juin 3

Cycles

M’éloignant de mon havre pour un retour aux sources,
Fort de nouveaux liens, en renouant d’anciens,
Subtile et lancinante, une sensation me vint,
Comme une déchirure dans la trame de ma course.

Quelque espoir oublié à mon oreille murmure ;
Je pars, laissant sur place nombre d’êtres lumineux,
Retrouvant en mes pas quelques esprits heureux
Mais ravivant aussi une antique blessure.

Une insidieuse folie lentement se fait jour,
Renouvelant un feu que mille lieues ont éteint ;
Une brumeuse silhouette que trop mon cœur étreint,
Étrange incarnation d’un indicible amour.

Las, tu le sais pourtant que rien en moi n’évoque
Ni le bel Adonis, ni un héros d’antan !
Je ne suis que poète, âme de l’ombre ; pas amant !
Confident, protecteur, témoin d’une autre époque.

La si tendre Ophélia ou la diaphane Iris
N’auront toujours pour moi qu’une douce affection ;
L’une ne rêve que des rois, l’autre n’est que passions !
Elles n’auraient que faire du tendre romantisme.

Dans la mante de brouillard où flottent mes sentiments,
J’étouffe chaque instant les histoires insensées
Que se conte mon être se croyant délaissé
Par peur de blesser, d’abîmer l’existant.

Revenant en ces terres où dorment quelques douleurs,
Je ne sais si je suis apte à les affronter ;
Si les forces me manquent, mon âme peut vaciller…
Sera-ce l’effondrement ou enfin le bonheur ?

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juin 18

Secrets

Entends-tu ces silences dans l’ombre de mes vers?
Ces mots non exprimés par crainte de les briser.
Lentement, ils s’immiscent, en mouvements feutrés
Glissant parmi les failles de ce cœur de verre.

Tendres notes d’amour qu’aimerait chanter mon âme
A ton âme esseulée, pour la voir guérir
Et les fleurs du bonheur doucement refleurir,
Pansant toute blessure, en effaçant les drames.

Ces non dits, ces secrets, voudraient te voir sourire,
Partager ton contact, tenir tes belles mains,
Tendrement t’enlacer, rêver aux lendemains,
Où,paisibles,cote à cote, nous ne serions que rires.

Enivrés l’un de l’autre, grisé de nos parfums,
Nous danserions au rythme d’une merveilleuse passion,
Nous régalant les sens d’intenses émotions,
Nos langoureux ébats effleurant le divin.

C’est là ce que je tais par peur de choquer;
Je ne suis, après tout, rien de ce que tu espères;
Pâle poète, simple humain, torturé et trop fier
Pour te révéler l’essence de mes pensées.

Alors, j’invente des mondes, je tisse des histoires,
Pour cacher en leur sein mes silencieux mystères.
Mes acteurs ne sont que silhouettes éphémères,
S’agitant dans les brumes de leurs vies illusoires.

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mai 13

Lignes de vie

Lorsqu’en moi-même je plonge en trop longues apnées,
Parfois surgissent les brumes naissant des terres d’Oubli,
Lents et longs filaments vecteurs d’apathie
Venus pour se repaître d’une âme déjà rongée.

Une litanie sans fin, porteuse de tant de maux
Enfle, tourne, se dévide, m’emportant en ses flots;
Épave, je surnage, étouffant un sanglot,
Suffoquant sous la vague des ces tristes échos.

Dans le miroir dansant des fumerolles opaques,
Je revois se dresser de graves parois de verre,
Masques et pantomimes où mon esprit se perd;
Dépourvu de vos codes, mon être se détraque.

C’est alors près de vous que filent mes pensées,
Vous, les âmes chéries dont la douceur je puise,
Liens précieux, anges aimants lorsque le monde m’épuise,
Je le raccroche à vous ce cœurs naufragé.

Dans l’océan furieux de mes noirs abîmes,
C’est un phare lumineux, un ciel couvert d’étoiles,
Un geste, un mot, un songe me tirent hors des voiles
De ce sinistre lieu où la Douleur s’exprime.

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avril 30

Les étincelles

Lorsque la forte houle m’enlève à mon rocher,
Au loin les flots m’emportent vers d’autres horizons;
Merveilleux paysages où filent les saisons,
M’arrachant au marasme d’un vieux tertre isolé.

Sur ces terres de beauté dansent et virevoltent
D’étranges étincelles, intenses et brillantes;
Parées de douces étoffes, ces flammèches envoûtantes
Couvrent mon cœur malade de baumes, me réconfortent.

De leurs doigts si légers, effleurants, volatiles,
Elles dispensent beauté, tendresse, apaisement;
Elles domptent mes tempêtes au rythme de leurs chants,
Tissant des harmonies charmantes et subtiles.

Apportant à mes ruines intérieures l’attention,
Elles dispersent les cendres d’un brasier étouffé
Pour mieux nourrir le feu de mon âme oubliée
Et voir s’épanouir l’eau de mes émotions.

