mai 4

Cycle

De si jolis regards, de subtiles mouvements
Plongent un coeur meurtri dans un délicieux trouble,
Réveillent les fantômes d’une existence double
D’un être dont l’essence s’éteignait lentement.

Quelle secrète cruauté peut bien pousser la vie
A se moquer ainsi d’un esprit languissant:
Lui donner à croiser le tableau saisissant
D’une tranquille beauté tendrement assoupie.

Quel jeu sadique et froid que d’obliger un mort
A contempler une belle sortant droit de ses songes
Pour voir renaître un mal qui sourdement le ronge:
Aimer trop et sans l’être, tel est son triste sort.

Pourquoi cette torture ? L’âme est déjà brisée!
Le siège de son amour gît au sol, en morceaux.
Encore il va errer vers cette spirale de maux
Qui le laisseront hagard, faible, prêt à pleurer.

Lui voulait seulement trouver enfin repos,
Oublier cette passion pour mieux s’annihilier.
Son armure protectrice vient de se fissurer
Il court après des ombres, se perdant à nouveau.

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février 10

Titania

Dans le coeur secret d’une forêt sans nom
où mes pas hésitants m’ont un jour porté
j’ai aperçu soudain une grâce incarnée
qu’une douce lumière d’or drapait d’éclats de son.

Les images fugaces d’une tranquille rêverie
dansaient dans le reflet de son regard serein
bruns joyaux apportés d’un horizon lointain
ornés de bris d’étoiles dérobés à la nuit

Une automnale couronne rousse de son plaisir
venait auréoler son diaphane visage
et comme déposée sur ce calme rivage
sa bouche de nacre rose esquissait un sourire.

En ce jardin perdu, elle demeurait, songeuse
me laissant à loisir longtemps la contempler.
Merveilleuse créature, étrange divinité
éloignant pour un temps mes pensés nébuleuses.

Lorsque l’ombre tomba, elle repartit sans bruit
pour une belle contré d’elle seule connue.
Je vis s’évanouir l’innocente ingénue
emportant avec elle son étrange magie.

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février 9

Atone

Dans la lumière grisâtre d’un monde sans soleil
le miroir me renvoi l’image d’un astre éteint.
Les eaux brunes où surnagent quelques charbons défunts
vestiges d’un âtre mort sans souffle qui l’éveille.

Sur le reflet serpentent d’invisibles fêlures
dont les ombres dessinent des myriades d’étoiles
éclats d’argent furtifs sur le derme au teint pâle
dévoilant l’être en ruines que dissimule l’armure.

Sous la carcasse de marbre tout est peine et chaos:
les nerfs se distordent, se contractent et se tendent,
les organes convulsent en une folle sarabande
sans plus suivre du cœur le rythme ou les échos.

Autour du muscle usé, maladif, défraîchi,
des lambeaux de dentelle noirâtres et huileux
suintent le suc amer, le venin insidieux
qui alourdit la chair, lentement la pétrifient.

Dans sa sphère de ténèbres et de lamentations
se délite l’esprit au cœur de ses cauchemars.
Noyé par la tristesse d’une lutte sans espoirs
il dépose les armes et cède à l’abandon.

Cette tour n’est plus qu’une mécanique vide,
horloge dont les rouages persistent à tourner.
Les feux qui l’animaient ont cessé de brûler.
Ne restent que des cendres derrière ses murs livides.

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janvier 11

Oneiros

Sur les ailes du songe je laisse voguer ma plume
Pour éloigner mon être d’un monde de tourments.
L’encre du rêve s’écoule sur ce vélin si blanc
A mesure que mon âme s’égare dans les brumes.

Entre ses blanches volutes mes pas suivent un chemin
Conduisant au domaine d’antiques divinités.
Une sylve familière où j’aime m’aventurer,
Son épaisse frondaison cache merveilles en son sein.

Sur les rives d’un lac d’émeraude teinté
S’ébattent joyeusement quelques nymphes aux yeux clairs.
Elles dansent et virevoltent, projetant dans les airs
D’étincelantes gouttes en un voile de rosée.

La lumière complice nimbe leurs peaux nacrées
D’un reflet d’arc-en-ciel, gemmes évanescentes,
Poudre d’étoile ornant leurs tresses ruisselantes
Qu’une brise légère vient lentement disperser.

A quelques pas de là, dans un bosquet moussu,
Chantent les nobles fées de la cour d’Avalon.
Tisseuses de mélodies qu’égrainent les saisons
Au rythme de leurs voix le temps est suspendu.

