avril 7

Lunamor

L’homme et sa monture avançaient au pas sous l’épaisse frondaison, l’un et l’autre prenant garde aux branches basses et aux racines traîtresses. Par instants, l’éclat fugace d’un rayon de soleil faisait rutiler l’écu accroché à la selle du cheval : une rose des vents sur fond carmin. Le haubert de cuir du cavalier émettait parfois un grincement lorsque ce dernier rajustait son assiette. Les heures de chevauchée à travers les plaines et les collines de Lunamor commençaient à avoir raison de lui. Sa quête l’avait mené bien loin de son domaine et cela depuis bien longtemps. Il ne connaissait plus que les nuits de mauvais sommeil à même le sol, émaillées du rare confort d’une grange à foin qu’un serf était disposé à lui laisser accessible.

Lorsque l’épuisement se faisait trop pesant, il portait machinalement sa main vers la chaîne pensant à son cou. Le simple contact du petit boîtier en plomb suspendu là ravivait son énergie. Le souvenir rattaché à ce qu’il contenait resurgissait avec toute sa force, galvanisant le corps fourbu du chevalier.

Le cri d’un engoulevent fit sursauter l’homme sur sa selle. Instinctivement, sa main droite se porta vers la garde de l’épée pendant à son coté. Mortefontaines, cette forêt dans laquelle son chemin l’avait porté était réputée hantée. Bon nombre de ceux qui s’y étaient aventuré n’avaient jamais reparu. On la disait peuplée de créatures maléfiques et environnée de sortilèges. Mais en bon chevalier qu’il était, lui ne croyait pas à ces racontars.

Se raffermissant sur sa monture, il lui pressa le flanc pour l’encourager. Docile, le cheval continua sa progression sur le sentier tortueux. Curieusement, les maléfices censés égarer le voyageur semblaient inactifs. Le petit chemin forestier qu’avait emprunté l’homme dès son entrée sous les frondaisons le menait vraisemblablement vers le cœur de Mortefontaines.

Les méandres de la futaie se ressemblant tous, le cavalier finit par perdre la notion du temps. Il commençait à ne plus savoir depuis combien de temps il était engagé sur cette sente. La masse végétale semblait progressivement l’absorber.

« Mortefontaines, je ne te crains point ! Moi, Kedwen de Quartvent, ne resterai pas ton captif ! » cria-t-il d’un voix puissante pour se donner courage.

Le bruissement de la légère brise qui animait ramures et buissons continua, imperturbable.

Lorsqu’il lui sembla qu’il ne pourrait bientôt plus tenir en selle malgré la lumière filtrant toujours à travers les hautes branches, le cavalier se mit en quête d’un espace un peu plus dégagé entre les troncs noueux et les broussailles pour s’arrêter. C’est alors que sa monture déboucha dans une clairière légèrement pentue. Au sommet de la petite butte se dressait une humble bâtisse, assemblage étrange de pierres et de bois doté d’une cheminée d’où s’élevait un léger panache de fumée blanche. Assis sur une pierre couchée devant cette maison se tenait un être dont les traits étaient en partie dissimulés par une capuche de lin sombre. A l’approche du cavalier et de sa monture, la silhouette se redressa et saisit un bâton posé à sa portée.

« N’ayez crainte, je viens en paix ; fit Kedwen en levant une main en guise de salutation ; Je viens de faire un long voyage et souhaiterais, s’il vous sied, profiter de votre hospitalité. »

« Qu’est-ce qui amène un noble sire si loin dans nostre forêt ? » demanda l’être d’une voix tranquille.
L’intonation était toute féminine mais non dénuée de force. Une intuition décida le chevalier à répondre avec franchise.

« La recherche d’une dame chère à mon cœur que des brigands ont enlevée et conduite dans ces sombres contrées. »

« A la bonne porte tu viens de frapper, noble chevalier. Je puis certainement t’indiquer la voie à suivre. Mais je vois à ta mine que la journée fût longue. Le soir descend sur la forêt, c’est un moment peu sûr pour continuer ta route. J’accepte de t’accueillir pour la nuit car ton cœur est pur. Attaches ta monture et entre chez moi. »

Sentant la fatigue peser encore plus lourdement sur ses épaules, Kedwen descendit de son cheval avant de le conduire à quelques pas de la bicoque. L’inconnue avait gravi les marches menant à la porte et se tenait sur le seuil de la maison.

« Avant que tu passes la porte, je te demanderai de te défaire de tes armes. Nul mal ne te guette chez moi et je n’y tolère pas d’instrument de mort. » dit son hôtesse en lui barrant le passage.

Ne souhaitant pas vexer celle qui lui offrait cette providentielle halte, le chevalier se défit de son épée qu’il déposa avec son écu et sa selle à quelques pas de sa monture. Il se présenta ensuite devant la femme qui lui ouvrit cette fois le passage.

L’intérieur de la chaumière était rustiquement meublé mais paraissait parfaitement propre et fonctionnel. Un modeste feu brûlait dans l’âtre, faisant danser les ombres s’allongeant dans la lumière du couchant.

