août 6

Désenchantement

Les portes se sont fermées, les mondes dissimulés
Derrière des miroirs au teint opacifié
Tous les chants ont cessé, les paroles se sont tues
Dans un profond silence les mots se sont perdus

Le temps gomme les images, efface les souvenirs
Un violent maelstrom en qui toute âme chavire
Affectant mon esprit, ma muse inspiratrice
L’emportant dans ses flots d’une puissance destructrice

Ballottés en tout sens mes écrits s’amenuisent
Rejetés sur des plages arides, ils s’épuisent
Et moi, sur mon rocher, mon temple solitaire
Je me meurs, coquille vide, sans l’encre salutaire

Devant toutes les histoires qu’il reste à conter
Je demeure l’esprit vide, sans rien imaginer
Malgré tous les efforts, les ébauches entassées
Les pages restent blanches, la magie oubliée

Me reste-t-il encore quelques vers, une rime ?
Tout a donc sombré dans un sinistre abyme ?
Mon corps n’est-il plus qu’une momie desséchée
Privé de toute vie, mécanique grippée ?

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mars 3

Conscient

Les vieux qu’on parque, qu’on extermine
Les jeunes qu’on bride, qu’on embobine
Les politiques qui ne pensent qu’à l’argent
Les religieux qui ne pensent qu’à l’embrigadement

Les extrémistes qui réveillent la haine
Les crimes, les guerres qui nourrissent la peine
L’horreur qui règne sans pitié,
La Terre qu’on saigne sans y penser

Douleur, malheur, tant de souffrances
Et pour un rien colère, vengeance
Tout n’est que chaos, destruction
Partout le mal coule à foison

Rivières de sang, monceaux de chairs
La folie, l’envie, pauvres chimères
Rongent les cervelles, pourrissent les coeurs
Désir éphémère tue le bonheur

Certains aspirent au Paradis
Chacun espère une vie bénie
Pour échapper à tous ces cris
Oui, mais l’Enfer, il est ici!

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mars 3

Les tourments du néant

Quel est donc ce mal qui rampe, me laisse las
Me triture, m’afflige, dévore mes sentiments
Et vient ronger mon âme, érodant son pilier
Pour la pousser enfin vers un abyme obscur

C’est une sourde douleur, une blessure profonde
Qui distille en ma sève un insidieux poison
Gangrenant mon essence pour doucement me flétrir
Et me voir succomber sous ses assauts funestes

Moi l’Absolu Néant où tout être finit
Porteur de grands malheurs, d’indicibles souffrances
Mes atomes consument chaque parcelle d’existence
Mon nom est abhorré, ma substance honnie

C’est l’ironique sort de tous les corps célestes
Malicieuse infection dont je ne puis guérir
J’entends déjà mugir ses monstrueux démons
Ravivant en mon coeur bien des pensés immondes

De toute chose le temps provoque lentement l’usure
Cette mélancolie m’aura bientôt brisé
A mesure qu’il progresse, ce mal me rend dément
Certains pleurent de trop être, je pleure de n’être pas.

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mars 3

Métamorphose du miroir

Est-ce ton visage dans ce miroir ?
Est-ce vraiment toi, triste rimeur ?
Dans le reflet de ton regard
Vois-tu ces yeux brûlants d’horreur ?

Sens-tu ce froid rongeant tes os ?
Sens-tu cette ombre contre ton cœur ?
Vois-tu la teinte rougie de l’eau ?
N’éprouves-tu pas quelque douleur ?

Ne sens-tu pas en toi monter
Une rage froide et ravageuse ?
N’entends-tu pas le glas sonner
Lorsque ta peau devient neigeuse ?

Lorsque ton corps devient chaos
Le laisses-tu se révéler ?
Laisses-tu ton être s’effacer
A profit de l’immonde salaud

Qui se trouve là, au plus profond
Patiemment attendant son heure
Pour libérer tous les démons
Et livrer le monde au Malheur.

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mars 3

Requiem

Néant, vide indéniable, trop imposant désert
Puissant souffle de mort au coeur d’une morne sphère
Sablier dont la poudre cessa de s’écouler
Cieux obscurs que les anges même ont oubliés

Auditorium nu que plus un son n’anime
Pages blanches aux mots creux où plus rien ne s’exprime
Nuances de gris profond, abîmes, puits infâmes
Vous happiez mes démons, mes muses dans vos flammes

Il ne reste en ces fonds que des cendres éteintes
Etouffés par l’horreur de violentes étreintes
Les feux ont disparu, laissant des terres brûlées
Et les squelettes hideux de vieux arbres calcinés

Alors qu’hier encore vie et mort s’agitaient
Dans ces creusets étranges que mon âme façonnait
Aujourd’hui ne demeurent que des ruines érodées
Par des vents sulfureux aux souffles fatigués

Les mots se sont usés, l’encre s’est oxydée
Et le temps a jauni la blancheur du papier
Le triste jeune poète depuis longtemps n’est plus
Ses ossements ont pourri avec sa plume déchue.