Adossé à un charme plusieurs fois millénaire
Leur Prince posant sur elles son regard doré
Veille sur la quiétude du royaume enchanté
Rêvant probablement à de nouvelles chimères.

Derrière ses paupières s’ouvre l’empire de la Nuit
Où chaque créature voit son sombre reflet
Hanter l’obscurité quand le jour disparaît
Emportant les intrus dans les geôles de l’Oubli.

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décembre 22

Mirabilis

Sous la lune d’argent le lac scintillait
Changeant sa surface lisse en un curieux miroir
Où dansaient des images issues de ma mémoire
Glissant depuis mes yeux lorsque je me mirais

Dans l’onde je voyais les mille chemins possibles
Les croisements, culs de sac, les sentiers ignorés
Les actes, les conséquences, les causes oubliées
Toutes ces voies secrètes et leurs fruits invisibles

Ces routes mille fois tracées formaient d’étranges esquisses
Ici une rose radieuse, là une lame acérée
D’elles naissaient encore des tableaux familiers
Visages, scènes passées surgissant de l’abysse

Un éclair soudain vint rider les eaux claires
Quand hors des profondeurs surgit une main blanche
Puis le regard bleuté d’une nymphe vive et franche
S’extrayant d’un abyme aux couleurs mortifères

Ses doigts opalescents frôlèrent mon torse pâle
Et dans sa paume ouverte vint se lover mon coeur
Baignant dans sa lumière, blotti dans sa douceur
Il quitta ma poitrine sans me coûter un râle

Du rouge organe éclot un lys enténébré
Qui s’épanouissait, tige enserrant la chair
Le comprimant bientôt en ses étranges serres
Consumant son essence avant de se faner

Alors, d’un même élan, plante et organe noircirent
Devinrent de grises cendres, tombèrent en poussière
La surprenante naïade s’évanouit dans l’air
Le souffle me manqua et je crus bien périr

Dans le miroir du lac, mon image se troubla
Mue par une vie propre, elle quitta la surface
Elle m’arracha mon âme dans un soupir lasse
Privé de sa substance mon être s’effaça

Dans un flot d’étincelles le néant m’engloutit
Effaçant toute trace de ma maigre existence
Rêve désincarné, j’errais, plein de souffrances
Gommé par le Destin, aujourd’hui plus ne suis.

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décembre 9

Encrombre

Derrière les contreforts des montagnes obscures
Loin des prairies d’émeraude et des saules bleutés
Sous un dais fleuri d’ombres et de brumes empourprées
Je dors dans le silence de ma noire sépulture

C’est un tertre isolé en de sombres contrés
Bien au delà des mondes où les êtres s’agitent
Une terre désolée que les vivants évitent
Frontière d’un royaume à jamais oublié

Dans son ciel s’allument des étoiles écarlates
Comme autant de blessures à cette voûte infligées
Sur les champs de poussière répandant leur clarté
Entre buissons de ronces et cairns de pierres plates

Jadis s’y élevaient mille tours merveilleuses
Célébrant la grandeur d’un pays de légendes
Mais la folie, le doute, en une triste sarabande
Ont pris dans leurs filets ces terres vertueuses

Bientôt de fières seigneurs à la ruine ont couru
Portés dans leur élan par un fol souverain
Le sang d’êtres bénis lui maculant les mains
Il s’éleva en tyran avant d’être vaincu

La mort était trop douce pour un tel dément
Sur les vestiges du monde, son âme fut exilée
Depuis ce jour il veille et pour l’éternité
Le repos et la paix en vain espérant

Gardien de ce cimetière, d’un songe plus mort que vif
Les yeux sur l’horizon, le coeur dans le passé
Entre ces stèles j’erre, rêve désincarné
Jusqu’à ce qu’enfin vienne l’oubli définitif.

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septembre 6

La fée de l’ombre

Devant ma plume rétive et ce vélin si blanc
lorsque le temps s’allonge et que les mots me fuient,
pour contrer la folie, j’abandonne, je m’enfuis
noyer sous mille bruits l’écho de mon néant.

Alors j’erre, je cours, loin de mes pensées sombres
suivi par les fantômes qui s’accrochent à mes pas.
Je me perds dans la foule pour éteindre leurs voix
quitter pour quelques heures ce carcan tissé d’ombres.