« Le souper est presque prêt. »fit son hôtesse en l’invitant à s’asseoir sur un banc disposé à proximité du foyer.

Kedwen accepta l’invitation et demanda :

« Puis-je savoir qui je dois remercier pour cet accueil bienvenu ? »

Lui tournant le dos, son hôtesse se débarrassa de la lourde cape et du capuchon qui la dissimulaient avant de lui faire face.

« Mon nom est Mawen, noble chevalier. Et je connais le votre. Vous l’avez crié dans le vent un peu plus tôt. »

Devant le chevalier ébahi se tenait une belle femme aux longs cheveux bruns et à la peau légèrement hâlée par le soleil. Son visage délicat était illuminé par l’éclat de ses yeux couleur d’ambre. Pendant un instant, l’homme fut ébloui par tant de beauté et de pureté. Il se ressaisit, s’apercevant qu’il dévisageait celle qui lui faisait face et détourna les yeux vers les flammes crépitantes.

« Veuillez me pardonner, dame Mawen, mais ne craigniez-vous pas les malandrins dans cette sombre forêt ? »

« Je vis suffisamment à l’écart pour ne pas attirer leur attention. Bien peu s’aventure si loin dans les bois. »

Kedwen fit silence pendant plusieurs minutes, son hôtesse dressant une table avec ses modestes biens.

« Vous disiez pouvoir m’indiquer le chemin vers ceux qui ont enlevé ma mie. »

« Chaque chose en son temps, noble sire. Le repas est prêt. Mangeons. »

L’homme et la femme s’attablèrent ensemble et s’absorbèrent silencieusement dans le contenu de leur plat. De temps à autres, Kedwen risquait un coup d’oeil vers celle qui l’accueillait, fasciné. Elle se contentait de manger, une ébauche de sourire malicieux sur les lèvres. Soudainement, elle redressa la tête, surprenant le regard du chevalier.

« Qu’y-a-t-il donc qui vous intrigue comme cela, sire Kedwen ? » demanda-t-elle en plantant ses yeux dans ceux de l’homme.

« Sur mon honneur, dame Mawen, je vous présente mes excuses… Je ne puis m’empêcher de songer aux dangers qui menacent une si belle créature vivant seule dans ces bois… »

« Vous me trouvez donc belle ? »

« Les dieux m’en soient témoins, vous êtres l’une des plus belles femmes qu’il m’ait été donné de contempler… »

Un mystérieux sourire plissa les lèvres de Mawen.

« Ressaisissez-vous, chevalier. Pour un peu, vous oublierez votre quête… Et votre soupe va refroidir. Quand aux menaces, n’ayez crainte. Je sais me défendre… »

Ils achevèrent leur repas dans le silence, Kedwen se forçant à conserver son regard rivé sur le contenu de son assiette. Un éclat dans le regard de son hôtesse l’avait dissuadé de pousser son questionnement plus avant.

Le souper terminé, Mawen se leva et se dirigea vers un coin de la bâtisse plongé dans les ténèbres.

« Je ne dispose que d’un lit mais je puis vous proposer une couche de paille et de jonc pour vous reposer, noble sire. »

« Cela sera parfait aux vues de ce que j’ai connu ce temps derniers. »

« Très bien. Un baquet d’eau fraîche et quelques autres commodités se trouvent derrière ce rideau. » lui indiqua la femme.

Kedwen acquiesça avant de se diriger vers la tenture séparant cette salle d’eau improvisée du reste de la demeure.

Lorsqu’il eut achevé ses ablutions, il revint dans la pièce principale. Mawen avait gagnée son lit armoire et refermait la porte du meuble.

« Dame Mawen, qu’en est-il de mon chemin ? »

« Nous verrons cela demain, sire Kedwen. La nuit est tombée. Il n’est plus temps de parler ou de cheminer. L’heure est au repos. »

Et la femme verrouilla le panneau de bois qui la séparait de la pièce principale. Le chevalier se résigna alors et, se débarrassant de ses bottes et de son haubert, s’installa sur la paillasse improvisée que lui avait dressé son hôtesse. A sa surprise, il trouva la couche fort confortable et, malgré ses interrogations, ne tarda pas à s’endormir.

Un froissement de tissu léger le tira de ses rêves au cœur de la nuit. Ouvrant les yeux, il découvrit la maison plongée dans les ténèbres avec ça et là les tâches claires d’un rayon de lune. Le feu dans l’âtre achevait de se consumer en silence. A quelques pas de lui se tenait son hôtesse en chemise de nuit. Intrigué, Kedwen se redressa sur un bras. La femme se planta alors dans le cercle argenté d’un rais lunaire en plongeant son regard dans celui du chevalier. Quelque chose en elle avait changé. Ce n’est qu’en ayant battu des yeux quelques instant que l’homme réalisa en quoi : sa chevelure brune avait pris une teinte laiteuse, tout comme sa peau et ses yeux d’ambre s’étaient mués en puits d’obscurité. Il sursauta et fut pris d’un frisson alors que la femme le dévisageait toujours. Mawen défit alors le lacet maintenant en place sa chemise et la laissa tomber sur le sol, révélant son corps nu à la vue de l’homme.

