décembre 13

Double

Par une brumeuse nuit de nébuleuse mémoire
Alors qu’appesanti par une longue veille
Lassé de ne pouvoir esquisser mes merveilles
Soudain je m’assoupis sur mon vieil écritoire

Une clarté lunaire venue d’on ne sait où
M’extrait de ma torpeur, attirant mon regard
Vers un mur délavé et le pâle miroir
Où flottait le reflet de mon propre dégoût.

L’évanescent panneau tout de verre fumé
Brillait tel un soleil dans cette pièce ténébreuse.
L’image rayonnait sur l’âme fuligineuse
De ce triste accessoire emprunt de vanité.

Ah, l’étrange tableau qui se dessinait là!
Au milieu du néant, une table dressée.
Un être mystérieux à chaque extrémité
Étudiant le plateau d’un échiquier de bois.

D’un geste négligeant chacun déplace une pièce
Qui donne en s’animant une fugace vision,
Un écho surgissant de mon être profond
Ranimant avec lui désire, douleur ou liesse.

Devant mon corps transi, ces deux êtres s’affrontent
L’un de pure lumière, l’autre d’obscurité.
Mais entre ces deux anges, nul mot échangé
Juste cette tension, plus rien d’autre ne compte.

« Mais quel est donc l’enjeu de cette partie funeste?
Pourquoi donner à voir à un homme brisé
L’horrible pantomime que joue la Destinée
Et le sinistre jeu que disputent les Célestes? »

Ainsi, dans ce silence, éclata mon mépris
Pour cet éloge des dupes qui se voient dirigés.
La réponse vint bien vite, cruelle, méritée
Comme une gifle infligée à mon orgueil meurtri.

De l’ombre environnante surgit une voyageuse,
Une entité ancienne sur laquelle rien n’a prise.
Dans un soupir, elle dit, sans une once de surprise:
« C’est ton âme qu’ils jouent, petite flamme ombrageuse. »

Sur la surface lisse, deux anges se faisaient face,
Dévidant devant moi le fil de l’existence.
Lors d’un ultime instant, prêts à rendre sentence
Le temps les emporta sans laisser une trace.

Alors la réflexion de mon regard changea:
Un œil devint blanc, l’autre de noir s’orna.
Les paroles de l’oracle me saisirent d’effroi
Et le sens secret de cette scène me frappa.

« Deux loup sommeillent en nous, l’un lumineux, l’autre sombre.
Qui l’emporte sur l’autre? Celui que l’on nourrit. »
Sagesse amérindienne.

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novembre 28

Le secret

Toi qui vient dans mes songes, que tendrement j’enlace, mêlant nos souffles chauds et nos douces pensés

Où donc disparais-tu quand le jour est levé? Pourquoi me laisse-tu sans lumière, sombre, vide?

J’aimerais tant avec toi vivre plus que cela, que ces étreintes en rêves, ces éphémères instants.

Ne peux-tu point rester ? Suis-je si mauvais amant? Ou bien un triste sort te tient-il enchaînée?

Chaque fois que disparaît ton apaisante présence, mon cœur manque un battement, un peu plus se fissure.

Je m’éveille en sursaut, loin du rêve chassé et laisse sur mes joues pâles tant de larmes couler.

Alors, l’œil rougis, je te recherche en vain.

Dans l’ombre d’un regard, dans le pli d’une main, chaque minute qui passe je crois te découvrir.

Mais les belles demoiselles qui me rendent sourires pâtissent de ton ombre, ne tiennent comparaison.

Prisonnier de tes yeux, de ta subtile fragrance, mon cœur blessé, aveugle, sourdement les rejette.

Et dans ma solitude, dans cette douleur secrète, mon être dépérit, je m’annihile lentement.

C’est le manque! Cette tendresse que je ne puis donner tourne à me rendre fou, brouille mes jugements.

Mon âme hurle en silence tout ce qu’elle ne peut dire, contrainte de rêver à une douce existence.

