juillet 5

Aethernam

J’ai vu la Première Aube, balbutiante, sur l’Aether,
Songelune s’élever, croître puis s’étioler,
De ses bulles de rêve l’Univers émerger
Et les graines d’Onyrie lentement se faire chair.

J’ai vu croître en ces mondes mille peuples sans noms,
Me glissant parmi eux pour mieux les découvrir;
Contemplé leurs espoirs, leurs vies, leur devenir,
Leurs conflits, leurs erreurs et leur annihilation.

Curieuse, mon essence se dota de matière,
Pour mieux apprécier des mortels le séjour;
J’ai connu des Empires, la mort comme l’amour
Sans trouver nulle trace d’un être d’Outre-Sphère.

Combien d’étoiles brûlées, combien d’astres détruits,
Depuis que la Lumière a éclairé le Vide ?
Sur des planètes gelées, dans des sables arides,
Longtemps j’ai cheminé au gré de ma folie.

Tant de fois, épuisé par ma longue errance
J’ai voulu être libre, revoir l’Autre Côté.
Alors, ma méprise me fût toute exposée:
Mon vaisseau de matière retenait mon essence.

Grande fût ma détresse, immense mon désarroi,
Mon âme ne pouvait plus à sa guise s’envoler.
Cette enveloppe me tenait dans ce monde prisonnier,
Condamné à subir les affres et le trépas.

J’avais encor l’espoir qu’arrivé à sa fin
Ce corps relâcherai mon esprit vagabond.
Je pensais oublier ma triste condition
Le terme de mon errance se présentant enfin.

C’eut été oublié un Dieu inexorable:
Le Temps a son Horloge m’avait assujetti.
Depuis, je vagabonde, loin de la Faerie
Prisonnier de ce sort, d’un destin immuable.

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juin 19

La funambule

Par un jour brumeux en des terres éloignées,
Sur mes chemins d’errance quelques pas m’ont conduit
Près d’un étrange cercle tout de sable blanchi
Qu’une foule observait d’un air fasciné.

Au centre se tenait une fine demoiselle,
Son corps longiligne tel un arc bandé.
Sa chevelure d’automne par l’onde ébouriffée
Dansait comme une flamme au bout de sa chandelle.

Souple comme un roseau et vive comme un félin
La belle s’élança, se cabrant, bondissant.
Porté par la lumière, son regard océan
Vint se ficher en moi, harpon céruléen.

Elle tournait sur elle-même, parcourant cet anneau
Tantôt d’un pas tranquille, tantôt d’un saut cambré
Tout son être vibrait d’une souple agilité
A mesure que son corps tissait un écheveau.

Ébloui par sa grâce, son ardeur virevoltante
Je demeurai saisi par son divin ballet.
Toute entière à sa tâche, son jeu m’hypnotisait;
Mon cœur s’attachant à cette comète filante.

Mais parmi ces visages, ces faces ébahies
La belle remarqua-t-elle l’automate fatigué
Aux rouages grinçants, au mécanisme usé
Tellement émerveillé par sa jeune énergie ?

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mai 24

Eden

J’ai vécu mille vies à t’attendre ici-bas,
Belle rose, tendre cœur, venue d’une autre sphère.
J’ai connu joies et peines, ri, pleuré, tant souffert
Avant de voir enfin de ton regard l’éclat.

J’ai tant côtoyé l’ombre qu’elle vint ronger mon âme,
Resserrant patiemment son étreinte mortifère
Jusqu’à ce qu’en ce monde rejaillisse ta lumière
Chassant l’avide brume et son cortège infâme.

Ma déesse, mon archange, toi si humble et puissante,
Te trouver en ces lieux après tant d’avanies
Me laisse tout à la fois stupéfait et ravi.
Serai-je digne encor de toi, radieuse amante?

Tout ce temps, ces éons m’ont abîmé, usé.
Mille blessures ont vu se racornir mon cœur.
Retrouveras-tu en moi sous le voile de douleur
L’être qu’en un autre âge tu avais tant aimé ?

Certains chemin m’ont vu brisé quelques serments,
Parfois me parjurer, salir mon honneur;
Ma part ténébreuse accomplit des horreurs;
Trouverai-je grâce à tes yeux malgré ces égarements?

Le ciel fasse que ce jour où je sens ta présence
Ne soit pas qu’illusion nourrie de souvenirs.
Sans toi, je ne suis rien qu’écho sans avenir,
Reflet pâle, moribond, d’une onirique essence.

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mai 18

Aes sidhe

Dans le triste chaos d’une grise cité
Aux murs lézardés par le temps et l’usure
J’erre, pantin mutique, dans la fange et l’ordure
Courant après un spectre, mirage d’un être aimé.

