mars 20

Esper

En un âge où mon être n’était qu’ombre et chaos
Dans cette ville souterraine peuplée de pâles âmes,
Un jour je t’ai croisée, lumière faite femme
Au cœur de ces ténèbres, brillante comme un flambeau.

Nous avions en commun une fugitive amie
Et nos routes se trouvaient pour la seconde fois.
Sur l’instant, trop pensif, je ne te reconnus pas
Mais tu m’as salué, approché et souris.

Ta longue chevelure couleur de blé bruni,
Ton regards dont l’éclat dissimulait la teinte,
Ta rayonnante aura dans cette grise Corinthe,
Tout en toi disait: « Viens, parles-moi, je te suis… »

Moi, prisonnier des noires brumes m’environnant,
Je n’ai rien su te dire, à peine t’ai-je regardée.
Ma bouche ne sut que taire ce qu’aurait exprimé
Mon cœur réchauffé par ton sourire aimant.

Que ne t’ai-je accueilli avec plus de douceur?
Qui sait ce qu’il advint si, cette fois, j’eus osé?
Puisses-tu lire ces lignes et bien me pardonner,
Accepter aujourd’hui ces vers en ton honneur.

Dans les opaques méandres de mon musée interne,
Tu sièges en bonne place parmi les heures heureuses.
Le si doux souvenir de ta flamme radieuse
Eclaire à tout jamais ce dédale aux murs ternes.

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mars 19

Lumos – partie 2

Au fil de ses réflexions, il parcourait les parcelles émotionnelles laissées par l’inconnue, esquissant en cela une silhouette vibratoire. Et plus il s’absorbait dans cette esquisse, plus il se disait que celle qui lui laissait de tels messages valait bien le sacrifice d’un peu de son étincelle. Ainsi sa résolution fut décidée : pour elle, il allait donner au Songe une partie de lui-même.

Le soir venu, il s’allongea confortablement, détendant son corps et son esprit pendant que l’hypnolierre glissait ses lianes contre ses tempes. Puis, à l’aide d’une impulsion de sa volonté, Céleste se lança vers les domaines éthérés. Ses rêves furent plus intenses cette nuit-là que bien d’autres nuits mais, curieusement, il n’en garda aucun souvenir.

A son réveil, il découvrit plusieurs joyaux d’un rubicond étincelant pendus en grappe dans le feuillage de l’hypnolierre.

« Voilà, enfin ceux-ci ont la teinte de mes souhaits. »; murmura-t-il.

Pendant les trois jours qui suivirent, il modela, sculpta, dessina, façonna encore et encore la matière brute pour lui donner l’aspect dont il rêvait. Et le jour dit, lorsque les lumens illuminèrent les champs d’Ialou de leur éclat, le jeune homme se tenait à la lisière des prairies, son présent serré contre son cœur. Les heures passèrent sans que la belle Ethélia ne paraisse. Impassible, Céleste attendit, contemplant les particules de lumière dans leur ballet aérien. A plusieurs reprises, il esquissa un mouvement pour partir puis se ravisa. Enfin, lorsque l’étoile prit des couleurs orangés, commençant son cheminement nocturne, notre Embellisseur sentit le découragement le gagner. Il souleva son cadeau pour l’observer une fois encore avant de le remiser dans son atelier. La lueur du couchant accrocha alors la plante cristalline de ses derniers feux et l’embrasa. L’œuvre étincelait de mille éclats, chacun ayant une teinte rouge légèrement différente.

C’est alors qu’une silhouette commença à lentement prendre forme au sein du brasier, toute en courbes délicates. Et plus les cristaux brillaient, plus elle prenait substance. Lorsque les dernières lueurs de l’astre du jour disparurent, la silhouette était devenue femme, une main soutenant Amour tandis qu’elle souriait à Céleste.

« Je suis Ethélia, beau songeur. » dit-elle.

Le jeune homme clignait des yeux, muet de surprise.

« Mais comment ? »

« Par la magie du Songe et la tienne. Je n’étais qu’éther mais, grâce à tes talents, tu m’as donné corps. »

Et, avec une grande douceur, elle lui prit la main. Les deux jeunes gens reprirent alors le chemin du village de Céleste, éclairés par Amour brillant d’un feu radieux au contact d’Ethélia.