Fascinantes étincelles, vous m’êtes plus précieuses
Que l’éclat des étoiles dans mon ciel obscurci;
Vos paroles, vos sourires, votre joie me donnent vie,
Éloignant les pensées et les heures ténébreuses.

Si, d’aventure, l’une d’elles s’attachait à mes pas,
Comme je chérirais sa lumière fabuleuse;
Je la protégerais des humeurs malheureuses,
Me dédiant à elle jusqu’à l’heure du trépas.

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février 24

Vortex

Lorsque le jour s’éteint, que cesse l’agitation,
A l’heure où le sommeil devrait porter l’oubli,
Une plante à sombre épine sort de sa léthargie;
Elle croit, s’épanouit, vidant mes émotions.

Sa sève empoisonnée, lentement, instille le doute,
Ternit ma pâle gaieté sous de noirs souvenirs,
Nourrissant ma tristesse jusqu’à m’en voir gémir,
Elle alourdi mon cœur pour le mettre en déroute.

Énumérant mes peines, le poids de mes échecs,
Elle tisse sa grise toile de souffrances passées,
Renvoi tel un miroir mes peurs d’inadapté,
Enserrant mon esprit jusqu’à le laisser sec.

Alors les heures s’allongent, noyées par le chagrin,
Le prix de mes erreurs, les incompréhensions,
Les « Et si », les « peut-être », toutes les folles illusions,
Autant de grains de pleurs sur mon piètre chemin.

Alimentant le Vide, cette Fleur de Solitude
Emprisonne mon âme en sinistres pensées;
Las, mon sang se fige; j’erre, mon être brisé,
Pris dans ce songe amer, pétri d’incertitudes.

Comprimé et contraint par ses lianes fibreuses,
Mon corps se congestionne, se tord, se fissure;
A mesure qu’elle déploie ses liens, des meurtrissures
Éveillent des douleurs à l’ardeur ténébreuse.

Lorsqu’à nouveau reviennent les cieux illuminés,
De cette nuit de souffrances, je ressors apathique.
Tout mon être est de pierre, minéral, mutique,
Comme si vie et joie s’étaient annihilées.

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janvier 19

Rêveries

Que ne donnerais-je pas pour prendre dans mes bras
La belle aux yeux de nuits dont mon cœur se languit.
Je ne suis en ce monde qu’une goutte dans l’onde
Tant mon esprit est las lorsqu’elle est loin de moi.

Sur sa peau, tels plumes, mes doigts sont arabesques,
Esquissant en volutes, ses plaines, ses vallées.
Tel un délice, son grain finement velouté
Se dessine sous ma paume en la consumant presque.

Sous mes lèvres, sa fragrance, nectar de mon ivresse,
Doucement se révèle, m’emplissant de senteurs;
Tout un monde de parfums, vibrants, plein de couleurs,
Enveloppe son être, effaçant ma tristesse.

Les échos de sa voix s’élèvent en symphonie,
Baignant mon âme brisée en un sublime chant.
L’ombre se fait lumière, d’un charme m’enlaçant;
En son souffle, elle mêle les accords de la vie.

Elle est l’eau des étoiles infusée de violettes
Et ses fleurs ont un goût de miel multicolore.
Sur ma langue, elle confond les saveurs de son corps;
En mille éclats de rire, sa chaleur me complète.

Dans sa chevelure dansent les reflets de la lune,
Mouvantes ondulations à la fraîcheur de soie;
Et sur son front d’ivoire, le soleil flamboie;
Elle est mon univers, mon ciel et ma fortune.

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décembre 6

Caliban

En mon cœur réside un jardin fait de rocs;
Sous une pluie battante, leurs arrêtes brisées
Poignardent l’air à vif d’un tranchant effilé,
Coupant l’averse huileuse comme la terre sous un soc.

En mon ventre s’agite un océan de larmes,
Fragment de chagrins aux entrailles tourbeuses
Où flottent entre deux eaux les formes fuligineuses
De passés à venir dépouillés de leurs charmes.

En mon être fleuri une prairie vénéneuse
Où de pesantes brumes à la saveur de sable
Rampent entre les franges d’une herbe abominable
Dévorant les rayons d’une lune gibbeuse.

En mon esprit serpentent mille spectres oubliés
Comme dans un cimetière, dansant une sarabande;
Passant entre les tombes, leurs tristes chants ils scandent;
D’innombrables possibles, ils inondent mes pensées.

En mon âme s’entrechoquent tant et tant d’univers
Que ma conscience ne sait auquel elle appartient;
Miroir d’infinité, qui donc est ton gardien ?
Un démon? Un poète ? Une entité lunaire ?

En mon image vibre cet étrange assemblage,
Ce monstrueux big bang aux ondes lumineuses,
Construction improbable aux ténèbres fangeuses
Qui se tourne et retourne derrière ce visage.