Je vis écartelé, drapé dans ma souffrance, mes souhaits se disloquant contre la réalité.

novembre 27

Cyphos

Un matin blanc de brume me tire de la nuit pâle.
Une soirée entre amis, tout était bel et bon,
Une creuse insomnie où l’esprit se morfond
Et voici que j’échoue sur ce rivage sale

Sur cette plage cendreuse où rien ne croîtra plus.
Le cimetière de mon âme, creuset de mes souffrances
Là où telle une épave s’éventre l’espérance;
Cet affreux roc où gisent mes rêves, dissolus.

Je vivais pour l’amour, des êtres, de la beauté
Chantant joie et louanges, tendresse et volupté.
Fuyant les trahisons, les complots, les cabales,
Je ne souhaitais que songes, douceur et idéal.

La vie semblait si belle et le monde lumineux
Lorsqu’un simple regard, soudain, vint tout changer.
Quelques mots merveilleux timidement échangés
Et d’un battement de cils, d’un geste devint envieux.

Dans la secrète alcôve d’un cœur empoisonné
Mille désirs prirent forme, phantasmes inassouvis
Je n’envisageait plus que d’avoir dans mon lit
Son être, langoureux, pour mieux la posséder.

Mal, douleur, cruauté que cet ersatz d’amour
Tuant le baladin et ses douces manières.
Le stupre, la luxure avilissant mes airs
Eurent tôt fait de me voir ivre et reniant le jour.

Dans les replis masqués de mon être s’implantèrent
Le poison, noir orgueil et toutes ses chimères.
Combien âpre fût la lutte pour m’en libérer!
Aujourd’hui germent encore ses fruits…Oh vanité.

Seul, sur ce rocher où se meurent tant d’instants,
Je panse les sombres traces révélant ce passé.
Et lorsque parfois, une flamme vient m’éclairer
Je quémande une étreinte pour fuir mes tourments.

Mais que peut faire une flamme contre tous mes ténèbres
Et tant d’éclats épars d’une vieille âme brisée ?
Pour survivre, elles ne peuvent qu’encore m’abandonner
Me laissant, moribond sur cette plage funèbre.

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juillet 18

Sur le fil

Petit acrobate sur ton fil affûté
Qu’est-ce qui te retient de vouloir sauter?
La nécessité de ne pas faire souffrir, ni culpabiliser
Quand la seule raison est que je ne peux plus encaisser.

Petit acrobate, quelle importance ?
Ne peux-tu être égoïste même dans la souffrance?
Il faut croire que non, même poussé jusque là
Même poussé à bout, je n’y arrive pas.

Petit acrobate, vient donc nous rejoindre
Au fond de ce gouffre plus rien n’est à craindre.
Ah vraiment ? Mais quelle garantie?
Qui me dit que ce cycle s’arrêtera ici?

Petit acrobate, tu veux donc souffrir?
Alors que ton souhait est d’enfin mourir.
Survivre ou mourir, est-ce vraiment un choix?
Je n’ai plus rien à perdre mais la Mort ne me veut pas.

Petit acrobate, cesse de penser.
Tout ce que tu as à faire, c’est laisser tomber.
Même au bord du gouffre me retiennent mes liens.
Je n’ai plus d’espoir mais on me maintient.

Petit acrobate, veux tu bien céder?
N’entends-tu donc pas ton heure sonner?
Je n’entends plus rien que mes propres sanglots
Qui noient mon esprit et brouillent mes mots.

juin 16

Châtiment

Sous la voûte céleste encombrée de nuages
Un frêle îlot de songes est venu s’échouer.
Coincé entre deux mondes, nul ne peut le trouver,
Nul ne peut atteindre son étrange rivage.

Pris dans un sombre rêve, enchaîné au réel,
Sur cette île inconnue un corps geint et s’agite;
L’esprit fragmenté en une spirale de mythes,
De mystérieux signes marquant sa chair mortelle.

De son regard voilé s’écoule une noire humeur
Se mêlant au déluge inondant cet éther.
Elle ruisselle au pied d’une germe d’Enfer
Laissant s’épanouir de méphitiques fleurs.