Merci à mon alter-égo pour ses suggestions concernant cette histoire. 

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mars 17

Lumos – partie 1

Le frôlement des rais de lumière matinal tira Céleste de son sommeil. Il avait fait un étrange rêve où la lumatière n’existait pas. Dans ce songe, les êtres essayaient désespérément de capturer la lumière pour la conserver. Mais lorsque l’étoile qui les éclairait disparaissait, ils s’abîmaient dans d’épaisses ténèbres, priant pour le retour de la lumière.

Clignant des yeux pour chasser les dernière bribes de ce songe, le jeune homme laissa son hypnolierre en saisir les dernières gouttes. Dans quelques heures, la plante les transformerait en petit joyaux colorés. En fonction de la teinte de ces derniers, Céleste les offrirait peut-être à la belle Ethélia.

Ethélia… La simple évocation de ce nom faisait battre plus vite son cœur et pétiller ses yeux. Leur contact avait commencé par une simple ligne émotionnelle, laissée par une inconnue près de l’une des créations du jeune homme.

Car Céleste créait… Il était Embélisseur du Songe. La plupart du temps, il s’agissait simplement pour lui d’entretenir les jardins d’Éther, donnant du souffle par ici, tissant par là. Comme ses pairs avant lui, il devait s’assurer que les plantes soient bien nourries, en bonne santé. Mais il avait hérité d’un talent particulier : lorsqu’il rêvait, il donnait vie à des joyaux de lumière dont il se servait pour créer de nouvelles variétés de fleurs.

C’est prêt de l’une de ses « enfants » qu’il avait découvert une fascinante fragrance émotionnelle, un après-midi de floraison. Inspiré par cette impression, il donna vie la nuit suivante à une superbe fleur à corolle azur. Et le lendemain, après avoir installée la nouvelle venue dans les jardins, il trouva laissé à son intention un petit cristal transparent contenant un mot : Ethélia.

Par la suite, leur correspondance s’était étendue : l’inconnue déposait ses messages vibratoires près des œuvres du jeune homme et lui y répondait en écho.

Ils avaient fini par convenir de se rencontrer un jour : « lorsque les lumen danseraient sur les champs d’Ialou. » Et ce jour approchait.

Aussi Céleste espérait-il que les joyaux formés par ses songes auraient la teinte qu’il espérait. En effet, il s’était donné comme objectif d’offrir à la belle Ethélia une fleur à la hauteur de ce qu’elle éveillait en lui : un magnifique assemblage de cristaux rouge flamboyant. Il lui avait déjà trouvé un nom : Amour.

Étrangement, créer des joyaux de cette couleur se révélait complexe. Le jeune homme avait beau songer à la mystérieuse Ethélia, l’appeler de toute son âme, le résultat n’était pas là. Il avait donc demandé conseil à son mentor, le vieil Esprit. Ce dernier avait réfléchi longtemps, fait plusieurs recherches dans les lumothèques avant de lui répondre :

« Pour obtenir cette teinte, il faut que tu instilles un fragment de ton étincelle dans le songe. Alors seulement, tu obtiendras ce que tu souhaites. »

Cette révélation avait laissé le jeune homme interdit. Offrir un peu de son étincelle, c’était donner pleinement son être au domaine du Songe, au risque de la perdre. Se sentait-il prêt à un tel sacrifice ?

Indécis, Céleste rassembla les messages éthériques d’Ethélia et s’installa dans son atelier pour y réfléchir.

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mars 15

Beladonna

Dans le fond du tiroir d’un poussiéreux bureau,
J’ai trouvé, relégué parmi de vieux papiers,
Un portrait aux couleurs depuis longtemps passées
Vestige d’un autre temps, si vivant et si beau.

Le visage estompé d’une fugitive amante,
Regard de perles sombres, teint pâle, satinée,
Chevelure d’ébène en chignon relevé
Révélant une nuque délicate et troublante.

Avec elle dormaient mille souvenirs d’antan
De brûlantes passions, de cours enfiévrées.
Elle fût la gardienne d’un cœur déboussolé;
Oncques ne vit jamais de plus belle en son temps.