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février 3

Fable cynique

Voici donc l’histoire troublante et amère
De Luc Sifel rêveur éphémère
Tout petit déjà il jouait à faire
Des formes étranges dans la poussière

Les voyait bouger, sauter, danser
Au gré de récits imaginés
Et puis, plus grand, il passait son temps
Dans les nuages, batifolant

Son père, sa mère et tous ses amis
Se disaient: « Que faire ? Que faire de Lui ?
Il vit dans son monde, loin du réel
Là bas les heures lui sont plus belles. »

Lorsqu’il fut en âge de travailler
Il lui fallut trouver un métier
Hélas le pauvre ne savait faire
Que vivre dans son imaginaire

Aucun travail ne conserva
Dans la misère se retrouva
Alors que ses songes l’avaient fuit
Filant dehors un jour de pluie

Appelant l’alcool à son secours
Pour effacer les mauvais jours
Il finit patient d’un asile
Pourchassé par ses chimères, l’imbécile.

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février 3

A corps perdu

A corps perdu
Corps éventré, versant ses tripes sur le papier
Crachant sa bile, ses humeurs
Poissant les pages de sa sueur

A coeur perdu
Coeur écorché, épanchant son sang enflammé
Sur tant de feuilles, vidant sa sève
Dégouttant, maculant sans trêve

A heures perdues
Heures dévorées par tant de mots, de lignes tracées
Gravant les songes et les blessures
Dans cette glaise aride et dure

A âme perdue
Ame consumée, embrasant l’être, le consumant
Rongeant son crâne, brûlant sa vie
Pour son Grand Oeuvre, à l’agonie

Ah! où est-il ce temps passé
Lorsque les rêves s’exprimaient
Tant de chapitres j’écrivais
Jusqu’à la mort, ensorcelé.

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février 3

Psyché

Des ténèbres lunaires aux brûlures solaires
Il n’y a qu’un pas, il y a un monde
Une pièce entre deux portes où se mêlent les éthers
Oscillant, incertaine, chaque seconde

Un océan obscur à la surface lisse
Qui absorbe et renvoi les ondes lumineuses
Un puit aussi profond que la plus sombre abysse
Aux issues aveuglantes d’une clarté radieuse

Sur une face serpentent les ombres affamées
Singeant les brumes diaphanes aux formes incandescentes
Qui ondulent, innocentes, à l’autre extrémité
Eclaboussant leur monde d’une beauté insolente

Dans leur sphère funèbre chargée de noires fumées
Au milieu des scories, des cendres innommables
S’agitent tant de spectres aux robes enténébrées
Que pour chaque lumière dansent dix sinistres diables

Vous qui voyagez là, pris entre ces deux sphères
Prenez garde à ne pas trop longtemps contempler
Ces deux surfaces étranges, ce miroir teint de verre
De peur que vos reflets n’en viennent à le briser

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février 3

Lux video

Oh lointaines étoiles, rubis resplendissants
Bris de mémoire épars, éclats d’obscurité
Me reviennent vos chants, sons anciens, oubliés
Parfois lors d’une nuit au silence effrayant

Je revois vos rivages aux îles iridescentes
Et les lagons brouillés de vos eaux merveilleuses
Les ailes déployées de vos masses gazeuses
Dressant entre eux des ponts aux arches évanescentes

Les navires stellaires aux voiles d’or brûlé
Louvoyant en vos ports de pierres volcaniques
Escortés par de grands volatiles plasmatiques
Au plumage fait de sable lentement vitrifié

Alors l’immonde Kraken, éternel affamé
Etendait grand ses bras dans un bruit terrifiant
Il les dévorait tous, Maelström rugissant
Le jetant dans un gouffre, sa gueule enténébrée

Il me revient, étoiles, l’écho des jours lointains
Du temps de vos splendeurs maintenant évanouies
Malgré votre lumière la mort vous a pris
Dans son voile de ténèbres, vous brûlâtes bien en vain.

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janvier 8

Ne reste rien

Tout est écrit, tout l’a été
Chaque jour chaque heure, chaque sentiment
Sous la plume, l’encre a tout tracé
Douleurs, ratures, émerveillements

Les pages noircies sont empilées
L’une sur l’autre, sans empressement
A l’abandon presque oubliées
Enfouies sous les sables du temps

L’antique écritoire a tout vu
Eclats de rires, crises de pleurs
Placidement il a tout lu
De mes espoirs et de mes peurs

La plume jadis si habile
Ne trace plus qu’avec peine
Des lignes vides, inutiles
Histoires sans vie, inhumaines

La source aux mystères s’est tarie
L’encre magique s’est asséchée
Le papier sacré a jauni
Imaginaire assassiné.

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