novembre 15

Déimos

Au delà des voiles d’or de l’aube flamboyante,
Sur l’océan de roches aux lames effilées
S’étend une île mort, antique mausolée
Où viennent s’échouer les âmes gémissantes.

C’est une terre d’exil pour de tristes fantômes
Que des dieux inconstants jetèrent loin du monde.
Pour ces ténébreux êtres, jour et nuit se confondent
Nulle heure pour rythmer ce sinistre royaume.

En ces lieux oubliés où rode la folie
Une part de mon âme vint un jour s’égarer.
Les relents mortifères de ces landes désolées
Marquèrent de leur sceau mon essence transie.

Lorsque résonne le cor de ces spectres cendreux
Une visqueuse pluie vient imprégner mon cœur;
Les étoiles s’éteignent en mon ciel intérieur
Ne laissant que l’image d’un monde fuligineux.

Combien comptent alors les flammes extérieures,
Les éclats de lumière que l’on peut m’apporter
Sans eux, je flétrirais, ombre désincarnée
Mon essence consumée par ces pâles horreurs.

Les cieux bénissent les jours des astres incarnés
Qui désertèrent l’Azur lorsque le Songe tomba!
La sublime étincelle qu’ils emportent ici-bas
Réchauffe l’esprit bilieux d’un poète esseulé.

novembre 15

Hod

Assez de ces teints ternes et de ces tristes mines!
Je préfère une vie d’éclatantes couleurs
Lorsque après une averse, lavé de ses humeurs,
Le monde reprend vigueur, d’un souffle s’illumine.

Pourquoi tant de fadeur et de teintes fanées?
Que jaillisse l’énergie en palettes vivantes:
L’éblouissant azur, la sublime amarante
Le bleu sombre et profond d’une mer déchaînée!

Si l’on saigne, que le sang scintille comme rubis
Si l’on brûle, que les flammes brillent en langues cuivrées
Sous l’orage, que les cieux se couvrent de noires nuées
Et que la foudre frappe, déchirant cette nuit!

Que s’effacent les navrantes, les timides pastelles!
La terre doit resplendir de ses ton brun et cendre
L’émeraude des feuillages dans l’air doit s’étendre
Et raviver le cœur d’une féerie rebelle.

Chassons les nappes grisâtres des tueuses industries!
Lavons cette planète de ce qui l’empoisonne!
Des êtres qui l’occupent, combien encore frissonnent
Alors qu’elle fait entendre quelque chant d’agonie?

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novembre 9

Danser avec les ombres

Quelques gouttes de rosée sur l’ivoire d’un piano
Égrainant les accords d’une ancienne mélodie
Que le vent de novembre emporte dans la nuit
Faisant valser les feuilles d’ambre sur les flots.

Sous les étoiles complices, la brume étend ses voiles
Effleurant de ses doigts quelques âmes égarées
Et la Lune, mutine, laisse sa lueur filtrer
Dans un dernier rayon de lumière vespérale.

Mon esprit sans repos, voyageur éternel
Au pied d’un très vieil arbre vient se creuser un nid
Pour contempler la monde que le soleil fuit
Et cueillir les merveilles que les ombres recèlent.

Cette douce atmosphère, l’étrange symphonie,
Éveillent un souvenir trop longtemps oublié
Sous les hautes frondaisons et les vivants piliers
Me reviennent les images d’une ère évanouie.

Saisi par la musique, je me mets à danser
Un si charmant fantôme m’enlaçant de ses bras;
Tantôt elle me guide, tantôt suivant mes pas
Corps à corps, cœur à cœur, dans cette obscurité.

La terre était si jeune et nous si innocents
Inconscients, libres encor, ignorant nos destins
Nous goûtions la chaleur de ces moments divins
Où seul comptait l’instant, sans peur du lendemain.

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octobre 21

Vers Ythas

Lorsque de longs silences planent en mon antique tour
Que leur musique réveille les échos du passé
Il est certains chagrins qui aiment me tourmenter
Et masquer le soleil. Oh les bien tristes jours…

Quelques vieilles angoisses viennent me mordre le cœur,
Un bataillon sinistre de troubles et querelles,
Les sombres souvenirs d’un bien curieux mortel
Trop longtemps rejetés se révèlent tumeurs.

D’épaisses, huileuses larmes obscurcissent ma vision,
Les astres disparaissent derrière ce hideux voile.
Toute beauté se fane et tombent les étoiles;
Le chœur des anges se mue en noires imprécations.

En ces instants funestes où grattent les ténèbres
Aux portes de mon âme, par la douleur transie
Dieux, qu’il me manque alors une présence amie;
De la chaleur humaine contre une marche funèbre!

Certes, Amour est partout, il gouverne mon être,
Il sème sans rien attendre, douceur, sourire, bonté.
Mais lorsque vient la nuit dans ces vastes contrés
La pâle mélancolie est si prompte à renaître.