Les profondes racines de cette plante infernale
Enserrent avec force les pieds de ce gisant.
Elles plongent en son sein, toujours se nourrissant
De sa moindre souffrance, alimentant son mal.

Rêverait-il d’espoir, d’envol, d’évasion
Qu’aussitôt l’avide ronce lui instillerait
L’essence de son malheur, le ténébreux secret
Qui dévore son âme, consume ses illusions.

En un cruel chœur de sinistres murmures,
D’avides apparitions viennent le menacer:

« N’as-tu donc pas compris? Seul, de tous oublié,
Dans cette île prison, nourrissant tes blessures,
Loin des mondes, loin du temps, toujours tu resteras.

C’est la seule récompense que ta vie laissera,
Cette odieuse agonie, toi qui t’es cru si pur,
On te l’infligera pour l’Éternité. »

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juin 11

Manque

Il y a si longtemps que la Nef est partie,
Ce navire t’emportant vers cet autre pays.
Mon étoile, ma lumière, le poids de ton absence
Me fait courber l’échine et me déchire les sens.

Dans ma demeure de pierre, l’âtre toujours brûlant
Ne réchauffe plus mon cœur, le froid me vrille le sang.
Privé de ta présence, de ta douce énergie,
Le Temps dévore mon corps, laisse mon esprit transi.

Tout le jour, je geins, je t’appelle près de moi !
Je pleure,je désespère et mes sanglots me noient.
Mon tourment ne s’apaise que lorsque vient la nuit
Où je plonge vers le rêve loin de mon infamie.

D’une pensé je t’évoque, te trouve au creux d’un songe,
T’enlace pour chasser la douleur qui me ronge,
Retrouver ta chaleur, ton souffle élyséen
Et goutter à tes lèvres ton envoûtant parfum.

Mais quand j’ouvre les yeux, que vois-je ? Ce n’est pas toi !
Ce n’est qu’une inconnue qui m’a offert ses bras.
Elle ne peut savoir, l’inconsciente ingénue
Que m’ouvrir sa couche, c’est son trépas venu !

Ses langoureuses caresses n’attisent que ma faim,
Cet étrange appétit que ta présence éteint.
Je t’en prie, ma lumière, ne te sens pas trahie !
Elle n’est qu’une agape, doucereuse comme un fruit.

Pour ne jamais heurter ta nature délicate,
Cette bête assoiffée soumise aux lois d’Hécate
Refuse d’infliger une once de souffrance
La proie disparaîtra bien vite et en silence.

Au matin s’estompera cette nuit écarlate,
A mesure que du ciel les feux enfin éclatent,
Seule mon âme obscure demeurera entachée.
Belle dame, de toute souillure tu sera préservée.

Dès lors je retrouverai l’agonie de mes jours
Souffrant sans rien en dire, j’attendrai ton retour.

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juin 6

Memorabilis

La lune se levait, lanterne pâle et glacée dans le ciel d’hiver. Au loin hurlait un engoulevent, son cri angoissant incitant les dormeurs à resserrer leurs couvertures autour d’eux. Les branches d’arbres dénudées grinçaient au vent comme un sinistre signal.

Rassemblés devant une bonne flambée, la famille Daverne savourait une soupe chaude réchauffant leurs corps après une dure journée de labeur. Il y avait là Sequin, le père, Frosine, son épouse, Aglaé , l’aïeule et les trois enfants, Evrard, Ruon et Galvain. A leurs cotés se tenait la cousine Églantine, venue en visite pour quelques jours. Tous écoutaient le père conter comment il avait un jour roulé deux brigands cherchant à le dévaliser.

« Je les ai expédié à coups de sabots dans les ronces avant de les perdre dans le petit bois du Fauchard ! Et à ce que je sache, ils m’y cherchent encore ! »

« Chaque fois que tu nous racontes cette histoire, tu l’enjolive un peu plus, Sequin ! »

« Ah tais-toi, la mère ! » répliqua l’homme.

Et tous se mirent à éclater de rire alors que les parents se chamaillaient avec malice.

