Abîme
Coincé entre les pages d’un recueil fait de vide,
Entre les phrases creuses et les concepts abscons,
Ballottant entre rêve, ennui et frustrations,
Entre isolement vitale et absences livides,
Mon esprit se délite dans un torrent de boue,
D’une gangue brisée à une forme inconnue.
Sur des rives pleines de cendres, de dépouilles et de mues,
Des mondes s’annihilent sous le poids du dégoût.
Rivé à mon naufrage, aveugle aux mains tendues,
Je glisse lentement entre ire et apathie;
Ayant perdu les fils me liant à la vie,
Égaré dans une bulle de routines absolues.
Je ne sais où aller, échouant à m’adapter,
Hôte d’un neuropsychisme incompatible au temps,
Cherchant à me lier, jamais vraiment confiant,
Épuisé sous l’armure que je me suis monté.
Enfermé en moi-même, lointain, je me dissous,
N’ayant plus de courage pour cette réalité.
Trop de violences brutales, trop d’agressivité.
Je me fonds, je m’éloigne, trop vite poussé à bouts.
Écueils d’une existence, bris de faible psyché,
Je m’isole et m’oublie pour ne plus rien sentir;
En strates minérales pour mieux m’ensevelir.
Les lois, règles et chances m’ont bien trop concassé.