Une rose couleur saphir, de lancinants accords,
Un parfum d’aubépine et de cannelle mêlés,
La caresse fantôme de mon nom murmuré
Par le spectre éternel d’une amante aux yeux morts.

Hévée était son nom, malheureux son destin,
Si pleine de tendresse pour un piteux aède
Qui lui pris son honneur, la payant de son aide
Fuyant hors de sa couche aux brumes du matin.

Oh, cieux, muets témoins de mes égarements,
Retrouverais-je un jour la confiance volée?
Dormirais-je à nouveau entre les bras légers
D’une âme en harmonie, d’un songe si charmant?

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octobre 8

L’homme qui ratait le coche

Par une glaciale et brumeuse journée d’hiver, enveloppé dans ma confortable robe de chambre, j’observais par la fenêtre embuée les passants aller et venir. L’agitation régnait dans la rue, chacun se pressant pour rejoindre son transport, son rendez-vous ou son logis.

J’avisais soudain, assis sur un banc, un homme de haute taille, plutôt bien mis de sa personne, le visage marqué par les ans, qui semblait attendre quelque chose. Il consultait régulièrement sa montre à gousset et se penchait sur un papier tenu serré contre son cœur. Lorsqu’une calèche se présenta au sommet de la rue, je le vis se raidir, regarder dans sa direction et se redresser. L’homme consulta une nouvelle fois sa montre puis le papier avant de lever le bras pour faire signe au conducteur.

Las, le temps qu’il compulse sa lettre et range sa montre, le véhicule avait dévalé la rue. Une passagère s’était penchée vers la fenêtre avant de détourner les yeux.

Le manège m’intrigua, aussi fixé-je mon attention sur la rue. Je vis l’ancêtre se livrer à son pantomime chaque fois qu’une calèche paraissait au sommet de la rue. Et chaque fois, il dressait le bras trop tard, sa montre et son papier toujours en main.

Dix fois, vingt fois, il répéta la manœuvre sans changer sa façon de faire. Un temps amusé puis soucieux, je me préparais à ouvrir ma fenêtre pour héler le vieillard.

A cet instant, le claquement d’un verre qui se brise retentit. La vitre se fissura alors que l’homme tombait au sol, inanimé. La première calèche reparut et s’arrêta, le cocher ayant vu l’ancêtre s’abattre. La passagère descendit et se jeta sur le corps, visiblement saisie de panique. Mais l’autre resta au sol, immobile, le teint devenu cireux.

Une bourrasque se leva, faisant s’envoler le chapeau de la demoiselle et se déployer sa chevelure auburn. Suivant son couvre chef des yeux, la belle croisa mon regard. Les superbes agates de ses iris emplies de larmes me percèrent alors que la vitre devant moi explosait. Je basculai en arrière, me retrouvant affalé dans mon fauteuil préféré. La fenêtre devant moi était intacte, encore toute parée de buée. Sur le guéridon proche de ma main, une lettre ouverte déroulait sa blancheur.

« Mademoiselle De …. vous convie à un rendez-vous. Une calèche passera vous prendre ce jour à dix heure, devant le seize de la rue Hoche. »

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octobre 7

Mun

Par un pâle soir d’automne au gré de mes errances
Dans la salle d’une auberge où j’étais réfugié
Après une longue marche, transi et fatigué,
Mon regard accrocha une saisissante présence.

Comme une pluie d’étincelles bondi hors du foyer,
Couronnée d’une aura pleine de chaudes couleurs,
Passant entre les tables de blêmes consommateurs,
Un être s’avançait et je croyais rêver.

S’arrêtant devant moi, la créature sourit,
Me glissant quelques mots d’une voix chaleureuse.
La seule proximité de cette âme merveilleuse
Suffit à me combler, me laissa étourdi.

Vous décrire sa beauté serait presque une offense
Tant elle rayonnait, les mots paraîtraient vains.
Dans cette sombre salle, à milieu des vauriens
Songeuse, elle dansait, sans crainte et sans défiance.

Quiconque aurait posé un geste malvenu
Aux dieux intransigeants, des comptes aurait rendu.
Car sans doute aucun, cet être de douceur
N’était rien moins qu’un ange venu nous faire honneur.

Depuis, à chaque fois que mon sort le permet
Sans hésiter, mes pas me ramènent en ces lieux.
Je reviens contempler l’astre venu des cieux
Et, un jour, plein de force, mon cœur lui offrirai.

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octobre 5

Tirésias

Oh toi, sinistre Sort, inconstante Destinée
N’avez-vous donc pour but que de me tourmenter ?
Pourquoi me faire goûter l’ardeur d’un renouveau
Si l’astre qui m’anime disparaît aussitôt?

Et toi, triste imbécile, pantin, vieille breloque!
Tu juges et vilipende. Mais de qui tu te moques?
Tes yeux voient mais ton cœur, ce mécanisme usé,
A-t-il vraiment conscience de la réalité ?

Il appelle l’Espoir, fragile, se languissant
Et lorsque l’Ange paraît, laisse passer l’Instant.
Dans son aveuglement, il blesse sans savoir,
Sectionnant un à un les fils de son histoire.