D’une illusion à l’autre, je titube, sans repos
Bercé par un espoir, délirant, hypnotique:
Celui de la revoir, ma chimère, mon unique
Et de trouver enfin ce qui me fait défaut.

Dans cette ville éteinte, la vie se fait absence;
L’écho seul de mes pas résonne à mon oreille.
Pourtant je suis un son d’un éclat sans pareil,
La cascade musicale d’un rire dans ce silence.

« Tu l’as laissée partir! » crie mon cœur blessé;
« Alors que tu sentais émerger l’émotion! »
Ce creuset passionné me traite de bouffon
Alors même que je cherche l’issue pour m’amender.

Sous le ciel inclément versant une pluie saumâtre
Je poursuis cette quête, refusant de plier.
Je m’échine, m’entête à chaque difficulté
Méprisant les obstacle, persistant à me battre.

Si je demeure ainsi dans mon obstination,
C’est parce que je ne puis un instant oublier
Le baume qu’à offert à mon essence brisée
Cette discrète sidhe au regard profond.

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mai 9

Hanté

Sur les ailes d’un oiseau arpentant les nuées
En route pour le domaine où plongent mes racines,
J’ai croisé le chemin d’une étrange Mélusine
Qui d’un éclat de rire a mon cœur engeôlé.

Instants divins et simples où nous pûmes deviser
Tout deux, nous commençâmes à nous livrer un peu.
Les eaux de son regard brillant de mille feux
Lentement m’envoûtèrent pour ne plus me quitter.

Hélas, le charme prit fin, le temps reprit son cours
Ma craintive nature, l’infâme, me rattrapa.
Au terme du voyage, je l’abandonnait là
Sur les rives de cette ville où sombrent les amours.

« Faible! Vil couard! Tu t’en repentiras! »
M’apostrophe mon cœur en son feu ravivé.
Cette erreur me consume, plaisamment attisée:
Ses yeux couleur d’émeraude me brûlent de leur éclat.

J’en appelle aux puissances régissant l’univers:
Accordez-moi la chance de corriger ce choix!
Laissez-moi humblement revenir sur mes pas,
Révéler à la belle l’émotion qui m’enserre!

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avril 24

Ys

Il est un océan d’étincelantes couleurs
Où mon âme sans repos aime venir se noyer;
Le jaspe et l’émeraude ses eaux ont colorés,
Mêlant leurs milles nuances en flot enchanteur.

Son onde au gré des vents se trouble et puis s’agite
Parsemant sa surface de vagues aux crêtes d’argent.
Dans l’abysse profond se forment des courants
Comme le cri silencieux des forces qui l’habitent.

Tantôt tempétueux ou bien calme mer d’huile,
Dans sa contemplation, toujours, je me perds.
En cet étrange havre, quelque magie s’opère
M’abreuvant de visions, telle une antique sibylle.

L’énergie bouillonnante sous le paisible espace
Régénère mon corps si souvent affaibli.
C’est une cure de jouvence, une secrète alchimie
Qui me lie à ce lieu où les douleurs s’effacent.

J’abandonne sans honte bien des heures de ma vie
Contre quelques instants perdu dans ce miroir.
Il est si fascinant, ce merveilleux regard;
Jamais je ne me lasse de me plonger en lui.

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avril 20

Le Voyageur

Absorbé par l’éclat des astres au firmament
Le regard attaché à la voûte céleste
Le poète se rêve loin du monde terrestre
Onirique météore vers l’Éther filant.

Dans le feu des étoiles il cherche une lumière
Pouvant rivaliser avec les grands yeux d’or
D’un être merveilleux, un ange ayant pris corps
Dissipant ses ténèbres comme une brise légère.

De sa plume il invoque la secrète déesse
Qui d’un battement de cils chavirerait son cœur
Il lui prête les traits délicats, enjôleurs
De mille demoiselles, lavandières ou duchesses.

Il emprunte aux comètes quelques fils d’argent
Pour tisser à sa belle une royale parure
De gemmes fantastiques dont les eaux sont si pures
Que la nuit dans ses voiles les garde jalousement.

C’est là son seul plaisir, sa seule fantaisie,
Esquisser un portrait, s’inventer un amour
Car depuis bien longtemps, presque depuis toujours
Il erre seul sur les voies que lui tracent la vie.

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mars 13

Euryale

Une nuit caniculaire baignée d’astres sanglants,
Tout mon être poissé de fiévreuses visions,
Je bondis hors des songes comme d’un abîme profond
La cervelle enflammée, le cœur trop palpitant.

J’avais suivi dans l’Ombre une voie dissimulée
M’aventurant bien loin des féeries coutumières;
Perdu dans mes pensés, j’ignorai les frontières
Que nul ne doit franchir sans en être marqué.

