novembre 11

Corrosion

Voici la saison lente, les jours léthargiques
Où tout se fige et sombre en une morne atonie;
Les minutes se font siècles, comateuse agonie,
Une lancinante usure, un monde neurasthénique.

Les vagues lourdes, huileuses, assaillent mon être esprit,
Rongent l’exquise flamme, corrodent mes pensées.
Un pesant voile s’étend, m’enveloppe d’obscurité.
Mon cœur, mon âme s’enlisent dans une bourbeuse nuit.

Les étoiles s’éteignent, s’étiolent les sourires
A mesure que s’enfonce cette vrille de ténèbres.
Glacé, mon corps s’effondre dans le pays funèbre
Où le froid et l’absence viennent la vie ternir.

Toute source de joie à mes lèvres est tarie.
Les feux sont étouffés, l’ivresse, amère et vide.
J’erre, presque sans force, fantôme au teint livide,
Tandis que le néant dévore mon énergie.

Où demeure l’étincelle pour ce soleil éteint?
La pétillante oiselle du printemps retrouvé
Existe-t-elle ici ou n’est-elle que rêvée?
Où se cache la lumière lorsque l’ombre m’étreint?

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août 18

Antiquaille

Je suis une mécanique ancienne, aux roues grippées,
Une enveloppe alourdie par ma longue négligence.
Mon esprit millénaire, chargé d’heures et d’absences
S’embarrasse de ce corps qu’il a longtemps nié.

Une âme courant d’air prise dans une gangue rigide,
N’ayant pas fais l’effort de bien l’apprivoiser,
Qui voudrait maintenant l’assouplir, le plier
Comme un simple roseau, une pelote qu’elle dévide.

Mais les affres du temps ont bien fait leur office;
Raideurs, maladresse, pliures douloureuses
Viennent miner l’envie, l’idée aventureuse,
Et révéler les failles de l’instable édifice.

Le cuir est trop épais, les chairs faibles et flasques,
L’armature n’a jamais vraiment été robuste.
Vouloir rendre ce roc souple comme l’arbuste
Est sinon fastidieux, hasardeux et fantasque.

Au cœur, horloge précieuse qui contrôle l’émoi,
Une serrure greffée pour le bien remonter.
Mais qui donc en ce monde possède la bonne clé?
Ses rouages déréglés le font si triste et froid…

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juillet 28

Cabotin

Connaissez-vous l’histoire de Maître Arti le Fat?
Qu’un rien fait chavirer, se pâmer sans façon
Pour une reine de bal ou une simple Suzon?
Laissez-moi vous conter cette aventure là!

Notre bellâtre vint, un jour de promenade,
A croiser belles dames comme s’il en fleurissait:
Une mystérieuse Ondine, dont le cœur souriait
Lui fit, au premier pas, le sang battre chamade.

Et dans l’allée suivante, une douce ingénue
A la Marbre blancheur cachée sous une ombrelle
Lui tourna tant les sens, attendrissante oiselle
Que notre mirliton en fut tout éperdu!

La tête tourneboulée, voici qu’il croise encor
Une petite nurse anglaise, fière et bien vertueuse.
La Candide au teint clair, l’âme noble et généreuse
Reçu plus d’une œillade de l’audacieux centaure.

A peine passe un nuage que ce simplet bélître
Salue de tout son être une brune hispanique.
Señora Francesca, cousine volcanique,
Lui inspirant tendresse depuis moult chapitres.

Et ainsi passent les heures au rythme des rencontres
Sans qu’aucune prétendante n’attire sa préférence.
Maître Arti ne dit mot et feint l’indifférence,
Il craint le ridicule si jamais il se montre.

Car nulle de ces beautés ne vient parler d’amour
Et lui ne sait comment savoir s’il est aimé.
Alors, la nuit venant, il s’endort, esseulé,
Espérant un indice lorsque poindra le jour.

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juillet 23

Marées

Dans coffret en bois aux solides ferrures,
Pris en une gangue de glace que rien ne peut briser,
J’ai remisé mon cœur pour ne plus le blesser
Et fais mouler sur lui une solide armure.

Pourtant, c’est lui qui tonne, se contracte et palpite
Lorsque vient à passer la douce et belle oiselle…
Un mot d’elle, un sourire et mon esprit chancelle,
Mes protections s’effondrent à cette vue subite.

L’émotion, indomptable, fait tomber les barrages;
Mon être rit aux anges et brûle comme un enfer;
Des châteaux en Espagne peuplés de mille chimères
Emplissent mes pensées; ma raison fait naufrage.

