Albino
Sur une ruine isolée perche un malingre oiseau:
Plumage défraîchi, pauvre âme fatiguée;
Les ponts menant vers lui sont épaves calcinées,
Leurs arcs écroulés et leurs voies en lambeaux.
Mêlé à ses semblables, longtemps, il a vécu,
Toujours sur le départ, proche des antipodes;
Il donnait le change, suivant l’ordre et le mode,
Ne parvenant jamais à trouver sa tribu.
A la lune, parfois, il glissait un doux mot,
Espérant direction, preuve, encouragement;
La belle, en son silence, veillait le confident,
Renvoyant pâle lumière, telle une perle son eau.
Dans les rayons d’argent, le volatile voguait,
Entre deux aires volant, toujours en migration;
Dans un ciel, puis un autre, tant de tribulations,
Vers une appartenance que tant il désirait.
En un jour il advint qu’un vieil hibou ermite,
Le voyant à passer, Albinos, le nomma;
Notre éternel errant, choqué, ne comprit pas;
Il n’avait pas conscience de ces étranges limites.
Pourtant, le temps passant, son œil s’est dessillé:
Il perçut les regards, les silencieux non-dits;
Toute cette différence le faisait circonscrit,
Les autres voyageurs n’entendaient son parlé.
Alors, depuis, il danse sa propre partition,
Solitaire, regrettant parfois la compagnie;
Il souhaiterait un jour trouver un vis à vis
Pour enfin partager son monde d’émotions.