Un coup soudain frappé contre la porte les fit sursauter. Sequin fronça les sourcils et se leva, se dirigeant vers l’huis.

« Qui va là ? »lança-t-il.

Pour toute réponse, une nouvelle série de coups vint ébranler l’huis. L’homme saisit un bâton posé à coté de la porte avant de dégager la clenche et d’entrouvrir le battant. Dans la nuit glacée se tenait une silhouette humaine engoncée dans une cape dont le capuchon masquait son visage et les pans battaient au vent. Une main blanche et usée sortie de sous ce manteau se tendit vers Sequin, implorant une aumône. Le père n’était pas mauvais homme mais il demeurait près de ses sous. Aussi ouvrit-il un peu plus grand la porte en disant :

« Nous n’avons pas le sou pour un mendiant mais si tu connais quelque histoire, nous pouvons t’offrir un peu de soupe… »

La silhouette encapuchonnée hocha la tête et l’homme l’invita à entrer. Il tira un vieux tabouret près d’un coin de l’âtre et l’indiqua à l’inconnu. Ce dernier traversa la pièce silencieusement et s’assit sur le petit siège, la tête toujours inclinée vers le sol. Instinctivement, les enfants s’étaient rapprochés de leur mère à l’entrée de la silhouette. Églantine, quand à elle, s’écarta légèrement de la trajectoire suivie par l’arrivant avant d’aller saisir une écuelle et de la remplir de soupe. Sequin hochant la tête dans sa direction, la jeune fille tendit le bol fumant à l’encapuchonné. Celui-ci saisit le récipient de sa main blanche et le porta à sa bouche, les traits toujours dissimulés par sa capuche. Églantine se rassit sagement, à égale distance de la famille et de l’inconnu.

Lorsque ce dernier eut terminé sa soupe, il tendit l ‘écuelle vers la jeune fille qui s’en saisit et retourna la déposer sur la table. Elle avait vu du coin de l’œil le père faire un signe de tête négatif lorsqu’elle avait rapproché l’assiette de la marmite. Étouffant un bâillement, elle souhaita ensuite le bonsoir à tout le monde avant de rejoindre la chambre que les Daverne lui avaient préparé. Elle fit rapidement sa toilette avant de se glisser sous les draps, entendant au loin une voix rocailleuse commencer à conter.

Devant l’âtre, l’inconnu encapuchonné s’était en effet mis à parler.

« Ma rétribution pour ce bol de soupe sera donc une histoire. Aimez-vous les histoires à faire peur ? »

La famille ne pipant mot, il poursuivit :

« Mon histoire se passe dans un lointain royaume aujourd’hui oublié. Un soir de fête alors qu’ils faisaient bombance, une famille reçu la visite d’un lointain parent. Ce dernier ayant connu quelques déboires, il était sans le sou. En dernier recours, n’ayant plus que les nippes usées et déchirées qui le couvraient, il était venu mander l’aumône à ses cousins éloignés. Le maître de maison ne le reconnaissant pas, il fut fort mal reçu. On lui fit donner le bâton, on lui versa des seaux d’aisance dessus, le traita de tous les noms avant de le jeter dehors et de lui lâcher les chiens dessus. Le pauvre homme courut à en perdre haleine pour échapper aux limiers mais bientôt, il se trouva à bout de souffle et s’écroula dans un fossé. La meute ne mit pas longtemps à le trouver et le déchiqueta comme un vulgaire quartier de viande avant de laisser pourrir ce qu’elle ne dévora pas. Dans son dernier instant, l’homme maudit cette famille et réclama vengeance. Et contre toute attente, son appel fut entendu. Lorsque, au matin, les domestiques se levèrent pour ranger la maison après la fête de la veille, ils trouvèrent le maître de maison mort égorgé, la bouche remplie de pièces venant de son trésor. Sa femme avait été éventrée et jetée sur la table comme un morceau de gibier et ses enfants pendus aux tentures à l’aide des entrailles de leurs mère. Toute la salle était éclaboussée de sang alors que les chiens se régalaient encore de certains morceaux de chair arrachés aux cadavres. Les bêtes furent déclarées enragées et abattues. On leur mit sur le dos la mort de cette famille et l’histoire fut vite oubliée. Pourtant, quelques temps plus tard, la maison fut abandonnée par ses occupants sous prétexte que les spectres des défunts la hantait. Pendant ce temps, un équarrisseur d’un village proche s’installait dans une nouvelle maison grâce à une somme d’argent inespérée… »