Alors que passe l’heure, la colombe s’envole;
Avec elle disparaît une part de mon essence;
En mon fort intérieur viennent ombre et souffrance
Soufflant loin de mon âme mon espérance folle.

La joie pâlit, s’éteint, car tombe le rideau:
L’oiselle n’est point mienne, pas même pour un instant;
C’est par pure bonté d’âme qu’elle apaise mon tourment;
Après tout, je ne suis qu’un vieil et sombre idiot.

J’ai couru trop longtemps après les dames célestes
Que mon front s’est terni sous leurs vives lumières.
Que de temps à passé! Pour moi, c’était hier!
Mais voilà que résonne la cloche au chant funeste.

Douce ondine, fée d’argent, divines apparitions,
Pardonnez mes regards et mon discours usé.
Que vous apporterait mon être fatigué ?
Vous, jeunesses éternelles, veillez à vos passions.

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juin 17

Ise Calypso

Lorsque la mélodie s’enroule sur l’écume
Reviennent à mon esprit quelques songes passés:
Quand au-delà des mondes, sur les vagues irisées
Flottait d’étranges nefs vers le pays des brumes.

Près d’une île échouée dans cette mer de nuages
Je voguais, silencieux, le cœur et l’âme sombre;
Mon esprit alourdi par de sinistres ombres
J’errais, loin de mes chaînes, vers de nouveaux rivages.

Une note, un appel, soudain, emplit les cieux,
Bondissant, cascadant, ravivant les étoiles,
Chassant mes noires pensées comme on repousse un voile;
Attiré par le son, alors, j’ouvris les yeux.

Au creux des nébuleuses drapant l’îlot perdu,
Dans le cocon émeraude d’une jungle isolée
Dansait une frêle nymphe, toute d’ambre parée,
Confiant aux ailes du vent un chant libre, ingénu.

D’un bond, je fus près d’elle, mon navire touchant terre
Tout mon être en fête, par sa voix attiré.
Alors posant sur moi son regard azuré
Cœur du vaste Océan, elle m’en fit tributaire.

Sublime et envoûtante, son aura mystérieuse
Vint à elle me lié d’un battement de cil;
D’épaisse nappes brumeuses habillèrent notre idylle
Avant qu’elle ne s’efface, destinée facétieuse.

Bercée par ses devoirs devant l’Éternité,
Incarnation divine, elle dû m’oublier,
Mais en mon cœur languide, sa marque elle a laissé
Me faisant arpenteur de son Infinité.

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mai 28

Minéral

La société humaine m’ayant par trop blessé
Lorsqu’en mon plus jeune âge, naïf et insouciant,
Je confiai mes songes à quelque autre vivant
Qui, raillant ou jaloux, s’en vint le piétiner.

Je fuis donc dans les rêves, cherchant en féerie
Un monde plus paisible, loin de ces sombres terres.
Je devins silencieux, distant de caractère,
Masquant mon cœur sensible et ma mélancolie.

Un derme minéral, armure froide, rigide
Où placer mon esprit hors de toute atteinte
Vint habiller mon corps, refusant toute étreinte,
M’isolant, solitaire, dans une coque livide.

Le temps faisant son œuvre, bien des années ont fui;
En l’absence de vie, mon âme s’est atrophiée.
Ma lourde carapace, prison s’est révélée
Laissant la solitude consumer mon esprit.

Un matin de printemps, dans ce vide intérieur
Quelques notes subtiles soudain se sont glissées.
Un chant étrange et doux est venu réveiller
Cette triste carcasse avant qu’elle ne se meurt.

Le roc s’est fissuré, suivant la mélodie
Et mes mille tourments se sont évaporés;
Depuis, j’erre ici-bas pour la retrouver
Cette voix mélodieuse qui m’a rendu la vie.

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mai 19

Altéré

Je suis tisseur de mots vecteurs de sensations;
Ils dansent sous ma plume avec une belle aisance;
Pourtant la voix me manque, l’esprit se fait absence
Lorsqu’il me faut parler, livrer mes émotions.

Face à face, je ne sais comment bien m’exprimer;
Mes paroles se font neutres, taisant ma vrai pensée;
Des flots qui me submergent, je souhaite vous épargner,
Afin de ne pas nuire, effrayer ou blesser.

Au fil de mes songes, bercés d’ondes intangibles
S’esquissent mille images, champs de tous les possibles;
Relations potentielles, présences invisibles
Faussant mes perceptions d’échos imprévisibles.