« Aimes-tu ce que tu vois, beau chevalier ? » interrogea-t-elle.

L’homme déglutit avec difficulté devant cette vision soudaine. Le corps de son hôtesse était tout aussi désirable que séduisant. Elle s’approcha de lui jusqu’à le frôler.

« Veux-tu partager mon lit ? » insista l’apparition.

Elle tendit alors la main et la posa sur le torse de l’homme.

« Je connais de merveilleuses façons de passer le temps… »ajouta-t-elle avec un rictus lubrique.

D’un leste mouvement, elle enjamba la paillasse avant de s’installer à califourchon sur les cuisses de son invité. Celui-ci frémit au contact de la peau de son hôtesse : elle était glacée mais faisait pourtant monter en lui une vive chaleur. Il réagit enfin en saisissant son médaillon, tentant de reculer vers le mur.

« Dame Mawen, vous ne semblez pas dans votre état normal. De plus, je suis lié par un serment… »

« Oublie la gourgandine à qui tu as prêté ce serment… Elle ne sera jamais aussi douée que moi pour les choses de l’amour… » répondit la femme d’une voix langoureuse.

Tenant fermement son pendentif, Kedwen s’écarta un peu plus.

« Non, dame Mawen. J’ai prêté serment sur mon honneur. Je ne me dédirai pas… »

A ces mots, l’atmosphère changea du tout au tout : la douce chaleur du logis disparut pour céder la place à un froid mordant. La femme se redressa, son corps s’auréolant de colère.

« Quoi ? Tu oses me rejeter ? Moi qui t’ai accueilli sous mon toit, t’ai offert gîte et couvert ? Tu te refuses à moi sous prétexte d’un serment sans valeur offert à une souillon ? Sais-tu qui je suis ? »

Kedwen recula encore en voyant son hôtesse se mettre à flamboyer de rage. La cabane autour d’eux s’évanouit. A sa place apparut le sommet de la butte sur laquelle ils se tenaient, couronnée de pierres gravées de motifs étranges. La frayeur mordit cruellement le chevalier lorsqu’il reconnut là un tertre funéraire. Mais son effroi s’agrandit encore lorsqu’il vit la terre au pied des monolithes s’ouvrir et des cadavres en armes en sortir.

« Petit chevalier, tu es fais ! Rien ne viendra te sauver. Si tu te refuses à moi, alors mes soupirants se chargerons de toi !; glapit la créature qui était femme ; Cèdes et tu ne craindras plus rien. Tu aimeras même cela. »

« Non ! Sur mon honneur, je ne trahirai pas celle à qui je me suis voué corps et âme ! Elle est l’unique à qui se destine mon cœur et rien ne me fera faillir ! »

Le chevalier s’agenouilla alors, serrant toujours fermement son médaillon, attendant la mort qui arrivait. La femme hurla de toute sa rage, les morts martelèrent le sol de leurs pieds bottés et levèrent leurs armes, prêts à frapper. Kedwen ferma les yeux, acceptant son sort. La voix radoucie de son hôtesse vint alors murmurer à son oreille :

« Brave chevalier, tu as prouvé ta valeur et ton dévouement. Tu trouveras celle que tu cherches endormie au pied du tertre. Va, maintenant et garde ton honneur sans tâches ! »

Puis la voix s’évanouit, laissant place au chuintement de la brise dans les futaies. L’homme ouvrit les yeux et découvrit la butte déserte. Ni pierres levées, ni morts grimaçants, ni démon furieux ; tout avait disparu. Son cheval paissait tranquillement, ses affaires posées sur le sol à quelques pas. Au pied de la colline, il apercevait une forme étendue près d’un tronc moussu. Aussitôt, il bondit sur ses pieds et dévala la pente. La belle Hylde l’attendait là, sortant d’un long sommeil en battant des cils. Dès que les deux amants s’aperçurent, ils se jetèrent dans les bras l’un de l’autre. Le premier rayon du soleil perça alors les frondaisons. Après de longues embrassades, Kedwen, saisit sa douce par la taille et la conduisit près de sa monture. Il sella cette dernière, fit monté sa promise en croupe et, guidant le cheval par la bride, s’enfonça à travers les broussailles, son amour perdu enfin retrouvé.

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avril 4

Le spectre

Le vent effilochait les nappes de brume enveloppant le vieux château. Si le ciel de plomb ne suffisait pas, la douleur lancinante qui courrait dans ses phalanges et dans ses genoux usés aurait renseigné Iula sur le temps à venir ; la pluie arrivait à grands pas.

« Nous allons avoir une belle averse, Oswin. » chevrota-t-elle en direction de la cheminée, là où se tenait le vieux braque lorsqu’il était encore de ce monde.

Le regard délavé par le temps de l’octogénaire dériva sur les pierres disjointes et les fenêtres ouvertes à tous les vents de la ruine au sommet de sa butte. Quel beau manoir cela avait été, du temps de sa jeunesse ! Mais ses occupants l’avaient quitté depuis si longtemps, maintenant. Iula revoyait encore les splendides voitures venant décharger leurs riches occupants lors de fastueuses fêtes.

