novembre 17

Amor

Une petite étincelle qui soudain tout embrase
Un sentiment subit qu’on décrit, plein d’emphase
Le battement des ailes d’une troupe de papillon
Qui envahit les tripes, obscurcit la raison

Deux syllabes en un souffle, à peine murmurées
Le coeur qui s’emballe, et semble plus léger
Cela tient en deux mots, à la fois tout et rien
Un bouleversement dans notre quotidien

De toutes les émotions c’est la plus merveilleuse
Et pourtant ses blessures sont les plus douloureuses
Elle consume l’âme de multiples manières
Ou vient l’illuminer de son puissant mystère

D’elle viennent les espoirs les plus démesurés
Viennent aussi les chagrins les plus désespérés
Son empreinte est visible dans les oeuvres les plus noirs
L’on trouve dans sa lumière un remède aux cauchemars

Chaque être dans sa vie l’a une fois croisé
On ne peut décompter ceux qui s’y sont brûlés
Cette étrange affection, cette folie de toujours
Porte si bien son nom. Peste soit de l’Amour!

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octobre 30

Musique

C’est le chant de la terre, à l’aube, lorsqu’elle s’éveille
Un accord joué sur les rais du soleil
C’est l’aria de l’oiseau qui bondit dans les cieux
La mélopée du vent au coeur du bois radieux

C’est le son de ses pas légers sur le parquet
Le sourd battement que son doux coeur émet
C’est la calme cantate des muscles lorsqu’elle s’étire
Le bruissement des draps qui lentement se retirent

C’est la tendre ballade de l’herbe qui ondule
Le frôlement des vagues qui s’avance puis reculent
C’est un éclat de rire, une larme effacée
Le gazouillis d’une voix trop longtemps oubliée

C’est un souffle, un silence au milieu du tapage
Un havre de repos, une magnifique plage
C’est un élan divin, une vibration magique
Qui soudain nous entraîne vers des lieux idylliques

C’est un tout, ce n’est rien, à peine une inflexion
La rumeur d’une rivière, une vague modulation
C’est une onde discrète, pourtant omniprésente
Merveille des merveilles, Musique, tu nous enchantes.

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octobre 29

Sur ma peau

En suivant les courants de ton inspiration
Dessine sur ma peau tes rêves, tes passions
Laisse glisser ta plume, ta pointe teintée de noir
Sur mon épiderme, trace tous tes espoirs

Décris y tout tes songes, ta soif d’éternité
Recouvre ce teint pale de ton encre argentée
Fais de moi un codex, une preuve de ton talent
Une bibliothèque des savoirs d’antan

Laisse glisser ta pointe dans ma profonde écorce
Appliques ton empreinte, laisse là avec force
Laisse couler le sang qui peut parfois perler
Dilue le dans ton encre pour l’ensorceler

Grave tous tes symboles, fais de moi ton grimoire
Transforme moi en clef enchaînant tes cauchemars
Recouvre tout mon corps, ne laisse pas une parcelle
Sans un mot, sans une trace, nourris mon étincelle

Je serai le golem porteur de tes écris
Modèle cette glaise, mets y tes pleurs, tes cris
Je serai un reflet, Apollon, demi dieu
L’auréole divine embrasant tous les cieux

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septembre 14

Alchimie interdite

Dans un chaudron de pierre versez l’eau fraîche et pure
Ajouter une pendule faite de métal dur
Quelques outres de cuir, des roseaux évidés
Et de poignées de terre argileuse, saupoudrez

Immergez quelques branches à la sève encore vive
Tressez une brassée de jonc à la dérive
Liez tout ce mélange avec quelques mystères
De la poudre d’étoiles, une goutte d’Ether

Mettez le tout à cuire sur un feu modéré
Additionné de sauge et d’encens parfumés
Laissez ensuite couler quelques larmes de Lune
Lorsque le mélange prend, tracez y les Trois Runes

Posez à refroidir dans un tombeau obscur
Durant une lunaison, puis sortez à l’air pur
Brisez la gangue de sable qui s’est solidifiée
Insufflez le mouvement à l’être ainsi formé

Voici qu’en peu de temps vous avez mis au jour
Un animal pensant, doué de vie, d’amour
Mais enfin prenez garde, car l’homme ainsi créé
Demeure très sauvage, épri de liberté

Magiquement enfanté, le fils de Dame Nature
Est pourtant corrompu, perverti et impur
En quelque siècle à peine, il va tout ravager
Faire du monde un enfer, épuisé, consumé.