Depuis ce pâle cadre, cette beauté lumineuse
Fait surgir en mon sein de tendres émotions;
Toutes teintées de tristesse, mordantes comme tisons,
Et comme au premier jour ébranlent mon âme rêveuse.

Qu’est devenu l’amante lorsque l’amour à fui ?
A-t-elle voulu mourir? A-t-elle pardonné ?
Qui d’autre par son charme s’est laissé envoûté?
La belle vit-elle encor, heureuse, aujourd’hui?

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décembre 7

Minotaure

Dans une danse lente, cantate minérale,
Les jours passent, se ressemble, s’assemblent, identiques.
J’erre dans mon dédale, m’épuisant, apathique,
En quête d’une issue à ce monde carcéral.

A mesure que, sur moi, s’abat la froide saison,
L’air se fait plus rare, les évasions s’espacent.
Une ombre impitoyable d’un voile glacé m’enlace
Repoussant loin au large l’astre aux si doux rayons.

Une flaque bourbeuse me renvoi le reflet
D’un cycle répété, fait de fragments épars:
Quelques songes fanés; des voies où je m’égare;
Des serments oubliés, sièges de lourds regrets.

Bien peu de ces débris sont chargés de lumière;
De bien petits éclats imprégnés de gaieté.
Ils s’épuisent si vite, s’essoufflent, balayés
Par l’aveuglement creux d’illusions mortifères.

Dans ce morcellement se reflète une absence,
Un manque où cristallise l’insidieux germe du doute,
Un vide rongeant l’âme, poussant à la déroute
Mon être consumé par tant de dépendance.

Sans soleil je m’étiole, sans flamme je m’éteins;
Mon esprit n’est en paix que son gouffre comblé.
Où sont passés mes rêves ? Où les ai-je oubliés?
Suis-je de ceux que seule la tristesse étreint?

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août 17

Eole

J’ai vu tant de ténèbres et si peu de merveilles,
Tant d’ombres silencieuses et si peu de soleil
Que d’une noire humeur mon coeur reste marqué.
Une gangue mortifère que je souhaite briser.

J’ai trop longtemps eu mal, arpenté mes enfers,
Inhalé tant de souffre et de larmes amères
Qu’à présent je ne puis plus leur poids supporter.
J’aspire à d’autres lieux, une vie renouvelée.

Loin des miasmes putrides, de l’écoeurante bile,
Je veux m’émerveiller de sons, d’éclats subtils,
D’alléchantes saveurs, de couleurs rayonnantes,
Effacer la douleur par des joies apaisantes.

Une entité solaire débordant d’énergie
M’insuffle sa puissance, chasse ma léthargie.
Elle réveille en moi l’envie de liberté,
La soif de découvrir, de vivre et de rêver.

Sous son radieux regard, je sens mes peurs mourir,
Mes blessures passer et mes larmes tarir.
Sa détermination et sa ténacité
Ont ressoudé mon coeur et mes ailes déchirées.

J’attends l’instant propice, le moment de l’envol
Pour enfin m’élever, m’arracher à ce sol.

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juin 8

Hydres

Tant de questionnements, de craintes et de doutes!
Un maelstrom sans fin brouillant l’esprit, les sens,
Me coupe de mes songes et me ronge, en silence.
Incessante rumeur, d’où vient que je t’écoute?

Ta persistante danse sape mon énergie,
Me laisse sans repos, hagard, sans repères.
J’en oublie qui je suis. Lentement, je me perds.
Je ne sais certains jours si suis mort ou en vie.

Mes émotions, troublées, s’éteignent. Apathie.
La plume, l’encre, le beau, plus rien ne trouve grâce.
En moi tant de chaos que mon être se glace.
Mon coeur bat-il toujours ou bien tout est fini?

Suis-je capable encore de sentir, de vibrer?
Tout me semble trop fade, trop pâle, sans saveur.
Mon âme brûle-t-elle encore? Et le feu de mon coeur?
Vivre sans ressentir, est-ce encore exister?

Allons, cesse, tempête! Il me faut me reprendre!
Je veux revoir la Joie, l’Amour, la Beauté!
Les sentir en mon être fleurir et m’apaiser!
Hideuse morosité, je m’en vais te pourfendre!

