février 12

Horlaïs

J’ai souvent chaviré sous l’éclat d’un regard
Et abreuvé ma plume à l’encre de mon cœur;
D’un battement de cils vu s’envoler les heures
Lorsqu’une belle amie m’accordait quelque égard.

J’ai espéré ma vie peuplée de belles romances
Joué, compté fleurettes à quelques jolies fées;
Plus souvent qu’à mon tour me retrouvais blessé
Ayant vu s’effondrer de vaines espérances.

Au feu de mes souffrances, j’ai forgé mon armure
Et par des yeux amis identifié mes failles;
Parfois me suis nié, me suis livré bataille
Pour étouffer en moi jusqu’au moindre murmure.

J’ai voulu rejeter ma brûlante nature,
Devenir un rocher, silencieux, immobile,
Laisser glisser le monde et ses ombres futiles
Sur une peau minérale qui jamais ne fissure.

La roche n’a pas tenue, le pavois s’est brisé
A la première secousse d’une vive émotion.
J’ai volé en éclats, vu l’abîme profond
Où mon âme sombrait, distante, isolée.

J’entends encore parfois résonner en mon être
Les sinistres échos de la mélancolie.
Lorsque tombe sur moi un pesant voile d’ennui
De noirs essaims reviennent de mon mal se repaître.

Je m’enferme en moi-même, fuyant la société,
Ne voyant l’existence que comme un odieux bagne
Et ne me reste plus qu’une triste compagne
Consumant mon essence pour me mieux posséder.

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janvier 21

Fleur de Melancol

Dans un ancien manoir au charme suranné
Vivait une maîtresse femme, telle une princesse antique
Le cœur et l’âme baignés de sagesse mystique:
Fleur de Melancol, dame de belle renommée.

A l’écart du monde, en son vaste domaine,
Elle étudiait, dit-on, des vestiges oubliés
Pour apporter aux Hommes la connaissance passée
Apaiser les souffrances et alléger les peines.

Sur ses terres, nulle chasse aux êtres vagabonds.
Elle accueillait chacun, soulageait les fardeaux
Faisait soigner les plaies et circonscrire les maux
Usant de son savoir de la médication.

Pourtant nul ne savait pénétrer ses pensés.
La belle parcourait seule ses grands laboratoires.
N’accordant à personne les clefs de son boudoir,
Elle tenait farouchement à on intimité.

Un matin où les cieux avaient porté tempête
Dans ses jardins gisait une pâle créature.
Une silhouette humaine dont l’étrange ossature
Semblait toute poudrée de poussière de comète.

Fleur de Melancol la fit mener céans
A l’abri du manoir, dans une chambre orpheline.
Elle réchauffa les chaires toutes teintes d’opaline
Alors la vie revint à cet agonisant.

Consacrant chaque jour à sa convalescence,
La dame se négligea, assistant sans répits
L’être venu d’ailleurs, brûlant son énergie
Jusqu’à y consumer les feux de son essence.

Le mystérieux malade, peu à peu, s’éprit d’elle
Mais alors qu’il allait lui dire toute sa pensée
La belle s’effondra, par le mal terrassée
Consciente que le Sort jouait un tour cruel.

Les yeux emplis de larmes dans la douce lumière,
Un sourire éclairant son visage angélique,
La dame baptisa son amant féerique
Rendant son dernier souffle sans une parole amère.

Longtemps encor vécu l’étrange voyageur,
On peut l’apercevoir le soir au clair de lune.
Il chante vers les astres de la belle l’infortune;
Jamais il n’oublia celle qui sauva son cœur.

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janvier 8

Splendens

Par delà les brumes pâles qui recouvrent le monde,
Entre les grises volutes qu’habille l’obscurité,
Pour qui sait voir plus loin que ce voile léger
Scintille la lumière d’une aube plus profonde.

Dans cet autre univers tout auréolé d’or
Chaque être brille d’une flamme où dansent mille couleurs.
Au gré des émotions leurs feux rayonnent sans heurts
Et les nuits sont ornées de sublimes aurores.

En cet étrange lieu où chaque mot est musique,
Où toute vie s’accorde à la Grande Symphonie,
Il est une île paisible où l’âme s’épanouit
Et s’abreuve à la source de sagesses antiques.

Sur cette secrète terre, parfois, je m’aventure
pour côtoyer les muses et apaiser mon cœur.
Tant de merveilles cachées y révèlent leur douceur,
Offrant aux égarés des baumes pour leurs blessures.

Ce havre abrite une fée, charmante souveraine
Qui accueillit un jour un roi à l’agonie.
Ce vieillard de passage jamais ne repartit
Tant il fut séduit par l’hôte et son domaine.

A la cour de cette reine demeure une humble dame,
Une perle d’empathie au teint rose et nacré.
Des le premier instant où je l’ai rencontrée
Mon essence se fit sienne, ma peau son oriflamme.