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août 4

Le Charmeur

Sur le voile des Songes, j’aimerais voyager
Pour parvenir encor à vous émerveiller
D’une soie d’araignée faire une solide trame
Piquetée de rosée, plus légère que l’âme

Dérober à un cygne l’une de ses grandes plumes
Verser dans un calice quelques larmes de Lune
Y saupoudrer un peu de poussière des fées
Pour obtenir alors une encre enchantée

De belles runes tracer pour libérer mon coeur
Poser sur le papier joies et peines, rires et pleurs
Conter, conter sans fin la beauté ou l’horreur
Ne jamais m’arrêter, laissant filer les heures

A nouveau renouer avec l’ivresse du Rêve
Boire jusqu’à me noyer à sa source, belle Eve
Jouer avec les Muses sous de plaisants soleils
Folâtrer à loisir au creux des prés vermeils

Baguenauder dans les bois, jusqu’à m’y égarer
A l’ombre d’un grand chêne, m’assoupir, épuisé
Etre éveillé enfin par le chant de ma mie
Qui pendant mon sommeil aurait rejoint mon lit

J’aimerais une fois de plus vous mener dans l’éther
Pour vous ensorceler, réciter quelques vers
Afin qu’un peu plus tard vous reveniez ici
Pour siéger en une grande, une belle compagnie.

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mars 22

Ava Marelis

J’ai croisé aux abords d’Altair la grande
Louvoyé dans ses brumes, ses vapeurs salées
Côtoyé ses chimères dans de folles sarabandes
Touché ses raies manta aux ailes argentées

J’ai croisé près des côtes du fier Aldebaran
Où joutaient ses enfants aux cornes d’obsidienne
Sur ses rives montaient les échos envoûtants
Des miles chants d’amours qu’entonnaient ses sirènes

J’ai filé sous le vent des tempêtes stellaires
Vogué près de rivages à l’éclat merveilleux
Affronté maintes fois les mers tentaculaires
Sous la lance d’Orion brillant de mils feux

J’ai vu mourir l’aube sur le phare de Deneb
Et renaître l’aurore sur les ports de Sirrah
Si noirs qu’on aurait cru les pourtours de l’Erèbe
Ses eaux sombres agitées par de violents trauma

J’ai conquis tant d’étoiles au cours de mes voyages
Et perçu tant de songes dans ces mondes aqueux
Pourtant aucun n’égale le teint de son visage
Ni la splendeur unique de l’ambre de ses yeux.

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février 2

Refuge

Il est une mer sans rivages
Faite d’écume et de nuages
Où seuls percent quelques sommets
Uniques détenteurs du secret

Là bas germe l’Arbre de Lune
A peau d’argent et sève brune
Dont le coeur cache un nid duveteux
Emplis de plumes, chaud et moelleux

Là haut tout est calme et douceur
Tendres silences, apaisantes heures
Parfois résonne un air lyrique
Célébrant la splendeur cosmique

Dans cet ailleurs j’irai dormir
M’estompant comme un souvenir
Et sur ces flots cotonneux
Je volerai, libre et heureux

Puis, fatigué, je rejoindrai
Le creux de l’arbre, m’y blottirai
Pour l’éternité reposer
Tenant mon amante enlacée.