L’inconnu se tût sur ces derniers mots, tous les regards encore tournés vers lui. Sequin suait à grosses gouttes depuis plusieurs minutes et s’était rapproché d’un buffet dans lequel il conservait les couteaux qu’il utilisait pour s’occuper des cochons l’hiver venu.

Dans la chambre, Églantine fut tirée de son sommeil en sursaut par d’affreux hurlements, des cris d’origine presque animale et des coups portés avec violence contre les meubles. Terrifiée, elle bondit hors de son lit et se glissa dans un recoin entre le lit et une commode en tremblant. La jeune fille resta blottie là jusqu’au matin, une fois que les cris eurent cessé depuis longtemps et que la porte de la maison laissée battante claqua avec violence contre son chambranle. A la lumière du jour, elle s’aventura péniblement jusque dans la grande salle, prête à fuir au moindre bruit. Et que croyez-vous qu’elle trouva ?

Sequin trônait cloué à son siège, la gorge ouverte d’une oreille à l’autre, des écus enfoncés dans la bouche. Sa femme, la pauvre Frosine, était étendue sur la table, ses entrailles éclaboussant les murs et le sol de leur contenu. L’aïeule gisait toujours dans sa chaise, un crâne grimaçant échappé de la capuche du visiteur lui déchirant la gorge. Les trois enfants étaient pendus à une poutre, leurs langues gonflées dépassant des lèvres boursouflées de leurs petits visages congestionnés. La cape de l’inconnu s’étalait au sol, révélant une cage thoracique osseuse et blanchie par le temps. Tout autour étaient répandus les os qui constituaient son corps de son vivant.

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mai 29

Egérie

Oserais-je dire au monde votre douce beauté
Quand devant un miroir parfois vous vous mirez?
Cette si belle chevelure à la teinte cuivrée
Glissant sur votre nuque d’une gracieuse légèreté,

Ce malicieux regard couleur d’ambre brun
Flamboyant tel un astre lorsque la joie l’étreint,
Vos lèvres si charmante, délicates et fines,
Écloses comme un fruit mûr à la chair purpurine

Et votre peau de lys, légèrement satinée
Qu’à chaque mouvement je rêve de frôler.
Révèlerais-je aussi les courbes enjôleuses
Que cachent habillement vos toilettes charmeuses?

Je songe avec douceurs aux secrètes volutes
Qui habillent vos membres et cette tendre chute
De reins que dissimule tous vos atours de femmes
Pour mieux conquérir l’amant qu’ils désarment!

J’aimerais tant me faire bouchon de cette fiole
Déposant chaque jour une touche sur votre col
De cette exquise fragrance qui vous pare déjà
Comme la plus grande reine que cette terre porta.

Comme les perles liquide de ce précieux parfum,
Lentement je glisserais jusque sur votre sein.
Après avoir longuement baigné tout votre corps
Je viendrais effleurer votre précieux trésor.

Hélas, mille fois hélas, un destin bien retors
Nous prive l’un de l’autre, absurde coup du sort!
Jamais nous ne pourrons même un souffle partager:
Vous êtes si vivante, moi une ombre esquissée.

mai 23

Le collectionneur

Le club était noyé dans l’obscurité que perçaient ça et là les néons carmins cerclant les tables. De temps à autres, les stroboscopes jetaient leur lumière éclatante sur la foule s’agitant sur la piste de danse. De puissantes basses projetaient leur son sur la salle sans pour autant assourdir les danseurs, ni les clients rassemblés au bar.