« La plus belle était la Célébration du Printemps… »murmura la vieille femme.

A cette évocation, la ruine semblait reprendre vie. Ses murs effondrés se redressaient, arborant leurs fières couleurs d’autrefois, des guirlandes de fleurs fraîches étaient suspendues sur les façades et dans les couloirs et des tentures vaporeuses habillaient les murs de la salle de bal. Et les toilettes de ces messieurs et dames ! Qu’ils étaient beaux ! Iula les revoyait tournoyer dans des robes chamarrées et des capes de velours. Elle distinguait même la silhouette du comte dans sa sombre redingote se tenant sur le balcon du premier étage…

Sortant de sa rêverie, la petite vieille cligna des yeux pour chasser ces fantômes surgis du passé. Elle se rapprocha alors de la vitre pour mieux voir car il lui semblait que la silhouette sombre était toujours là, sur ce balcon à demi détruit. Pas de doute, il y avait bien quelqu’un là-haut.

Pendant quelques instant, Iula s’interrogea sur la conduite à adopter. Comme ses parents avant elle, elle avait hérité de la charge de gardienne du domaine. Mais les occupants étaient partis depuis si longtemps qu’ils avaient sans doute oublié l’existence de ce petit bout de terre perdu dans la campagne profonde. Jamais personne ne passait par ici, hormis le garde chasse lors de ses tournées d’inspection. Il en profitait pour lui déposer son courrier et s’assurer qu’elle ne manquait de rien.

Toute à ses réflexions, la vieillarde trottina vers la porte, attrapant son châle sur le dossier d’une chaise pour s’en couvrir les épaules. Parvenue devant l’huis, elle ouvrit le battant de bois et s’avança sur le seuil de son logis.

« Ohé ; appela-t-elle ; que faites-vous par ici ? »

Mais seul le vent lui répondit. La vieille plissa les yeux pour mieux voir : l’ombre avait disparue. Le manoir en ruines se tenait sur son sommet, vide de toute présence.

« Allons bon, voilà que je vois des choses qui n’en sont pas, mon vieil Oswin. Iula, tu dérailles. » dit-elle en refermant la porte.

Chassant le frisson qui la saisissait à cause de l’air humide, elle referma la porte et se dirigea vers sa cuisinière pour mettre de l’eau à chauffer. Lorsque le liquide fut à la bonne température, elle y laissa glisser quelques feuilles de thé et oublia bien vite l’incident, se délectant de l’odeur que ces dernières dégageaient. Elle s’installa confortablement dans son fauteuil favori avec une tasse du délicieux mélange et, bercée par la douce chaleur du feu dans la cheminée, ne tarda pas à s’assoupir.

Plusieurs heures avaient passées lorsque la petite vieille fut tirée de son sommeil par des coups frappés à la porte. La nuit était tombée et l’unique lueur éclairant la demeure était le rougeoiement des braises. Dehors, le vent soufflait comme toujours, faisant battre les volets et s’écraser la pluie contre les vitres de la bicoque. Iula s’extirpa non sans mal de son fauteuil puis, resserrant son châle autour de ses épaules, se dirigea vers le battant. Au passage, elle se saisit de sa canne pour assurer ses appuis ; une douleur dans sa hanche s’était réveillée en même temps qu’elle.

Cheminant lentement, elle parvint devant l’huis et demanda :

« Qui est là ? »

« Le comte d’Aisignan ! » répondit une voix grave.

« Monsieur ? » s’exclama la vieille dame.

Aussitôt, elle déverrouilla le battant et l’ouvrit.

« Entrez ! Ne restez pas au dehors par ce temps ! »

En effet, sur le seuil se tenait un bel homme d’âge mur, enveloppé d’un manteau de brocart noir, ses longs cheveux bruns lissés vers l’arrière. Quelques gouttes de pluie glissaient sur son visage, ce qui ne semblait pas le gêner outre mesure. Pourtant à quelques pas de lui, la petite vieille percevait un halo flou autour de sa personne. Elle mit cela sur le compte de son âge et de sa vue baissant.

A son invitation, l’homme entra dans la pièce en s’ébrouant légèrement.

« Installez-vous, je vais remettre une bûche dans la cheminée. Il fait un temps à attraper la mort ! » dit-elle.

Pendant que son visiteur se rapprochait du foyer, Iula s’affaira à mettre un peu d’ordre, faire chauffer de l’eau et préparer une collation pour lui.

« Voilà bien longtemps que je suis parti. Mon si beau château est à l’abandon… » dit le comte en se frictionnant les mains devant le feu.

« Le temps a fait son œuvre. Et je suis une bien petite chose face à lui… »s’excusa l’octogénaire.

« Je ne vous blâme pas, Iula. Que pourrait une femme seule contre les méfaits du temps. Mes héritiers ont abandonné les lieux, sans aucun respect pour la terre de leurs ancêtres. »

L’homme se laissa tomber sur un siège et indiqua son fauteuil à la gardienne.