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janvier 29

Facettes

Un mystérieux objet dévoilé devant moi
Vient troubler mes pensées de son étrange éclat
Dans ce curieux miroir mon reflet s’est troublé
Ma forme s’est dissoute, mon aspect altéré

Un autre y a pris place, me fixant du regard
Dos vouté, le teint pâle, hirsute, l’œil hagard
C’est mon spectre intérieur, le Fou Persécuté
Dansant d’un pied sur l’autre, prêt à s’évaporer

Le suivant prend sa place, rictus au bord des lèvres
L’air hautain, supérieur, l’esprit empli de fièvre
Voici le Fière Esthète, portant haut son Ego
Prêt à vous mettre en pièce d’un trait, d’un simple mot

En voici encore un, plus sombre, torturé
Serrant un lourd volume dans ses mains décharnées
Le Philosophe Mystique lance ses incantations
Créant par son savoir d’horribles illusions

Mais un autre s’avance, lentement, d’un pas lourd
Il domine par sa taille, sa présence, cette cour
Le Monarque Démiurge vient de faire son entré
Dans sa main bat un cœur fraichement arraché

Alors dans ma poitrine une douleur éclate
Cet autre s’est emparé de mon âme écarlate
Il tient entre ses doigts les vestiges de mon être
Sans eux je ne suis rien, sinistre marionnette

Nombreux sont mes reflets qui flottent en cette psyché
Esprits furieux, mourants ou rêves désincarnés
Tous entrent en sarabande, fiers de me voir souffrir
Ils vénèrent leur Maître qui vient de m’asservir

Mais alors tout s’apaise, baigné d’étrange lumière
Les avatars s’effacent aspirés par le verre
Une forme fantomatique dissipe mes tourments
D’un frôlement si léger qu’il semble fait de vent.

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novembre 8

Hors du cocon

Quel étrange regard soudain braqué sur moi
Yeux perçants et glacés, cruels inquisiteurs
Plongeant bien trop profond à travers mes humeurs
Mettant à jour mon trouble, mon si grand désarroi

La passion s’est éteinte comme un feu de broussailles
Elle a tout consumé puis déserté ce corps
Le cœur bat malgré tout, horloge sonnant la mort
Résonne dans le crâne vide et au creux des entrailles

Plus d’envolés lyriques pour éclairer cette âme
Les anges sont partis chanter vers d’autres cieux
Sans aucun requiem, sans même un chant d’adieu
Le rideau est tombé sur ce creuset de drames

Le silence seul habite ce temple abandonné
Le temps s’est arrêté, toutes les voix se sont tues
Plus de rires, plus de fêtes, seule reste la pierre nue
Dans ce vivant tombeau les portes sont scellées

Est-ce cela vieillir ? Perdre toute passion ?
Vivre comme une mécanique, sans heurts ni émotions
Comme une coquille vide, sans espoirs ni raisons
Attendre que s‘efface une nouvelle saison ?

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novembre 6

Géhenne

Comme une locomotive, chaudière sous haute pression
Fonçant à pleine vitesse, prête à exploser
Tous les muscles tendus, les veines dilatées
Le coeur pompant un sang proche de l’ébullition

Rage!
Colère contre le monde, la société humaine
A nouveau chargé d’ire contre l’absurdité
Tant de jugements hâtifs et tant de fatuité
La bile bouillonne en moi, appelant la géhenne

Violence!
Clan d’être imparfaits, se croyant supérieurs
Crachant leur haine sur l’autre pour une vague différence
Pour un prétexte brûlent, incendient, hurlent à l’intolérance
Rendent le monde responsable pour masquer leurs erreurs

Haine!
De tous ces jeux de dupes, passages obligés
Pour survivre, construire, assuré un avenir
Alors que tout s’écroule, sur le point de périr
Les vachers poussent les boeufs vers l’abyme, insensé

Colère!
Contre l’emportement, ce feu qui trop consume
S’alimente d’un rien, mais couve, toujours ardent
A la moindre étincelle, enflamme l’homme, terrifiant
Le rend si grimaçant, brute à qui tout répugne.

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