Mais nulle part je ne trouve le vrai apaisement.
Mes ténèbres, toujours, reviennent me hanter.
Partout elles s’accrochent, prêtes à me dévorer,
m’empoisonnant l’esprit de mille désagréments.

Seule une voix amicale parvient à les chasser:
le rire d’une fée de l’ombre veillant sur mon épaule.
Les feux de son regard cerclé d’un trait de khôl
effacent en un instant toutes mes noires idées.

C’est pourquoi quelle que soit l’issue de ces chemins,
quels que soient mes choix pour combattre l’Ennui,
par un lien mystérieux nos âmes restent unies,
le secret de mon être et mes songes demeurent siens.

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août 27

Apsara lënalyn

Lorsque sur la grand place minuit sonna
j’errais avec ma peine et ma mélancolie
empli d’obscures pensés mon esprit s’égara
vers une étrange foule me guidèrent mes pas
attiré par l’éclat qui emplissait la nuit
devant son origine mon coeur s’arrêta.

Dans un cercle formé par le rassemblement
près d’un joueur de vielle égrainant une rengaine
se tenait une femme vêtue de simples hardes
et sur l’amère musique que produisait le barde
doucement elle dansait, silencieuse, sereine,
éblouissant le monde de gracieux mouvements.

De son ventre semblait naître l’oscillation
se propageant aux hanches en un beau roulement
qui remontait l’échine pour atteindre ses bras,
l’ondulation sublime repartant vers le bas
glissant jusqu’à ses jambes prises de frémissements
jusqu’à charger le sol de mille vibrations.

De ses gestes légers elle liait les regards
irradiant alentour une chaude lumière
se servant de son corps comme d’un envoûtement
happant dans son halo peu à peu chaque passant
elle rayonnait dans l’ombre, si simple et singulière
et moi je m’effondrais, terrassé, l’oeil hagard.

Au matin, je sortis de cette curieuse torpeur
l’esprit encore empli des brumes de cette rêverie
complètement épuisé, ne sachant où j’étais.
De ce songe intriguant plus rien ne restait
cette danseuses et son barde jamais je ne revis
mais d’elle subsiste en moi une profonde langueur.

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août 25

Aeterna umbras

Lorsque l’esprit n’est plus constamment occupé,
sans cesse il ressasse de bien sombres instants.
Alourdi par leur poids, le coeur toujours souffrant
sur un dallage de marbre vient alors s’écraser.

Ses éclats s’éparpillent en milliers d’étincelles,
esquilles de cristal teintées de gouttes carmin,
comètes à la traîne sombre s’éparpillant au loin,
où sang et minéral par un sort s’entremêlent.

De la blessure béante laissée par l’absent
s’écoule une noire bile sans discontinuer
dont l’âme vénéneuse vient s’insinuer
entre chaque parcelle de cet esprit mourant.

De ce flot se relève la cohorte des ombres
qui hante les méandres de cette mémoire usée.
Les erreurs, les regrets, les espoirs brisés,
tant de tristes fantômes surgissent de ces décombres.

Lorsque ne reste plus qu’une infime lueur
noyée sous les assauts de ces spectres décharnés,
sur son Horloge le Temps se met à reculer
rassemblant les fragments de ce malheureux coeur.

Alors la vie revient dans la blême carcasse
toujours un peu plus faible, marquée par ses souffrances.
L’être reprend le cour de sa pâle existence
jusqu’à ce qu’à nouveau les ténèbres l’enlacent.

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août 8

Et terne idée

Gouttes de nuit coulant sur un ciel chargé,
constellé de fragments renvoyant la lumière
d’un astre qui se fond dans l’ombre singulière
s’étendant lentement sur une terre oubliée.

Rouages de métal aux dentures usées
grignotés par le temps et par l’obsolescence.
Mécanique grippée en dégénérescence,
carcasse éventrée aux entrailles corrodées.

Territoire désertique à la surface brulée,
où tournent des bourrasques de sable mêlé de cendres
dont les mugissement toujours se font entendre.
Odeurs d’ozone, de foudre et d’arbres calcinés.

Jardins abandonnés où ne croissent que les ronces,
dissimulant les ruines d’une antique bâtisse.
Bosquets garnis d’épines où les ombres se glissent
agités par le vent qui hurle sans réponse.

Vastes plaines de glace où n’erre que la mort,
surface blanche brillante qui blesse le regard,
vide sans horizon où tout être s’égare,
où la raison se perd, happée par le décors.

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