« Asseyez-vous, Iula. Nous avons à parler. »

Sa hanche la lançant de plus belles, la vieillarde se glissa sur son siège, non sans avoir déposé quelques biscuit et une théière fumante sur un petit guéridon.

« Que peut une vieille femme comme moi pour votre seigneurie ? » dit-elle docilement.

« Racontez-moi donc ce que vous avez fait tout ce temps. J’ai besoin de savoir quelles sont les nouvelles du village maintenant que je suis revenu. »

Alors, Iula se mit à raconter : la vie du village lointain, les hauts et les bas des derniers occupants du château, l’incendie qui l’avait ravagé à cause d’un feu mal éteint, son abandon et sa lente décrépitude comme plus personne ne se souvenait de son existence. Elle parla longtemps, comme elle aurait parlé avec un vieil ami plutôt qu’avec le seigneur du domaine dont elle était la gardienne. Et l’homme la laissa raconter sans l’interrompre, se contentant de hocher la tête par moments.

Lorsqu’elle s’arrêta, la bûche qu’elle avait ajouté sur les braises était déjà grandement consumée.

« Mon dieu, que je suis bavarde ! Veuillez me pardonner, monsieur le comte. Je manque à tous mes devoirs… »termina-t-elle.

« Ne vous en faîtes pas, Iula. Vous les avez plus que largement remplis jusqu’à présent. »dit l’homme.

La petite vieille l’observa alors avec attention.

« Vous n’êtes pas monsieur le comte, n’est-ce pas ? »

Le visiteur laissa passer quelques secondes avant de répondre.

« Non, en effet, vous m’avez démasqué. »

« Mais qui êtes-vous, alors ? Et que faîtes-vous là ? »

L’inconnu se redressa gracieusement et s’approcha de la petite vieille pour lui saisir la main.

« Je suis venu vous emmener, Iula. »

« M’emmener ? Où ça ? »

« Loin. Loin d’ici, de cette contré oubliée, de votre grand âge et de vos regrets. »

L’octogénaire le regardait sans comprendre ce qu’il voulait dire.

« Venez, Iula. Il est temps de partir. Tout le monde vous attend. »

« Tout le monde ? »

« Oui, tout le monde. Annabelle, votre cousine, votre chien Oswin et Poul Bradley aussi. »

« Poul Bradley ? Mais il est mort il y a au moins quarante ans ! »

« Ceci importe peu là où nous nous rendons. »

Tout en parlant, il avait doucement mis la vieille dame sur ses jambes et, la tenant galamment par le bras, il la guidait vers la porte. Cette dernière s’ouvrit sans qu’il la touche, dévoilant le chemin qui montait vers le sommet de la colline baignant dans le clair de lune. La pluie qui battait encore l’instant d’avant semblait avoir disparue.

« Allons-y, Iula. Une nouvelle vie vous attend… »

Et, sur ces mots mystérieux, il guida la petite vieille sur la sente. Ils disparurent de l’autre coté de la colline alors que la dernière étincelle de lumière s’évanouissait avec le feu mourant dans l’âtre, plongeant la petite maison dans l’obscurité.

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avril 3

Airain

« Le sommet du monde ! Un expérience inoubliable ! Vous en resterez soufflés ! Quelle blague !; pestait Neil ; Ils ont oublié de mentionner la neige, le froid et mon guide qui s’évapore au milieu de nulle part ! »

Le jeune homme tentait vainement de se repérer au milieu de se paysage blanc où ciel et terre se confondaient.

Il était parti aux premières lueurs de l’aube alors qu’une belle journée s’annonçait pour une expédition qui devait le conduire à la cime du Mont d’Airain. Un ami lui avait recommandé le voyage, lui qui voulait contempler la nature dans sa pure splendeur. Neil avait donc acquis le matériel nécessaire, contacté un guide réputé et s’était lancé.

Les premières heures avaient été rudes. Neil n’était pas particulièrement sportif mais misait sur sa détermination pour parvenir à son but. Il avait bien tenté d’engager la conversation avec son guide mais celui-ci s’était révélé plutôt taciturne, l’encourageant à garder son souffle pour la montée.

Après plusieurs heures de marche, les sapins qui environnaient le sentier s’étaient progressivement couverts de blanc alors que le ciel s’assombrissait. Bientôt, tout le paysage devint uniformément blanc, avec ça et là quelques affleurements rocheux recouverts de givre.

Le guide les arrêta dans un creux granitique le temps qu’ils se restaurent. Cette courte pause fut accueillie avec satisfaction par Neil dont la respiration s’approchait depuis un moment du bruit d’un soufflet de forge. Pourtant, le jeune homme ne se plaignait pas. Il essayait de suivre le rythme imposé par l’homme qui l’emmenait, prenant cette épreuve comme un défi, un challenge personnel.

Une fois que les deux hommes eurent déjeuné, ils reprirent leur marche.

« Nous devons accélérer si nous voulons atteindre le sommet avant la nuit. » lâcha le guide.