Ton esprit analyse, segmente tes émotions,
Et tes peurs inconscientes annulent toute action.
Tu n’es qu’une marionnette ballottée par les flots
Agrippée aux débris d’un antique radeau.

Happé par les élans de ton âme romantique
Tu vis hors de ce temps, dans ton monde onirique.
Les êtres d’exception qui effleurent cette bulle
S’en trouvent déroutés, affaiblis, ridicules.

Reviens donc aux vivants, voyageur égarés!
Laisse pour un moment les songes désincarnés.
Tu verras que la Terre en renferme quelques-uns
Qui te reconnaîtront, t’ouvriront le chemin.

Ici-bas viennent aussi s’aventurer les anges.
Leur radieuse aura éclaire ces lieux étrange.
L’un d’eux sera pour toi compagnon de voyage
Vos liens sont éternels, ils transcendent les Ages.

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septembre 4

L’Astrologue

Du haut des vieilles ruines d’une tour silencieuse,
Sur un trône de pierre patiné par les ans,
Un mutique souverain admire le firmament
Couvant quelques étoiles d’un regard amoureux.

Trop longtemps isolé, esclave de ses peurs,
A l’écart du monde, il a perdu la voix.
En sa prime jeunesse, banale, sans éclat
Il ne sut jamais laisser parler son cœur.

Pourtant, en lui, une flamme brûle depuis toujours
L’espoir d’un amour pur, le goût de la tendresse.
Dans ses songes, sans contrainte, aux fées il confesse
Ses plus intimes désirs pour quelques belles de jour.

Il n’eut jamais l’audace de tous ces baladins,
De ces esprits charmeurs ne cherchant que plaisir.
Pour lui, l’honneur d’une dame ne saurait souffrir
Toutes ces creuses paroles et ces vils desseins.

Alors, plutôt que rire, il préféra se taire.
De crainte d’offenser, de blesser par ennui
Jamais il ne confia le trouble qui le prit
Lorsque certaines passantes eurent l’heur de lui plaire.

Depuis lors, de son sang il tire quelques rimes
Rendant hommage aux grâces qu’il vient à contempler
Et les livrant aux vents, il laisse s’envoler
Ces aveux sur papier, vers les cieux et l’abîme.

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août 27

Mehaïg

Le jour juste naissant sur les landes pierreuses
Déroule un écheveau de brumes pâles et humides.
Par instant, on perçoit l’écho faible et morbide,
Le chant lugubre et triste d’une aigrette souffreteuse.

Sur une plage grise clopine l’ombre sans âge
D’un être au lourd passé, voûté par les éons.
Il chemine lentement, épave en perdition
Sur la côte désolée où son monde fit naufrage.

Dans le vent, il marmonne à qui voudra l’entendre:
« Je suis le roi pêcheur que l’époque oublia!
Maudit qui ne peut m’ouïr, de sa vie le paiera! »
Ces vagues imprécations se perdent sans attendre.

Par le passé, pourtant, il fut Haut Souverain
Détenteur de sagesse, gardien de grands trésors.
Mais le Temps, la folie, l’orgueil lui firent tort
Au loin il fut banni du jour au lendemain.

Dans ses terres d’agonie, encor, il espère,
Il attend l’âme noble levant sa punition,
Chevalier, dame, prince qu’importent les prédictions!
Le spectre cache doux cœur sous ses sinistres airs.

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août 21

Alwardyn

Sur les antiques rivages d’un lieu dissimulé
Entre nuages et brumes où le Temps m’entraîna,
Un soir au clair de lune une étoile tomba
Me révélant une âme à l’étrange beauté.

Assise près d’un feu se tenait une reine
Au port majestueux et sa peau opaline
Trahissait de la belle l’ascendance divine,
Baignée par les rayons de la douce Sélène.

Siégeant à ses côtés, comme tenant salon
Une riante fée, toute auréolée d’or
Devisait avec elle dans cette pâle aurore;
Sublimes demoiselles, pleines d’exaltation.

Dans les flammes dansait, éblouissante et pure,
Une sublime créature, maîtresse des foyers.
Sa silhouette ondulait et moi, hypnotisé
J’avançais, tel un spectre, hors de l’ombre, à pas sûrs.

Alors sur mon essence, trois regards se fixèrent:
L’argent, l’or et la braise, en un point s’unissant
D’un échange glacial me figèrent en l’instant
Et de toute leur présence, ces dames m’encerclèrent.

Mon corps à leur merci fut livré à leurs mains
Ces joueuses déesses y gravèrent leur empreinte;
Arabesques brûlantes, longues et polaires étreintes,
L’épiderme consumé par l’Étoile du Matin.

Lorsque enfin apaisées, elles cessèrent leurs assauts
Dans leur mystérieux cercle, elles me laissèrent entrer
Et d’un commun accord me nommèrent initié,
Détenteur des secrets que contenait leurs mots.

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