L’errance m’a poussé si loin de ces rivages
Dans la lueur opaque d’un pesant demi-jour.
Pourtant, j’espère encor rejoindre mon amour,
Lui offrir les cieux en un vibrant hommage.

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décembre 28

Möbius

Vous souvient-il d’un soir lorsque, jeune âmes encor,
Devisant près d’un lac où fleurissent les ajoncs,
Je vous fis un aveu, l’œil brûlant de passion,
Révélant aux étoiles un songe en plein essor.

Un serment prononcé qui vous vit faire silence
Et plonger en vous-même pendant de longs instants.
Mon cœur impétueux manqua un battement
Suspendus à vos lèvres mille joie? mille tourments ?

La Lune en est témoin, jamais je ne dédis
Ce paroles que vous fûtes la seule à écouter.
Au cours de tous ces siècles, de toutes ces vies passées
Cette secrète promesse, jamais je ne rompis.

Tant d’heures s’écoulant passées à vous attendre,
A guetter votre approche, le bruissement de vos pas…
Nul billet, nulle missive, de l’éveil au trépas,
Les murmures même du vent ne purent rient m’apprendre.

Alors, un jour, à bout, de l’inaction lassé
Je cédais à l’ivresse, étreignant d’autres bras.
Une sirène, puis deux vinrent partager mes draps.
Perdu dans leurs regards, je vous ai oubliée.

J’ai repris ma parole, délié mon serment,
Recommencé à vivre, loin de votre fantôme.
Quelques belles attentions à mon cœur furent un baume.
Mon esprit s’allégea de cet antique tourment.

Pourtant, certaines nuits, lorsque coule la brume,
J’aperçois sur le banc près des eaux miroitantes
Le spectre de ce soir où mon âme naissante
Vous révéla le feu qui , encor, la consume.

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décembre 21

Maraud

Lorsque le demi-jour, de ses rayons dorés
Caresse le velouté de son teint d’églantine
Frôle sa bouche rouge comme le fruit d’aubépine
Je sens bondir mon cœur et mon âme s’agiter.

Elle est fille du monde, brûlante d’énergie
Une flamboyante étoile irradiant de lumière
Le miracle céleste qu’en soi chacun espère
Celle que tant d’autres adulent pour masquer leur envie.

Les fats à son balcon ne doivent pas manquer
Pourtant elle marche seule et sans perdre sourire
Les feux de son regard voient les rustres frémir
Et les tristes seigneurs dans l’ombre se faner.

Sa gracieuse pureté, nulle faut ne l’entache
Sa bonté, sa douceur, elle ne fait qu’offrir
De sa simplicité personne ne peut médire
A tant de compassion ne s’opposent que les lâches.

Lorsque passe la belle, son chemin éclairé
Sous une arcade sombre, ma face je dissimule,
Mon corps trop usé, vieillissant, ridicule
Et l’esprit ébloui, je demeure fasciné.

Que ferait donc un astre, une telle perfection
D’un roc fissuré, écrasé sous les ans ?
Je ne suis que guenilles ouvertes à tous les vents
Dont une fée mutine gouverne l’émotion.

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décembre 16

Comète

Dans les feux sépulcraux d’un soleil ténébreux
J’ai vu plonger le monde en un râle d’agonie,
Tomber les hautes tours d’un Age d’or béni
Et brûler les cités d’être trop vaniteux.

Entre les voiles du vide où siègent mille Horreurs
J’ai senti s’agiter leurs sinistres engeances
Alors que les étoiles sombraient dans le silence
Consumées par leur faim, insatiables erreurs.

D’une galaxie à l’autre, toujours le même chemin:
Éveil, découverte, grandeur puis décadence.
Avidité, envie gangrènent l’existence
Rongent lentement le cœur, empoisonnent l’esprit.

Sont-ils si aveugles à l’étincelle de vie
Qu’ils cherchent tout moyen pour venir la souffler ?
Ne distinguent-ils pas les gouttes d’éternité,
Les instants éphémères où leur âme fleurit?

S’ils avaient pour miroir les eaux de ton regard,
Ma céleste princesse, deviendraient-ils sages ?
Il faut tout ton amour pour gommer leurs ravages;
Pour apaiser mes pleurs et raviver l’espoir.

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décembre 7

Ouranos

Longtemps, j’ai côtoyé le peuple des nuages,
Les horizons de brume et le cœur des nuées.
J’ai vu ces champs célestes,las, se disloquer,
Privant les songes vivants de leurs calmes rivages.

Ces gens de féerie, exilés de l’Aether
En ce monde se tournèrent vers la Nature sacrée.
Peu à peu, intégrèrent la matérialité,
Perdant le lien subtil avec les autres sphères.