J’ai trop vécu l’Ennui, le Spleen et la Tristesse!
Il me faut maintenant comme nippes les quitter.
Dès lors, s’ils s’approchent, je m’en vais les chasser
Pour qu’enfin, en mon âme, le bonheur renaisse.

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avril 12

Primasombra

Qu’il serait bon ce soir de m’en aller danser.
Humer les fleurs sauvages sous la voûte étoilée;
Sentir tout contre moi les bras d’une tendre amante
Et m’enivrer d’amour; combler mon âme absente.

Ces temps de renouveau agitent en mon coeur
D’étranges souvenirs, une sensation d’ailleurs;
Comme s’il souhaitait encore pouvoir s’embraser,
Devenir fébrile, se remettre à aimer.

Héla, pauvre inconscient, tu sembles avoir omis
Que tu n’es que fragments maltraités par la vie!
Oublies-tu les blessures, les mille et une douleurs
Que chaque jour tu endures? Aimer est ton malheur!

L’amante que tu espères n’existe qu’en pensées.
Si ce n’était le cas, vous vous seriez trouvés.
Et puis que ferait-elle d’un amant aussi sombre ?
En toi ne siègent plus qu’éclats épars d’ombre.

Je le sais, tu voudrais, pour alléger tes peurs,
Embrasser un instant la promesse du bonheur.
Allons, cesse et admire plutôt les beaux amants.
La tristesse est ton lot, à eux voeux et serments.

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avril 5

Mnémophobia

Il est certains instants, lorsque descend le soir,
Où les ombres passées deviennent par trop pesantes.
C’est l’heure des vieilles blessures, des ténèbres suintantes,
Quand les maux oubliés repeuplent les cauchemars.

Dans son antique grenier, l’âme de mes errances
Se tortille, s’agite, se sentant assaillie
Par les mille souvenirs qui hantent son abri,
Les rêves effacés, les vaines espérances.

Au fond d’un coffre ancien aux boiseries vermoulues
Un cristal brisé pleure des larmes de sang.
Chacun de ses éclats est le témoin vivant
D’une souffrance masquée, d’un espoir déçu.

Entre les meubles croulant sous l’encre et la poussière
Se dresse une psyché scintillante et polie.
Dans ses eaux, ma mémoire projette sans répit
Mon manque, mes erreurs, tous mes moments amers.

Dans cette obscurité brûle une pâle chandelle,
L’unique point de lumière m’empêchant de sombrer,
Une main sur mon épaule, un sourire donné,
Quelques paroles amies quand mon esprit chancelle.

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mars 31

Demeträ

Un jour que mes pas m’avaient mené au loin,
L’esprit enténébré par de lourdes pensées,
Je m’égarai bientôt sur une sente cachée
S’ouvrant sur un vallon mystérieux et divin.

Deux lacs d’azur clair, étincelantes eaux,
Couronnés par les flammes d’une forêt mordorée.
Au loin, une plissure, teinte ocre et veloutée,
Où scintillait la nacre de ruisselants coraux.

Attiré par le calme de cette douce contrée,
Je m’approchai bien vite des miroitants lagons
Et le regard happé par leurs milliers de tons,
Je me plongeai en eux, saisi et fasciné.

D’abyssales profondeurs en flots illuminés,
De fonds marmoréens en veines d’argent terni,
Emportée par les vagues,mon âme se perdit
Et d’un battement de cils mon coeur fut prisonnier.

Bercé par l’onde sereine, doucement je sombrais;
Son murmure à l’oreille, tel un souffle apaisant,
Me décrivait les cieux aux horizons ardents
Alors que, lentement, ses bras fins m’enlaçaient.

Ce contact soudain m’extrait de ma torpeur.
J’ouvris tout grands les yeux, cherchant cette présence:
Une forme éthérée s’esquissait en silence
Se mêlant à mon ombre, corps à corps, coeur à coeur.

« Je suis Ambre de Lune, antique apparition.
Vous foulez mon domaine, contemplez ma beauté.
De l’éternel sommeil, votre être m’a tiré,
A vous je suis liée jusqu’à l’Armageddon. »

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