Neil acquiesça et aligna son pas sur celui de l’homme. De temps à autres, il jetait un œil aux alentours, cherchant les points de repère dont pouvait se servir celui qui ouvrait la marche pour les emmener dans la bonne direction.

Plusieurs heures passèrent à nouveau sans que les deux randonneurs n’échangent une parole. Le silence du monde qui les entourait était seulement peuplé du craquement de la neige dont la couche s’épaississait sous leurs pas.

Soudain, alors que le guide contournait un promontoire rocheux à demi enfoui, il disparut à la vue du jeune homme. Concentré sur sa progression, Neil n’y prêta pas attention sur l’instant. Ce n’est que lorsqu’il releva la tête un moment plus tard, ayant lui-même passé l’angle du monticule de pierre, qu’il s’aperçut que plus personne ne le précédait. Surpris, il regarda autour de lui, essayant de voir dans quelle anomalie du terrain son guide pouvait avoir disparu. Mais il ne vit rien. Plus aucune trace dans la neige au devant, pas un cri, pas un son, juste ce champ de neige parsemé de roches.

« Ohé ! » appela-t-il.

Seul l’écho de son propre cri lui répondit.

« Bergson ! Où êtes-vous ? »

Rien. Juste le silence.

Pendant plusieurs minutes, Neil ne sût que faire. Voilà qu’il se retrouvait seul, perdu au milieu de nulle part.

Une soudaine bourrasque de neige le décida. Il ne pouvait pas rester sur place indéfiniment. La plus sage décision était de rebrousser chemin en suivant ses propres traces. Avec un peu de chance, il pourrait rejoindre leur point de départ avant la nuit. Il ne devait pas traîner, d’autant que le ciel devenait de plus en plus menaçant.

Jetant un dernier regard vers le sommet et les alentours, il commença à revenir sur ses traces. Mais sa progression s’avéra plus difficile. La bourrasque qui l’avait décidé n’était que l’annonciatrice du changement de temps. Le ciel s’était complètement bouché et le vent s’était levé, emportant avec lui de nombreux flocons qui réduisaient progressivement la visibilité du jeune homme. Bientôt, il se trouva désorienté. Ses traces s’effaçaient rapidement à mesure que le blizzard les balayait. Les forces du jeune homme s’épuisaient rapidement tandis qu’il lutait contre les éléments. A bout de souffle, il se réfugia dans un creux de roche alors qu’il ne voyait pas à plus d’un mètre.

« Un cauchemar, c’est un cauchemar ! »murmura-t-il, frigorifié. « Je ne peux pas continuer. Je vais attendre que la neige s’arrête… »

Neil se pelotonna dans le creux du rocher pour se mettre à l’abri du vent et tenter de se réchauffer. Il perdit rapidement la notion du temps, le blizzard hurlant continuellement et battant la roche au dessus de lui. Gagné par la fatigue, le jeune homme dodelinait de la tête. Ses paupières devenaient lourdes et il avait du mal à rester éveillé. Bientôt, il sombra dans un sommeil agité.

Un crissement contre la roche le tira brutalement de sa torpeur. C’était une sorte de frottement métallique qui faisait résonner la pierre, un son qui n’avait rien de naturel. Neil ouvrit les yeux, essayant de voir d’où provenait ce bruit. Il constata que le vent s’était calmé mais que la neige tombait toujours. Le crissement se répéta, plus proche. Le jeune homme se remit sur ses pieds, scrutant le paysage qui l’entourait pour en deviner la provenance. Il se glissa à l’extérieur de son refuge alors que le son se faisait entendre une nouvelle fois, plus proche encore et plus inquiétant.

Debout dans la neige, Neil écarquillait les yeux. Une peur ancienne commençait à lui tordre les entrailles. Un craquement sur sa droite attira son attention. Une forme massive se dessinait à quelques mètres de lui. La roche crissa à nouveau et la couche neigeuse craqua sous le poids de quelque chose de très lourd alors que la forme indistinct se rapprochait. Le jeune homme vit luire deux éclats oranges tandis qu’un souffle chargé d’odeurs pestilentielles lui montait aux narines. Un rugissement semblant venir des profondeurs de l’enfer éclata.

Sans réfléchir, le jeune homme tourna le dos à la chose et se mit à courir pour s’en éloigner. La panique le gagnait. Il n’avait plus qu’une envie : quitter au plus vite cette montagne. Une forte secousse de la couche neigeuse informa le jeune homme que la chose se lançait à sa poursuite. Le sol tremblait sous ses pieds. L’horrible odeur était de plus en plus forte. Un crissement métallique bien plus proche lui fit dresser les cheveux sur la tête. Neil accéléra encore sa course. Il ne voyait pas où il allait, ne pensait à rien. Seule la perspective d’échapper à la chose le poussait.

