux retrouver les nuées
Quitter ce fleuve de souffrance
Ne plus m’abreuver au Léthé
Combler pour toujours cette absence

Mes rimes sont pâles ombres de ton chant
Mes mots si faibles face à tes trilles
Phébus éternelle inconstant
Qu’en moi, à nouveau, ton feu brille

Laisse-moi encore charmer de mon sang
Reines et rois de toutes les contrés
D’un ultime trait d’esprit charmant
Sceller les anciennes amitiés.

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mai 3

Calice des maudits

A l’aube des premiers temps, dans la jeunesse du monde
Lorsque les premières lunes la nuit resplendissaient
Dans un antique temple où je m’aventurais
Trônait une relique plongée au cœur de l’onde

Curieux et intrigué j’approchai du trésor
Tendant vers l’objet une main hésitante
Jusqu’à presque toucher la merveille brillante
J’aperçu tout soudain un brulant météore

L’étoile fendait le ciel comme un avertissement
Une divine mise en garde devant mon intérêt
Ma soudaine passion pour cet étrange objet
Les cieux me menaçaient en ce crucial instant

Alors que je saisi le mystérieux calice
L’astre s’évanouit, dissimulant ses feux
Des fantômes apparurent, figés, devant mes yeux
Tous tenant la coupe, d’un bizarre mimétisme

Entrainé par mon geste, je portai à mes lèvres
Le surprenant calice, soudainement assoiffé
J’avalais goulument une grande gorgée
Et mon esprit s’ouvrit comme le jour se lève

Je reconnu chaque forme comme étant de mes pairs
Frères et sœurs à l’âme depuis lors marquée
Par l’eau de cette coupe et ses propriétés
Compagnons d’infortune aux destinées amères

Tels des Prométhée nous volâmes aux dieux
Un savoir interdit, une connaissance cachée
Nous ouvrant un accès aux mondes dissimulés
Nous liant par là même à un sort malheureux.

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avril 19

Figé

Le réel m’entrave de ses lourds liens d’acier
M’éloignant de ma plume et de mon encrier
Chargeant chaque heure qui passe d’amertume, de conflits
Enchaînant mes passions, les vouant aux gémonies

Les rêves fuient mon chemin, me privent d’illusions
M’enlèvent le merveilleux, assèchent mes émotions
Ne restent que colère, triste désenchantement
Délesté de ses songes mon cœur devient méchant

Je confine au cynisme, moquant, grinçant des dents
Charge mes mots d’acide, d’acerbes ressentiments
Je jalouse les rêveurs, éternels innocents
J’envie leurs belles rimes, leur prodigieux talent

Je traine comme un poids mort mon âme emprisonnée
Dans un carcan de fer et de regrets mêlés
Mon esprit se repait de futiles distractions
Pour mieux tromper le vide, atroce sensation

Lorsque les chants se taisent, que la flamme s’éteint
Le néant conquérant reprend son lent dessein
Il ronge peu à peu barricades et armures
Leurrant ses partisans d’un renouveau futur.

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octobre 30

Emprise

A l’heure où l’équilibre meurt
Où le masque est fragilisé
Ressortent les sombres cotés
Océans de larmes intérieures

C’est l’instant où tombent les défenses
Les faux semblants sont révélés
Les douleurs qu’on pensait scellées
Ressurgissent en un froid silence

Les paysages se font cendres
Nuances de gris, d’obscurité
De lourdes chaînes viennent entraver
L’espoir qui voulait reprendre

Figé dans le vide éternel
L’esprit lentement se désagrège
En une suie couleur de neige
Couvrant une plaine irréelle

Le corps privé de son essence
Devient statue de pierre usée
Rongée par les peurs insensées
Corrompant cette enveloppe dense

Laminé par tant de souffrances
L’hôte est laissé à l’abandon
Cédant la place aux illusions
Qui s’emparent de sa substance

Les ombres ont alors un vaisseau
Livré à leurs noires volontés
Sous leur emprise il est tombé
A jamais damné, sans repos.

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septembre 16

Malheur

La vieille plume d’argent s’est rompue cette nuit
La muse contrariée a fuie avec la lune
L’encre larme d’étoile s’est toute évaporée
Et le beau parchemin tout à coup s’est ridé

L’écritoire enchanteur se retrouve penché
Les mots bien ordonnés se sont éparpillés
Les doigts se sont crispés sur une rime importune
Les vers deviennent bancals sur le papier meurtri

La toile s’est fendue dans un long déchirement
Les rêves se sont brûlés à la flamme des bougies
Dans un profond soupir le monde s’est racorni
L’inspiration se terre dans un silence pesant

Le poète se morfond sur ses outils ruinés
Sur ses oeuvres en friches qui ne murissent plus
Ses songes se sont ternis, ses illusions perdues
Il se sent orphelin, triste, dépossédé

Qui donc a décidé de lui voler ses dons?
Pour quelle obscure raison lui sont-ils retirés?
Quelle est donc son erreur, pourquoi le rejeter?
Ses écrits sont l’unique pilier de sa raison

« Oh Muse, pourquoi fuir? Pourquoi m’abandonner? »
« Nos associations furent pourtant merveilleuses. »
« Qu’ai-je donc bien pu faire qui vous rende malheureuse? »
Ainsi il se lamente, ses espoirs brisés.

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