L’Univers m’est témoin! Tant de mondes ont vécu!
Combien virent un age d’Or, combien furent consumés.
Si nombreux furent les êtres, sages, nobles ou guerriers
Qui touchèrent la grandeur avant d’être vaincus.

D’innombrables étoiles brûlant leur énergie,
Courant après la gloire ou tout autre illusion.
Nulle trace ne demeure de leur annihilation
Dans le vaste océan de ce vide infini.

Au creux du lieu secret de mes vieux souvenirs
Demeure encore l’empreinte de flammes d’exception.
Et dans quelques regards, cette illumination,
L’espoir de voir un jour ces esprits revenir.

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novembre 27

Fox-trot inachevé

Un inachevé car le sujet se danse mieux à deux… La plume n’a pas pu suivre.

 

Lorsqu’en des heures futures reviendront d’anciens chants,
Puissent ces souvenirs ressurgir enflammés
Par de tendres visions de nos corps enlacés
Liés par la musique en gracieux mouvements.

Chaque fibre de nos êtres emportée par le son,
Grisés par ces instants, libres de toute entrave,
Esprits glissant dans l’onde aux accords suaves
Corps à corps, tels un seul, vibrant à l’unisson.

La danse, ces prémices à d’autres effusions,
Que voilà un bel art, bien que trop codifié.
En des temps où les mœurs étaient si contrôlés
Elle donnait pourtant sa place aux émotions.

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novembre 25

Dead man’s hand

Une silhouette creuse sur le papier glacé,
Le pâle reflet d’un manque. Cette carte se nomme Absence…
Ce vide permanent affleurant la conscience,
Cette faim interminable qui ne peut se combler.

Un roi portant couronne, ses pieds broyant la terre;
Port altier, écrasant, voici venir l’Ego!
Créé pour satisfaire ses seuls besoin primaux
Sans se soucier du mal. Les autres l’indiffèrent.

Un masque versatile tracés sur le vélin
Qui ne dit oui ou non. C’est l’affreux Inconstant.
Il change de conduite, d’opinion, chaque instant
Refusant d’assumer les heurts sur son chemin.

Un paradis perdu, dévoré par la brume.
Sur une image fanée se révèle l’Oubli.
Tant de serments brisés, de promesses trahies
Par ce pénible esprit dont la trame se consume.

Une verruqueuse ronce entravant un cœur blême.
Troublante symbolique, un seul mot: Angoisse.
Son poison fige l’être et toute action s’efface
Lorsque le vent résonne de chaque grain qu’elle sème.

Une carcasse avachie, dégoutant de toute part,
Immobile,l’œil vide; c’est l’immonde Paresse.
Source d’immobilisme, d’escarres, de tristesse,
Elle refuse le mouvement. Pour elle, c’est un cauchemar.

Pour terminer la donne, une carte ténébreuse
Un ciel noir, sans étoiles; le territoire de l’Ombre.
C’est l’alpha de la meute, c’est en elle que tout sombre,
Elle vient dévorer l’âme, de sa lumière envieuse.

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novembre 21

Fir-Bolg

Un trop sanglant soleil se lève ce matin
Sur la lande déserte aux bosquets embrumés
Une rumeur soudaine monte dans l’air glacé
L’écho lourd d’une troupe se dessinant au loin.

Au fait d’une colline se tient le roi austral
Surplombant l’étendue où campe son armée,
Un champ de mille glaive aux lances hérissées
Assemblées pour défendre leurs terres ancestrales.

Dans le pesant silence a résonné l’appel,
L’ordre pour tous les hommes de monter au combat;
Les fers s’entrechoquent sous l’astre qui flamboie
Le métal taille les chairs et les corps s’entremêlent.

Vagues hurlantes déferlant sur leurs ennemis,
Les guerriers se déchirent, furieux, ivres de rage,
La mêlée se transforme en un bruyant carnage,
L’herbe et la roche se couvrent de ruisselants rubis.

Perdu dans ce brouillard aux teintes écarlates,
Je lutte tant bien que mal pour repousser l’assaut.
Le nombre est contre nous, nous tomberons bientôt
Le corps percé de flèches sous les frappes adroites.

Dans le ciel volent déjà les sinistres oiseaux,
Les sombres messagers de la déesse amère
Venus pour récolter sa moisson éphémère
D’âmes mortes au combat pour de vains idéaux.

Mon instant a sonné, je tombe, agonisant,
Le cœur fendu en deux par une traître lame;
Sans trop avoir briller va s’éteindre ma flamme
Sous les coups impavides de ces bruns conquérants.

Ma dernière pensée va, chargée de pâles regrets
Vers la belle Cerydwenn aux yeux de cuivre et d’or.
La reverrais-je jamais loin de ces plaines de mort?
Son âme me suivra-t-elle dans le monde d’après?

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