Soudain, le sol se déroba sous ses pieds. Il se sentit chuter et hurla, imaginant sans peine les parois hérissés de roches qui interrompraient sa chute. Mai au denier instant, quelque chose agrippa son épaule, le maintenant au dessus du vide. Un son rauque se fit entendre, en même temps que le terrifiant crissement métallique. Les deux yeux orangés de la créature étincelèrent à un pas du jeune homme. Ce dernier se mit à hurler de plus belles alors que l’être le secouait en tous sens comme pour le faire taire. Neil vit une lourde patte prolongée de longues griffes se précipiter droit sur sa gorge et…

Le jeune homme s’éveilla en hurlant alors que quelqu’un le secouait par l’épaule.

« ça va, jeune homme ? Il ne faut pas traîner si nous voulons atteindre le sommet ce soir. »

Bergson, son guide, se tenait à coté de lui. Au dehors, les premières lueurs du jours éclairaient lentement la montagne, annonçant une belle journée.

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mars 6

Divine grâce

J’errais parmi les brumes grises
sur les chemins de Solitude,
le cœur de plomb, vieille habitude,
se chargeant de rêves qui se brisent.

Quand les volutes arachnéennes
s’ouvrirent à une apparition,
dissipant l’abattement profond
et les pensés lourdes de peines.

Un rais de lumière féerique
accrocha mon sombre regard.
Devant moi, perçant le brouillard
vint une vision magnifique.

Drapée dans une robe d’azur
s’avançait une elfe aux yeux d’or,
l’instant d’avant chantant encor,
les lèvres closes sur un murmure.

De longues boucles couleur de jais
encadrant sa peau opaline,
un port de princesse levantine,
une bouche d’un carmin parfait.

Mon être demeura saisi
par sa beauté évanescente
et les brumes tourbillonnantes
en un souffle l’eurent engloutie.

Aurais-je dû lui dire un mot?
Toucher sa main délicatement?
Lui confier mon sentiment
en pépiant tel un oiseau?

Mon âme pleure l’instant perdu
et ce bonheur évanoui;
mais le triste aède que je suis
eut-il pu plaire à cette élue?

novembre 19

Désolation

Sous la voûte d’un ciel chargé de plomb fondu
planent les oiseaux sombres portant leur déchéance,
survolant une plaine de cendres et de souffrance
où trône une tour en ruine aux murailles fendues.

Dans la tour, pas un bruit, seul règne le silence.
De vieux feuillets moisissent près d’une plume brisée,
dessins, esquisses pourrissent sur un sol détrempé.
Le lieux est dévasté, en pleine déliquescence.

Au sous-sol erre une ombre, souvenir de l’occupant,
piétinant les débris d’un cristal en miettes
où il croit voir danser les images muettes,
le rêve illusoire de ce qu’il fut avant.

Lentement, le fantôme tourne dans son caveau lugubre
se jetant sur la moindre parcelle de lumière,
la consumant bien vite d’un souffle délétère,
retournant aux ténèbres de sa tombe insalubre.

A quelques pas de là gît une enveloppe vide,
berceau d’un être éteint, dévoré par la mort.
Il a enlevé aux Moires la trame de son sort
pour la jeter lui-même dans une abîme avide.

L’être, l’enveloppe et l’ombre étaient un, autrefois,
avant que la Tristesse n’ait en eux tout brûlé,
avant que la folie ne vienne les scinder,
puis les anéantir, d’un cri empli d’effroi.

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mai 28

Ephémère

Oh si lointaines terres recouvertes de brumes,
Lorsque s’élève l’astre marquant le point du jour.
Oh champs immaculés parés de mils atours,
Par ces résilles d’argent plus légers que des plumes.

Mes étranges contrées peuplées d’êtres de songes,
Baignant dans la douceur d’éclats crépusculaires.
Ouvrez-moi le passage, fier peuple des chimères,
Laissez-moi oublier le mal qui me ronge.

Dans le pays du rêve, je souhaite retourner.
Loin des rumeurs d’un monde qui râle d’agonie.
Quand donc sonnera l’heure où les esprits honnis
Verront leur rédemption et leurs fautes lavées?

Derrière le voile léger tissé de rais stellaires,
Je distingue un visage attendant ma venue.
Une dame faite d’ombre dont le regard ému
Renferme la beauté de secrets univers.

Empêtré dans les mailles de ma prison de chair,
J’ai vu sa main se tendre jusqu’à presque me frôler.
Mais je n’ai pu l’atteindre, elle s’est évaporée,
Ne laissant derrière elle qu’un souvenir amer.

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mai 19

Melmoth – extrait

Court passage d’une histoire à laquelle je travaille:

Le démon mit plusieurs minutes à trouver l’endroit qu’il cherchait : c’était un hangar métallique situé dans une partie peu fréquentée des halles.

« L’endroit parfait pour une embuscade. »Pensa-t-il.

De solides grilles d’acier barraient l’entrée principale mais une fenêtre laissée imprudemment ouverte permit au diable de se faufiler à l’intérieur. Les lieux étaient plongés dans l’obscurité, ce qui n’était pas un vrai problème pour Melmoth. L’odeur flottant dans le bâtiment, par contre, était plus gênante. L’endroit devait être un abattoir car l’air était chargé de relents évoquant le sang et les carcasses récemment découpées. Cela rendait le diable nerveux. Tout son corps était parcouru de minuscules décharges électriques.