Assis à une table à quelques pas de la piste, Ronan observait les corps se trémousser. Ses yeux étincelaient parfois d’un éclat rubis derrière le verre teinté de ses lunettes. Il avait depuis un moment jeté son dévolu sur une belle brune aux longs cheveux lisses glissée dans une robe courte épousant délicatement ses courbes. La belle dansait avec un relâchement et une sensualité fascinante, ce qui lui valait de nombreux regards de la part des hommes présents ce soir-là. Mais, comme à son habitude, Ronan les laisserait saliver un moment avant de s’emparer de l’objet de sa convoitise sous leurs yeux envieux.

Il admira encore un moment le ballet faussement subtil de ces affamés cherchant à se rapprocher de sa proie puis se redressa de toute sa hauteur avant de fendre la foule en direction de la jeune femme. Il se plaça à deux pas d’elle et se mit alors à onduler en rythme, alignant ses mouvement sur ceux de la belle. Cette dernière lui jeta à peine un regard mais il surprit l’ébauche d’un sourire au coin de ses lèvres. Après quelques minutes, les autres candidats intéressés par la jolie brune se détournèrent, voyant leurs chances disparaître avec l’arrivée de l’homme. Il faut dire que Ronan avait plutôt belle apparence : ses boucles châtain coupées courtes encadraient son visage plutôt pâle d’un halo doré contrebalancé par l’éclat de ses yeux gris. Son corps musclé et souple habillé d’une chemise sombre et d’un jean noir moulant ne laissait personne indifférent.

Ronan prolongea son jeu avec la brune pendant plusieurs minutes puis, profitant d’une accalmie musicale, il demanda à sa cavalière si elle ne souhaitait pas boire un verre.

« J’ai cru que vous n’alliez jamais le demander ! » Lui glissa-t-elle à l’oreille.

Puis elle se dirigea vers le bar, l’homme dans son sillage.

« Deux Bloody Kisses ! » lança-t-elle au barman avant de se retourner vers Ronan.

« Vous occultez la présence de n’importe qui d’autre lorsque vous dansez, mademoiselle. »

« Maëlle ; se présenta la jeune femme ; Merci vous n’êtes pas mal non plus. »

« Ronan. » Dit l’homme en lui prenant délicatement la main.

La jolie brune le laissa faire avant de la retirer doucement.

« Enchantée, Ronan. Vous venez souvent ici ? »

« Cela m’arrive de temps à autres, oui. Mais jamais en aussi charmante compagnie. »

« Est-ce que vous essayeriez de me faire du charme, Ronan ? »

« Qui n’essayerait pas avec une aussi jolie femme ? »

L’homme surprit un autre sourire fugace sur les lèvres de la jeune femme, lui confirmant qu’il avait toutes ses chances. Leur conversation dura un moment, échange de banalités et de tentatives d’approches plus ou moins subtiles, avant que Ronan ne demande :

« Ce club est vraiment trop bruyant. Cela vous dirait d’aller prendre un verre dans un endroit plus calme ? »

La jolie brune acquiesça.

« Je vous suis. C’est vrai qu’on ne s’entend pas, ici. »

Les jeunes gens passèrent récupérer leurs manteaux au vestiaire puis se retrouvèrent dehors. Maëlle passa alors son bras sous celui de Ronan et demanda d’un ton innocent :

« Nous allons chez toi ou chez moi ? »

« Qu’est-ce que tu préfères, ma belle ? »

« J’aime bien découvrir une personne grâce à l’intérieur de son logement. »

« Alors ça sera chez moi. »dit l’homme.

Un quart d’heure plus tard, ils étaient tous deux serrés l’un contre l’autre dans l’ascenseur de l’immeuble, leurs mains commençant à explorer leurs corps alors que leur bouches se soudaient l’une à l’autre de plus en plus souvent. Un mouvement coordonné de leur part referma la porte de l’appartement de l’homme alors que leurs vêtements commençaient à se détacher de leurs corps comme s’ils avaient une vie propre. Lorsqu’ils atteignirent le lit, il ne leur restait qu’un caleçon pour lui et un tanga de dentelles pour elle. Ils se jetèrent alors l’un sur l’autre sans aucune retenue, s’enlaçant, se pétrissant et se mordillant pour mieux embraser encore leur désir commun. Ronan laissa ses doigts et sa langue explorer tout le corps de sa partenaire en la dévorant des yeux. Maëlle ne fut pas en restes, parcourant elle aussi la peau de l’homme avec ses ongles, ses lèvres et toute l’imagination que pouvait avoir ses gestes. Leurs étreintes enflammées les menèrent à plusieurs reprises vers l’extase avant qu’ils ne s’écroulent, leurs membres et leurs corps mêlés, épuisés mais satisfaits.