Sans le savoir, j’errai aux portes de l’Hadès,
N’accordant à ses spectre une once d’attention
Lorsqu’un souffle subtil montant hors des tréfonds
Glissa sur mon épaule l’esquisse d’une caresse.

Ce frôlement silencieux porta en mon oreille
Le frissonnant murmure d’une voix oubliée.
Je levais le regard, mon esprit ébranlé
Par le souvenir vague d’une femme sans pareille.

Je me trouvais saisi de la découvrir là
Alors que, comme tant d’autres, elle n’était que chimère.
J’avais vu son essence se perdre dans l’Éther
Lorsqu’elle avait croisé la maîtresse du Trépas.

Ma plume l’avait pleurée longtemps, inconsolable
Et j’avais tant souhaité un instant la revoir
Que cette vibrante empreinte en ces lieux de cauchemars
M’emplit le cœur d’effroi, faiblesse insupportable.

Je tournais les talons, ce spectre sur mes pas
Sentant sur mon échine courir ses doigts glacés;
La belle des ténèbres cherchait à m’agripper,
M’entraîner dans un monde où la lumière ne va.

Une promesse brisée, la cause de son ire;
Moi, coupable parjure, fuyant ma punition;
Je touchais aux limites de ma faible raison;
Seules les portes du Songe pourraient me secourir.

Je quittais avec force ce rêve enténébré
Et, atteignant l’éveil, j’ouvris les yeux, pantelant
La nuque me brûlait comme au feu d’un volcan
Depuis lors, je demeure sans repos, l’âme hantée.

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mars 5

Belle à sa fenêtre

Lorsqu’un blême soir d’hiver, dans ce bus désolé
Où m’avait déposé l’ombre d’une vie d’errance,
Je surpris le reflet d’une détresse intense
Sur les traits d’une belle à la candeur fanée

Il me vint en mémoire un souvenir fugace:
Un visage aperçu pendant un bref instant,
La grâce d’une épaule au contour attrayant
Et l’eau bleu d’un regard qu’un léger voile efface.

Répondant en écho à cette apparition
Comme sur une onde claire s’étendent les ridules,
Mon cœur fit un écart, tintant comme pendule,
Soumis à une ancienne et vibrante émotion.

Mon esprit fit renaître l’atome d’un parfum,
Une fragrance enivrante aux arômes uniques;
Agrumes, citron doux… Mélange magnifique!
Sa seule propriétaire au malheureux destin…

Le claquement d’un ressort sonna dans ma poitrine
Alors que jaillissait l’histoire de cette beauté.
Oh, toi, si tendre spectre de ces temps reculés,
Qu’est-il donc advenu de ta personne divine ?

Nous étions jeunes alors, si jeunes et insouciants…
Prêts à tout nous promettre, ne jamais oublier.
Le Temps nous a trahis, l’existence est passée
Emportant avec elle nos amours d’enfants.

Toi qui doit être une autre, qu’es-tu donc devenue?
Toi qui était mon autre, ma charmante ingénue…
Par delà cet abîme que les siècles ont dressé,
Je songe à toi, ma chère, ma troublante Alithée.

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février 12

Horlaïs

J’ai souvent chaviré sous l’éclat d’un regard
Et abreuvé ma plume à l’encre de mon cœur;
D’un battement de cils vu s’envoler les heures
Lorsqu’une belle amie m’accordait quelque égard.

J’ai espéré ma vie peuplée de belles romances
Joué, compté fleurettes à quelques jolies fées;
Plus souvent qu’à mon tour me retrouvais blessé
Ayant vu s’effondrer de vaines espérances.

Au feu de mes souffrances, j’ai forgé mon armure
Et par des yeux amis identifié mes failles;
Parfois me suis nié, me suis livré bataille
Pour étouffer en moi jusqu’au moindre murmure.

J’ai voulu rejeter ma brûlante nature,
Devenir un rocher, silencieux, immobile,
Laisser glisser le monde et ses ombres futiles
Sur une peau minérale qui jamais ne fissure.

La roche n’a pas tenue, le pavois s’est brisé
A la première secousse d’une vive émotion.
J’ai volé en éclats, vu l’abîme profond
Où mon âme sombrait, distante, isolée.

J’entends encore parfois résonner en mon être
Les sinistres échos de la mélancolie.
Lorsque tombe sur moi un pesant voile d’ennui
De noirs essaims reviennent de mon mal se repaître.

Je m’enferme en moi-même, fuyant la société,
Ne voyant l’existence que comme un odieux bagne
Et ne me reste plus qu’une triste compagne
Consumant mon essence pour me mieux posséder.

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