Ce qui l’entourait avait tout d’un bureau et ne comportait rien de particulier. Aussi franchit-il une porte qui le conduisit dans l’abattoir proprement dit. Des rails courraient au plafond, sur lesquels étaient placés de grands crochets. Tous ou presque supportaient des quartiers d’animaux prêts à la découpe. L’odeur ici était plus forte que dans la pièce adjacente. Pourtant Melmoth discerna au milieu de celle-ci une seconde fragrance tout aussi familière : une odeur de charogne qui n’avait rien à voir avec celles exhalées par les carcasses. Dans l’obscurité, il se dirigea vers la source de cette odeur. Cette dernière le conduisit au sous-sol d’une troisième pièce, accessible grâce à une trappe de fer s’ouvrant sur un escalier. Dans cette cave, les ténèbres étaient encore plus épaisses et l’odeur absolument écœurante. Mais le démon en avait vu d’autres.

Parvenu dans ce qui devait être le centre de cette pièce au sous-sol, Melmoth distingua une forme suspendue au plafond. A n’en pas douter, c’était la source de cette fragrance inhabituelle. D’autres se mêlaient à cette dernière : une odeur d’humidité, la senteur épaisse de la cire chauffée mais également celle plus minérale de la craie.

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mai 7

Sièdh

Mon âme reviendrait bien vers ce chemin d’émeraude,
Ces hautes frondaisons et ce tranquille silence.
Ce lieu où rien ne compte, ni erreurs, ni absence
Juste l’instant présent où la douceur rôde.

L’on est bien, hors du temps, dans cette secrète bulle
Loin des douleurs du monde et de sa fausseté.
L’espace d’un battement de cils, dans cette enclave sacrée,
On se prend à rêver une vie qui nous émule.

La course n’a plus cours au coeur de ce miracle.
C’est le rythme de l’arbre, le bruissement du vent
Qui marque le passage, les saisons défilants,
Loin des rumeurs du monde et de tous ses obstacles.

Dans cet amphithéâtre au milieu des fougères,
Entouré des esprits venus des temps passés,
Chaque fibre de mon être se sentait apaisée.
J’y retournerai donc avant mon heure dernière.

Je retrouverai cette voie nichée entre les pierres
Où mon coeur hurlant soudainement s’est tut,
Dansant entre les feuilles, c’est la paix que j’ai vu,
Invitant à goutter un repos éphémère.

C’est le chant de la terre qui, là-bas, me mènera,
Suivant les astres errants et les cieux enchantés.
Alors se regrouperont les amis tant cherchés…
Si je reprends la marche, alors, qui me suivra ?

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mai 5

Ordo ad chaos

Il est de ces regards dont on tombe amoureux en l’espace d’un instant.
Il est de ces sourires qui font fondre le cœur et manquer un battement.
Quel délice alors lorsque ces miracles vous viennent de l’être aimé!
Plus rien d’autre ne compte en ces si doux instants que de s’émerveiller.

Il est de ces ténèbres qui vous enveloppe le cœur et vous enserrent l’âme,
Plantant leurs larges griffes et vous empoisonnant plus que n’importe quelle lame.
Brumes malévolent rongeant plus qu’un acide la moindre des pensées,
Entraînant vers l’abîme un esprit faiblissant pour mieux l’y consumer.

Chaque jour, Cœur errant espère l’un, trouve l’autre,
S’enlise dans la fange de ses égarements,
Cherchant un équilibre entre ces sentiments,
Pris dans des ouragans que ne perçoivent les autres.

Raison n’y comprend goutte et ne sait que penser.
Ne voyant en ce trouble qu’esprit désordonné,
Elle veut régenter l’âme pour apaiser ce fou,
Contenir ce chaos dont tout l’être se fout.

Combien proche est la chute, la totale implosion
Avant que Fol esprit refrène ses émotions,
Qu’il ramène sur leurs rails ses ersatz dérangés
Jusqu’au nouveau séisme venant tout bouleverser.

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mai 4

Cycle

De si jolis regards, de subtiles mouvements
Plongent un coeur meurtri dans un délicieux trouble,
Réveillent les fantômes d’une existence double
D’un être dont l’essence s’éteignait lentement.

Quelle secrète cruauté peut bien pousser la vie
A se moquer ainsi d’un esprit languissant:
Lui donner à croiser le tableau saisissant
D’une tranquille beauté tendrement assoupie.

Quel jeu sadique et froid que d’obliger un mort
A contempler une belle sortant droit de ses songes
Pour voir renaître un mal qui sourdement le ronge:
Aimer trop et sans l’être, tel est son triste sort.

Pourquoi cette torture ? L’âme est déjà brisée!
Le siège de son amour gît au sol, en morceaux.
Encore il va errer vers cette spirale de maux
Qui le laisseront hagard, faible, prêt à pleurer.

Lui voulait seulement trouver enfin repos,
Oublier cette passion pour mieux s’annihilier.
Son armure protectrice vient de se fissurer
Il court après des ombres, se perdant à nouveau.

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