Lorsqu’il commença à entendre le souffle de la jeune femme devenir plus régulier, Ronan rapprocha son visage du creux du cou de cette dernière et retroussa les lèvres. Un rayon de lune fit étinceler ses crocs à l’instant où ils perçaient la peau douce et parfumée. Les paupières de la jolie brune battirent mais le vampire l’enlaça plus solidement, l’empêchant de se débattre sans pour autant risquer de la blesser. Il tenait à conserver une certaine douceur ainsi qu’une forme de sensualité dans l’acte de se nourrir. Il ne déchirait ni n’abîmait jamais le corps de sa proie, à la différence de certaines goules qu’il avait croisé.

Emprisonnée dans son étreinte, Maëlle s’agitait un peu mais ses forces faiblissaient à mesure que lui s’abreuvait de son sang doucereux. Ronan entendait le cœur de la jolie brune ralentir petit à petit alors que la vie diminuait en elle.

« Ne me tue pas, pitié. »Murmura-t-elle en tournant son regard noisette vers les yeux gris de l’homme.

Allez savoir pourquoi, le vampire en fut touché. Il relâcha un instant sa prise et demanda :

« Que m’offres-tu pour ta vie ? »

« Je n’ai rien à t’offrir que moi… » répondit la jolie brune dont le regard s’éteignait.

« Alors, je t’ai déjà tout pris, jolie fleur… » dit Ronan avec douceur.

Puis il enlaça plus tendrement la jolie Maëlle, la berçant entre ses bras alors que les derniers signes de vie la quittaient.

Lorsque sa flamme se fut totalement éteinte, le vampire ramassa leurs vêtements, rhabilla la jeune femme et repassa les siens avant de soulever le corps inerte comme s’il s’agissait d’une simple dormeuse et quitta l’appartement qu’il s’était approprié pour l’occasion. Il regagna sa tanière quelque part dans un sous-sol oublié et plaça la dépouille de la belle dans un aquarium de verre où il versa une substance cristalline. Une fois que la substance se serait solidifié, la belle défunte irait en rejoindre d’autres dans la collection personnelle de Ronan, conservée dans sa beauté et sa fraîcheur pour l’éternité.

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mai 23

Chronoprisonnier

Elfes évanescentes, princesses des temps anciens,
Silhouettes entraperçues dans un mouvement subtile;
Demoiselles passantes sous des regards fébriles
Qui firent battre mon cœur d’un élan souverain

Aujourd’hui n’êtes plus que souvenirs perdus.
Spectres d’ombre, fumées et brumes vaporeuses
Avalées par le Temps et sa course furieuse,
De nos histoires ne restent que mon amour déchu.

Le Monstre jamais repu sur moi n’a pas de prise
Hormis de m’infliger d’innombrables blessures.
Il torture mon âme, la malmène, la fissure,
Maintenant sa pressions jusqu’à ce qu’elle se brise.

Sur bien des éons, il en jette les fragments,
Me plaçant en témoin d’une fuite inexorable:
Celle de son appétit, féroce et redoutable
Qui conduit toute vie vers ses derniers instants.

Dans mes veines, il répand son funeste poison,
Envahit mon esprit de son sinistre glas,
Fiche dans mon pauvre cœur de la peine chaque éclat
Que ravivent les flots d’anciennes émotions.

Pleure mon âme de tant de passions oubliées,
Coulent les larmes huileuses, regrets, incertitudes;
Tout mon être s’étiole, pétrit de solitude,
N’étant jamais perçu qu’en triste passager.

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