Des vagues émotionnelles doublent mon étrangeté;
Prudent, je dissimule en mon coeur ces secrets;
Je crains qu’à trop en dire ne vienne le rejet
Accroissant l’isolement de mon âme esseulée.

Je ne sais donc jamais comment, de vive voix
Aborder la passante, lui confier mon émoi,
Ouvrir enfin la porte à l’Amour espéré
Et prendre le chemin d’un bonheur partagé.

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avril 28

Primavera

Après la saison morte, comme fleurissent les bourgeons
Le coeur solitaire se dit: Pourquoi pas moi?
Il imagine alors se lovant en ses bras
Une belle et tendre amante, frémissant d’émotions.

Et lorsqu’au firmament brillent les étoiles amies
L’un et l’autre enlacés se perdent dans l’instant,
Se brûlent d’une caresse, leurs corps s’entremêlant
S’enivrent de bonheur,le volent à la nuit.

Le satin d’une peau, la douceur d’un souffle,
Le parfum envoûtant d’un langoureux baiser,
Et c’est l’âme qui flambe en un vivant brasier
Par delà les nuées sans qu’aucun ne s’essouffle.

Une discrète brise porte quelques échos
De serments murmurés, mots doux évanescents.
Lorsqu’à l’aube, épuisés, s’endorment les amants,
La brume vient les couvrir de son opaque manteau.

Ce songe empreint d’amour, l’esseulé y aspire,
Espérant que ses pas joignent sa dulcinée;
Il ne sait qui prier, dieux ou bien destinée
Pour rencontrer un jour celle pour qui il soupire.

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décembre 30

Fêlures

Au plus profond des songes, derrière miroirs et masques
Est caché une gemme, essence de mon être.
Il s’en trouve bien peu qui puisse la voir paraître,
Tant elle se dissimule sous apparences fantasques.

Elle se nourrit des joies qu’apportent quelques liens,
Mais trop baignée de peines, elle souffre d’illusions,
Prend trop vite pour amour une marque d’attention
Et s’abîme en noirceur lorsque l’espoir s’éteint.

En elle les feux alternent, tantôt lumière stellaire,
Tantôt flammes voraces, brûlant mes énergies
Ou faible lumignon dont l’éclat a pâlit
A peine une étincelle, craignant un souffle d’air.

Sa surface est marquée de plaies et de fissures
Tant elle s’est consumé de pertes silencieuses,
D’aveux non déclarés, de rêveries brumeuses;
C’est un triste calice tout marqué de blessures.

A ses pieds rodent et tournent de visqueuses vipères,
Ombres au corps sinueux, guettant la moindre faille
Pour cracher leur poison sur la plus fine entaille
Alimentant le Doute, cette horrible chimère.

Lorsque vient son murmure, tout mon être vacille
Et s’ouvre sous mes pas le gouffre d’Abandon;
C’est un mal vicieux, un affreux puits sans fond
Qui déchire mon cœur de mille et mille vrilles.

Aussi, pardonnez-moi mes peurs, mes égarements.
J’ai en moi tant de vide, d’assourdissants silences
Qui viennent saborder vos mots et ma patience
Que je puis me briser sans quelque soin constant.

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décembre 8

Glas

Il advient certains soirs lorsque l’ombre s’étend
Que d’avides ténèbres enserrent mon triste cœur…
Perdu entre deux mondes, entre ici et ailleurs,
Las de ma longue errance, je m’abîme lentement.

Viennent à moi sombres songes, teintés d’isolement,
De blême solitude et d’esprit amoindri.
Macabre sarabande où se mêle l’oubli,
Infâme décrépitude, longs sanglots, hurlements.

Vagues à vagues, lames à lames, mon être se fissure,
Pris dans une visqueuse toile, un brouillard insidieux.
Rongée par son acide, la flamme du merveilleux
S’étiole douloureusement en suintantes blessures.

Au bord de s’effondrer, alors mon âme pleure,
Implore encore une fois les entités célestes;
Elle voudrait s’envoler loin des brumes funestes
Qui corrompent son essence en d’infinies douleurs.

Sous l’épais voile noir parait une lueur,
Infime, lointain éclat faisant renaître espoir.
« Est-ce toi, mon éternelle, vivante, hors du cauchemars? »
« Viens-tu enfin à moi pour apaiser mes peurs? »

« Où n’est-ce que la Lune perçant l’obscurité? »
« Je t’en prie, révèle-toi! L’absence a trop duré! »
« Eveille-toi, libère-moi, toi, celle que j’attends! »
« Je ne puis, sans aimer, demeurer plus longtemps… »

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