Je suis un songe unique recherchant son reflet,
Cette horreur vagabonde, chargé de mille tourments,
Qui ne fait qu’apparaître l’espace d’un instant
Puis redevient fumée car à nulle il ne plaît.

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novembre 22

Belle endormie

Par la fenêtre passe un rais chamarré d’or
Glissant sur la blanche nacre d’une épaule dénudée;
Quelques mèches obsidiennes viennent la caresser
Qui bientôt rejoindront l’oreiller où tu dors.

La soie d’une cotonnade couvre le doux satin
De ta gorge délicieuse, paisible, alanguie;
Tel le frôlement d’une vague sur la dune assoupie
La frêle étoffe dessine la coupole de ton sein.

La cambrure de ton flanc, la rondeur de tes hanches
S’esquissent en légerté sous le tissu complice;
Leurs courbures secrètes où nul ne s’immisce
Laissent entr’apercevoir un val où l’aube s’épanche.

Y a-t-il plus grandiose œuvre célébrant la Beauté
Que te voir étendue sous ce voile pudique ?
Gisante ensommeillée dans la lumière unique
D’un rouge matin d’automne au soleil mordoré.

Les cieux qui te contemplent ont-il seulement conscience
Du cadeau que tu offres en ton calme sommeil ?
Que ne donnerais-je point pour vivre cette merveille;
Pâle, le souffle court, sans oser un mouvement.

Allongé sur ta couche, à quelques mains de toi,
Immobile, de peur de briser cet instant,
Je resterais figé, craignant qu’en te touchant
Le beau songe ne s’efface, s’envole loin de moi.

Alors, ouvrant les yeux, je verrais ton absence,
Cette place déserte, ce vide inavouable.
Laissez-moi mon doux rêve, magique, inaltérable!
C’est un baume apaisant pour mon cœur en souffrance.

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septembre 20

Théâtre d’ombres

Dans les sombres méandres de ma prison mentale,
J’erre, pâle, l’âme exsangue, environné de spectres,
Figures de brouillard que mon néant fait naître
Pour combler mes absences en ce vide dédale.

Ces semblants d’existence, tissés en voiles d’ombres,
Étirent leurs blêmes trames en ce qui pourrait être,
Jouant leurs pantomimes, ne cessant de paraître,
Ébauches d’un vivant théâtre au cœur de décombres.

Ici s’étende le fil, toile d’une autre vie
Faite de tremblants échos, souvenirs illusoires,
Là, sur de beaux chemins que mes yeux n’ont su voir,
Un Autre dort dans les bras d’une nymphe épanouie.

Admirez ce conteur, ce barde aux mille chants,
Adulé, adoré pour ses mots magnifiques!
L’Artiste de son Temps aux écrits prolifiques,
Laissant aux rimailleurs une bribe de son talent.

Et ce grand philosophe aux idées novatrices!
Le superbe orateur que tant d’esprits encensent;
Le génial musicien ayant extrait l’essence
D’une ode à l’univers, aux étoiles complices.

Tout cela et tant d’autres, fugitives visions,
Emplissent ce labyrinthe pour masquer mes lacunes.
Elles défilent, innombrables, mais je n’en cherche qu’une:
Celle qui effacera ma tristesse sans nom.

Existe-t-elle seulement ? L’ai-je déjà croisée?
Mais pris dans mes tourments je l’aurais ignorée?
Ou bien serait-ce celle à qui je ne sais avouer
Mes sentiments profonds, craignant de la peiner?

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septembre 12

Monolithe

Sur un rivage vide de ce vaste océan,
Le regard dans le vague, perdu vers l’horizon,
Je sens tourner le monde, défiler les saisons,
Immobile, figé, dans un repli du Temps.

J’ai vu tant de navires faire voile vers l’aurore
Et revenir chargés d’histoires et de merveilles,
Se lier tant de cœurs, tant d’amours qui s’éveillent…
Pourtant, seul, je demeure, minéral, presque mort.

J’entends encore les rires des nymphes du Printemps
Passant par devers moi pour s’en aller danser
Aux fêtes de l’équinoxe puis au bal de l’été;
Mais jamais elles ne m’ont associé à leurs chants.

Je ne sais ni les mots qu’attendent les amantes,
Ni les douces mélodies pour leurs âmes charmer.
Je reste sans parole, de peur de les brusquer,
Leurs gestes restent mystères à mon âme défaillante.

Et lorsque les oiseaux, amoureux, lancent leurs trilles
Vers les cieux éclairés par le jour radieux,
J’étouffe les sanglots de ce corps souffreteux,
Attendant qu’à la nuit les belles étoiles brillent.

A elles, je confie mon mal, mes tourments,
Baignant ma vie blessée à leur douce lumière,
Et laisse couler les larmes, perles sombres et amères,
L’encre marquant les pages de ce triste roman.

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